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04/12/2016

Le futur paquet sur l’économie circulaire préoccupe industrie et ONG

Développement durable

Le futur paquet sur l’économie circulaire préoccupe industrie et ONG

Une rivière de déchets en Bulgarie.

[Nels Israelson/Flickr]

En décembre dernier, la nouvelle Commission européenne a décidé d’abandonner le paquet sur l’économie circulaire, une proposition législative qui prévoyait d’imposer le recyclage d’ici 2025, et de 70 % des déchets municipaux d’ici 2030.

Si l’ONG les Amis de la Terre a condamné la décision de la Commission d’éliminer la proposition de paquet législatif sur l’économe circulaire, le lobby des entreprises, BusinessEurope, s’en est au contraire félicité. Ce dernier estime en effet que ces mesures auraient entravé la compétitivité des entreprises européennes.

>> Lire : Les ministres renoncent à sauver l’économie circulaire au nom de la « meilleure législation »

La Commission a déclaré vouloir présenter une « nouvelle stratégie plus ambitieuse sur l’économie circulaire » dans le courant de l’année et a lancé une consultation à ce sujet.

Les avis sont partagés sur le projet. Certains appellent à une vision encore plus ambitieuse et globale, d’autres au contraire à préciser les contours de la futur loi.

Janez Poto?nik, coprésident du Groupe international sur les ressources de l’ONU et ancien commissaire européen à l’environnement.

« Nous devons mettre en place une stratégie assez solide pour découpler la croissance économique de l’Europe de son utilisation de ressources naturelles, c’est de cela que dépend notre compétitivité future. Un plan d’action formé d’initiative serait positif, mais cela ne mènera pas à un changement systémique. Il faut instaurer un cadre d’actions cohérentes à mettre en place par les États membres, et surtout encourager le secteur privé à investir dans les bons projets.

Un changement systémique n’est possible que si le concept d’économie circulaire est totalement accepté dans tous les domaines et intégré à un processus de gouvernance économique. Pour cela, il faut établir des objectifs liés à la productivité des ressources qui soient soutenus pas de bons indicateurs.

Les développements récents à la Commission européenne sont encourageants, et je pense que la nouvelle proposition comportera de nombreux bons éléments et abordera efficacement les différentes parties du « cercle ». Le paquet doit être fondé sur le fait que les déchets sont une ressource, et non un problème, et cette idée doit être comprise.

Si [les nouvelles propositions] égalent l’ambition que j’ai montré l’an passé lors de la révision de la réglementation sur les déchets, ce message sera clair. J’espère surtout que les nouvelles propositions tiendront efficacement compte de la prévention des déchets, et notamment des déchets alimentaires. »

>> Lire : Timmermans plaide la bonne foi sur l’économie circulaire

Ariadna Rodrigo, militante pour l’utilisation des ressources pour l’ONG de défense de l’environnement les Amis de la Terre Europe.

« Le nouveau paquet sur l’économie circulaire doit aller au-delà de la simple amélioration de notre gestion des déchets, et se pencher plutôt sur le problème fondamental : pourquoi générons-nous tellement de déchets ? La hausse prévue du taux de recyclage des municipalités, qui doit atteindre les 70 %, et les autres mesures concernant les déchets sont toutes les bienvenues, mais nous ne pouvons pas rater cette occasion de mettre en route un réel changement de la consommation et de la gestion des ressources en Europe.

Si nous voulons réellement limiter notre consommation, nous devons commencer à mesures les ressources que nous utilisons. Nous devons mettre en place des indicateurs de l’empreinte écologique des matériaux, de l’eau, de la terre et des gaz à effet de serre.

Malheureusement, cela s’annonce mal. Jusqu’ici, la Commission européenne n’a pas entendu les appels qui l’exhortent à mesurer notre utilisation de ressources, sans laquelle le paquet final risque de se transformer en poudre aux yeux. »

>> Lire : Le recyclage des déchets, un enjeu clé pour le climat

Seb Dance, eurodéputé britannique (Londres) travailliste.

« La transition vers une économie circulaire est une belle occasion d’atteindre une multitude d’objectifs industriels et environnement pour la Commission européenne, et j’espère que la promesse d’un paquet plus complet sera tenue.

L’issue du vote de la commission parlementaire sur l’environnement de la semaine passée est encourageante. Les eurodéputés ont demandé l’instauration d’objectifs contraignants pour la réduction des déchets municipaux d’ici 2025. Des systèmes de collectes séparés pour le papier, le métal, le plastique et le verre devraient également être établis là où ils ne sont pas encore présents. Ces systèmes doivent aussi être aussi pratiques que possible pour les utilisateurs. Les mesures de prévention des déchets sont essentielles pour le nouveau paquet. Il s’agit par exemple de mieux concevoir les produits afin qu’ils soient plus durables, réutilisables, réparables et recyclables. Les entreprises européennes seraient ainsi encouragées à innover.

L’économie circulaire n’est pas seulement une belle occasion pour les entreprises et les institutions de recherche, c’est aussi une nécessité pour l’Europe. Je suis convaincu que la Commission écoutera l’appel du Parlement pour des propositions plus ambitieuses. »

Andy Doran, directeur principal pour la durabilité et le recyclage chez Novelis Europe. Novelis est une multinationale spécialisée dans l’aluminium.

« Le paquet doit être pourvu de mesures fortes pour la gestion des ressources physiques sur le marché européen, accompagnées d’un cadre d’imposition et de politiques des produits qui encouragent l’innovation pour des pratiques entrepreneuriales nouvelles et plus durables.

Je reste optimiste, je crois que les entreprises continueront d’innover et que, via le paquet circulaire, les personnalités politiques trouveront des moyens pratiques d’intégrer une idéologie circulaire aux structures de leurs économies.

D’un point de vue commercial, nos attentes surpassent probablement les réalités politiques de ce qui peut être concrétisé. Nous estimons donc que les initiatives poussées par les marchés resteront à l’avant-garde de l’économie circulaire et que les entreprises continueront à démontrer que le nouveau modèle circulaire a une valeur financière. »

Alexandre Affre, directeur des affaires industrielles chez BusinessEurope, le lobby européen des entreprises.

« BusinessEurope attend de la Commission qu’elle élargisse considérablement son approche face à ce dossier complexe, afin de pouvoir profiter des opportunités offertes par la circularité. Nous pouvons encourager la société à intégrer la circularité dans différents processus en évitant des solutions simplistes et en impliquant toutes les parties prenantes, et notamment les entreprises, les consommateurs, les autorités publiques et les universités et centres de recherche.

La Commission devrait commencer par faire appliquer correctement la réglementation en vigueur afin de l’utiliser au mieux et de ne pas négliger les objectifs politiques et techniques et leurs oppositions.

L’industrie voit du potentiel dans une meilleure coopération le long de la chaine de valeur, la réplication des bonnes pratiques au sein de l’Union européenne et la création de plateformes d’échange de connaissances et de technologies, en particulier dans le secteur des PME.

Le financement de ce potentiel, une demande active et un marché public joueront aussi un rôle essentiel dans la promotion des produits, services et processus circulaires. »

Cet article est initialement paru sur The Guardian.