Le bras de fer européen autour de la forêt de Bialowieza se poursuit

La forêt de Bialowieza est classée au Patrimoine mondial et réserve de biosphère par l'Unesco. [Shutterstock/Aleksander Bolbot]

C’est devant la Cour de justice de l’Union européenne que sera désormais discuté le sort de la forêt de Bialowieza. Mais afin de parer à la destruction en cours de l’une des dernières forêts primaires d’Europe, Bruxelles impose des mesures provisoires, pour empêcher Cracovie de poursuivre les abattages en cours. Un article de notre partenaire le JDLE

Trop, c’est trop. Après plus d’un an de négociations et d’alertes sur les conséquences environnementales désastreuses des coupes autorisées par Cracovie dans la forêt de Bialowieza, Bruxelles a dégainé l’arme judiciaire. Elle a intenté, le 13 juillet, un recours contre la Pologne devant la Cour de justice de l’Union européenne. Elle demande également que soient adoptées des mesures provisoires, afin de faire cesser les opérations forestières menées dans l’une des dernières forêts primaires d’Europe. Une procédure employée 4 fois seulement par le passé, qui rassure un peu les militants de Greenpeace Pologne. «C’est une très bonne nouvelle pour la nature sauvage, estime Robert Cyglicki, son directeur, qui dénonce la politique menée par Jan Szyszko, ministre de l’environnement polonais, accusé de traiter cette forêt d’exception comme une vulgaire plantation d’arbres.»

MENACE GRAVE POUR L’INTÉGRITÉ DE LA FORÊT

Le contentieux s’était noué après que les autorités polonaises ont adopté, en mars 2016, une décision permettant le triplement des opérations d’exploitation forestière dans le district de la forêt de Bia?owie?a, ainsi que l’exploitation forestière de zones jusqu’à présent exclues de toute intervention. Les protestations tant de Bruxelles que des associations de protection de l’environnement n’ont eu aucun effet. En avril 2017, la Commission adressait alors un avis motivé à la Pologne, lui enjoignant de s’abstenir de pratiquer une exploitation forestière à grande échelle et lui donnant un mois pour s’y conformer. Las. La Pologne a commencé à mettre son plan en œuvre. Or, estime l’UE, ces abattages représentent «une menace grave pour l’intégrité de ce site Natura 2000, qui protège des espèces et des habitats tributaires des forêts anciennes, y compris pour le bois mort qu’elles offrent. Pour certaines de ces espèces, la forêt de Bia?owie?a est le plus important ou le dernier site existant en Pologne.»

INSECTES XYLOPHAGES

Les autorités polonaises considèrent que ce sont des opérations de «protection» pour un massif attaqué massivement par des insectes xylophages. Les associations environnementales estiment qu’il s’agit de destruction pure et simple, dans une forêt à même de réguler ses prédateurs naturels. Le massif est inscrit sur la liste du patrimoine naturel mondial de l’Unesco –qui s’apprête à envoyer une mission de surveillance sur place-, qui a exigé de recevoir en décembre 2018 une mise à jour du rapport polonais sur la forêt, pour étudier son inscription éventuelle sur la liste du patrimoine mondial en péril lors de la session suivante en 2019, «en cas de confirmation d’un risque avéré ou potentiel». Le ministre de l’environnement polonais –forestier de formation- est également le père d’une règlementation qui, depuis le 1er janvier 2017, permet aux propriétaires de parcelles d’être dégagés de toute obligation de déclarer les coupes, de demander l’autorisation d’y procéder, d’indemniser les atteintes à l’environnement ou de replanter.

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