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22/01/2017

La gestion des déchets s’exporte d’Edegem à San Jeronimo

Développement durable

La gestion des déchets s’exporte d’Edegem à San Jeronimo

Jeroen Van Laer, adjoint du maire d'Edegemavec le compost utilisé par les fermiers..

Édition spéciale. La ville belge d’Edegem et la municipalité de San Jeronimo, au Pérou, collaborent depuis plusieurs années sur le compostage des déchets alimentaires. Un projet qui pourrait permettre au marché de Vinocanchón d’obtenir un label vert. 

Si les milliers de touristes qui visitent l’ancienne ville inca de Cuzco ne font pas le détour par San Jeronimo, les Péruviens, eux, ont commencé à le faire. Le projet de compostage des déchets alimentaires mis en place dans le cadre du partenariat avec la ville belge Edegem est considéré comme un des moteurs de l’économie locale.

Edegem et San Jeronimo sont deux villes de taille modeste. La première est située dans la région d’Anvers et a une population d’environ 22 000 habitants. San Jeronimo est une municipalité de la cordillère des Andes, à 3 500 mètres d’altitude et moins de 10 km de la ville touristique de Cusco, au Pérou. Elle compte 32 000 habitants.

Un lien s’est créé entre les deux villes en 2004, quand Edegem a commencé à financer des ONG locales pour soutenir des bibliothèques et offrir des séances d’animation aux enfants.

Contact entre les deux villes

Cette initiative a permis l’établissement de bons contacts entre les deux villes, et leurs représentants se sont mis à discuter des problèmes liés au grand marché de Vinocanchón, sur le territoire de San Jeronimo. Ce marché accueille plus de mille marchands tous les jours et génère une grande quantité de déchets organiques.

C’est de là qu’est partie une réflexion sur la gestion des déchets. La gestion des déchets est un problème récurrent au Pérou. Le mode de vie des habitants des villages génère beaucoup de déchets organiques qui étaient empilés dans une décharge et se décomposaient ou étaient brûlés, sans que personne ne se soucie de l’impact sur l’environnement. 

Une initiative commune

La décision d’agir a émané des deux municipalités. Les autorités de San Jeronimo avaient déjà pensé au compostage et à la réutilisation des déchets. Ce n’est cependant qu’avec la ville d’Edegem qu’elles ont pu, en 2005, lancer un projet de réutilisation des déchets.

Un système de collecte des déchets organiques a été mis en place, non seulement au marché, mais aussi chez les particuliers.

L'employé municipal, dont la combinaison porte les logos de San Jeronimo et d'Edegem Â– Compost Â– Trabajando por el medio ambiente L’employé municipal, dont la combinaison porte les logos de San Jeronimo et d’Edegem Â– Compost Â– Trabajando por el medio ambiente 

 « Nous avons suivi les vans utilisés pour récolter les déchets organiques des particuliers par la municipalité à 5 heures du matin. Les familles sont motivées, parce que la municipalité a fait beaucoup d’efforts de communication en expliquant qu’il était important de séparer les déchets organiques des autres déchets, parce qu’ils peuvent être réutilisés », se souvient Betty De Wachter, responsable de l’unité internationale de l’association des communes flamandes.

Gestion des déchets

Les gens ont donc pris l’habitude de mettre leurs déchets organiques dans la rue, où ils sont récoltés entre 5 et 6 heures du matin. Ces déchets sont ensuite déplacés vers les montagnes, sur un terrain géré par la municipalité, où a lieu le compostage.

Collecte des déchets organiques dans la municipalités.Collecte des déchets organiques dans la municipalités.

Tout ce système requiert beaucoup de travail manuel et a donc créé de l’emploi. Les personnes qui gèrent le projet ont donc été invitées à Edegem, afin d’apprendre les pratiques de compostages utilisées en Belgique. Elles ont également trouvé des utilisations aux eaux usées générées par le processus.

Compost

Le terrain utilisé appartient à une communauté d’agriculteur, avec laquelle la municipalité a donc conclu un accord : en échange de l’utilisation du terrain, les agriculteurs reçoivent du compost, un excellent engrais naturel, surtout dans les champs de pommes de terre d’altitude, dont les variétés sont très nombreuses au Pérou.

Si la coopération entre les deux villes a permis de concrétiser le projet, celui-ci a été conçu par San Jeronimo. « C’est la clé de la réussite de ce types de partenariat. Cela peut durer 5 ou 10 ans, mais cela vaut la peine de les mettre en place, parce que c’est comme ça que les villes deviennent plus vertes », assure Betty De Wachter.

Le projet a été cofinancé par le gouvernement belge, mais aussi par des municipalités flamandes.

En discutant de la gestion des déchets, la municipalité péruvienne a décidé de faire quelque chose pour les habitants qui vivent sous le seuil de pauvreté et survivent en vendant d’autres types de déchets, comme le papier ou le plastic. San Jeronimo a donc aidé ces personnes à former une coopérative et leur a donné des vêtements et des gants de travail.

Le projet de compostage a également permis au marché de devenir plus vert de manière indirecte. San Jeronimo espère que le marché de Vinocanchón soit classé parmi les marchés sains. Les conditions d’obtention de ce titre, édictée par le ministère de la Santé, sont assez strictes. Au moins 75 % des points de vente doivent par exemple avoir le label vert.

Collecte des déchets organiques sur le marché de Vinocanchón.Collecte des déchets organiques sur le marché de Vinocanchón.

Comment convaincre l’UE de multiplier ces initiatives

« Le coût [de ce type d’initiatives] n’est pas énorme, mais les conséquences sont importantes. Il n’est cependant pas facile de faire comprendre à l’Union européenne, ou à notre propre ministère des Affaires étrangères, pourquoi les municipalités devraient lancer ce type de relations difficile, compliqué », regrette Betty De Wachter. On le fait par solidarité, bien sûr, mais aussi pour échanger notre expérience et notre savoir-faire, pour trouver des solutions à des problèmes communs, pour apprendre des uns des autres. »

San Jeronimo est par exemple beaucoup plus avancée qu’Edegem en ce qui concerne la budgétisation participative. C’est un échange d’égal à égal, de collègue à collègue, une manière de travailler ensemble qui touche aussi à l’investissement à petite échelle, explique la chef d’unité de l’association des communes flamandes.

Le projet à San Jeronimo se termine en 2016, et l’association des communes flamandes s’apprête donc à se lancer dans un autre projet. Les projets liés au climat seront la priorité, mais l’association s’est dite prête à écouter les souhaits des municipalités.

Le projet fait également des vagues au Pérou, où de plus en plus de villes s’inspirent du système de collecte et de compostage des déchets organiques.