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30/08/2016

La France tente de défendre la filière du bioéthanol au niveau européen

Développement durable

La France tente de défendre la filière du bioéthanol au niveau européen

Tas de betteraves sucrières dans un champ (Credit: [Tibanna79]/Shutterstock)

La filière française du bioéthanol milite pour un taux d’incorporation de 15% des agrocarburants dans les carburants traditionnels au niveau européen, alors la Commission européenne reste sur une ligne prudente face aux biocarburants produits à partir de cultures alimentaires. ?

Certains le considèrent comme un carburant d’avenir, d’autres s’en méfient. Depuis quelques années, les biocarburants sont fortement décriés. On les accuse notamment de réduire les ressources alimentaires, de faire augmenter les prix de la nourriture ou d’encourager la déforestation.

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Produit par fermentation des sucres contenus dans la betterave sucrière, les céréales ou encore la canne à sucre, le bioéthanol est ensuite ajouté à l’essence pour être ensuite commercialisé.

Dans ses recherches présentées lors des 4e rencontres du bioéthanol à Paris, Hans Langeveld de Biomass research a toutefois expliqué que l’urbanisation était davantage responsable de la déforestation et l’augmentation des prix alimentaires que la filière du bioéthanol, en se basant sur les données de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La Commission freine la progression du bioéthanol

En octobre 2012, la Commission européenne a proposé en réduire à 5% la part des biocarburants produits à partir de denrées alimentaires — biocarburants de 1ère génération. Dans la directive de 2009 sur les énergies renouvelables, il était prévu que le taux des énergies renouvelables atteigne le 10%. Cette proposition n’a pour le moment pas été adoptée mais elle doit passer en deuxième lecture au Parlement européen en janvier 2015.

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La Commission européenne souhaite à présent amorcer la transition entre les biocarburants produits à partir de cultures alimentaires et les biocarburants avancées ou d’autres options à faible émission en CO2 dans le secteur des transports.

Dans une communication récente, la Commission a affiché clairement sa volonté de stopper les financements publics aux biocarburants issus des produits alimentaires après 2020. Une décision qui irrite les acteurs de la filière qui estiment qu’« il n’y aura pas de 2e ni de 3e génération si on n’a pas une première génération forte », selon Bruno Hot, président de syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA).

Cependant, avec l’arrivée de la nouvelle Commission européenne, « tout est à faire car rien n’est encore établi, notamment pour le cadre juridique, pour la période post 2020 », selon Olivia Le Boulch de la DG Climat et Energie à la Commission européenne.

La France doit être le leader européen dans le domaine

De son côté, Bruno Hot attend de la Commission qu’elle sorte du débat devenu, selon lui, « trop dogmatique ». Il estime ainsi qu’on ne peut pas opposer les biocarburants issus de la production alimentaire et ceux qui ne le sont pas. « Il faut être pragmatique et permettre à la 1ère génération de poursuivre.

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De même, il souhaite que la Commission européenne donne aux acteurs de la filière des perspectives sur 2030 avec un taux d’incorporation dans les transports de 15% afin de réduire les gaz à effet de serre dans ce secteur, qui représente 36% des émissions totales.

En tant que premier producteur européen (un tiers de la production européenne), La France  a également un rôle à jouer. « On souhaite que la France porte haut et fort le modèle français au niveau européen qui n’est pas parfait mais qui au moins est meilleur que ce qui est proposé par la Commission », explique le syndicaliste.

La France a également des alliés. Ainsi plus d’une dizaine d’États membres ont signé une déclaration sur la modification de la directive énergie renouvelable précisant qu’un plafond inférieur à 7% ne serait pas accepté. 

Contexte

10 % d'énergies renouvelables dans les transports d'ici à 2020, c'est l'objectif que s'est fixé l'UE dans le cadre de la directive relative aux énergies renouvelables.

La directive sur la qualité des carburants requiert quant à elle une réduction de 6 % de l'empreinte carbone des carburants utilisés dans les transports pour la même année.

Une limite de 7 % a été fixée par l'Europe pour les biocarburants utilisant des cultures vivrières dans le secteur des transports, un geste que les défenseurs de l'environnement qualifient de « timide ».