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28/09/2016

Le paquet économie circulaire veut encadrer le secteur de la construction

Développement durable

Le paquet économie circulaire veut encadrer le secteur de la construction

Concrete Initiative

Le futur paquet sur l’économie circulaire veut créer un second marché pour les matériaux de construction issus de la démolition qui sont aujourd’hui très peu réutilisés. 

Selon le commissaire Karmenu Vella, la construction doit être un des piliers de l’économie circulaire. Et l’expression est volontiers reprise par les ténors de l’industrie. « Nous sommes centraux pour l’économie circulaire » estime Daniel Gauthier, président du Cembureau, l’association européenne des industries cimentières.

Mais le consensus s’arrête là. Les parties prenantes du secteur ont fait part de leurs idées sur la question lors d’une conférence de la Concrete Initiative, organisée à Bruxelles le 19 novembre. Recycler, dans le secteur de la construction, passe nécessairement par le réemploi de matériaux de construction, comme les gravats, dans les constructions neuves. Mais dans quelle proportion, et à quelle échéance ? Malgré l’imminence de la publication du paquet sur l’économie circulaire, attendu en décembre, force est de constater que l’exécutif européen et l’industrie campent sur des positions différentes.

>>Lire: Le futur paquet sur l’économie circulaire préoccupe industrie et ONG

Pour la Commission, les déchets issus de la démolition représentent un tiers du volume total des déchets produits par l’homme, soit 450 à 500 millions de tonnes par an. Un volume nettement trop élevé. Une partie est déjà « recyclée » dans la construction de routes par exemple, ou réutilisée dans du béton. Mais beaucoup trop peu. Les chiffres disponibles sont peu fiables, et font état de quelques pourcents du béton qui serait recyclé dans le meilleur des cas – au Danemark a priori.

Contrainte environnementale et enjeu de l’emploi

L’argument de l’emploi, souvent présenté comme un frein aux nouvelles normes environnementales, représente un sujet crucial pour la commission Juncker, et qui risque de limiter ses ambitions en matière d’économie circulaire. Selon Eliana Garces Tolon, économiste à la DG Marché intérieur et industrie (Growth), « la Commission a une approche développement durable dans toutes ses politiques, mais les emplois et la croissance sont plus importants » assure-t-elle. La construction est le secteur qui a le plus souffert durant la crise, et les effets négatifs de sa stagnation se sont fait sentir dans le reste de l’économie. Donc nous portons une attention toute particulière à cette activité ».

>> Lire : «L’Europe ne peut pas mener seule la révolution de l’économie circulaire»

Donnant une piste sur les propositions du futur parquet sur l’économie circulaire, l’économiste a souligné que les contrats publics devraient être les premiers à adopter une nouvelle approche lors des appels d’offres, pour que les bâtiments soient analysés dans une logique de cycle de vie.

« Il faut voir cette nouvelle approche comme une opportunité : vous pouvez intégrer des services comme la gestion du cycle de vie d’un bâtiment dans une offre. L’offre de services de ce que vous vendez devrait améliorer les ventes », assure l’économiste qui plaide pour une « servisation » de tous les secteurs industriels

La directive déchets devrait d’ailleurs être rediscuté à l’occasion du paquet économie circulaire. 

>>Lire: L’Agence européenne de l’environnement met la Commission sous pression sur l’économie circulaire

« Nous devons créer un vrai marché secondaire pour les déchets » y compris pour la construction assure l’économiste espagnol.

Des arguments auxquels les syndicats se montrent sensibles. Ainsi, Werner Buelen, secrétaire politique de la Fédération européenne des travailleurs de la construction et du bois, estime que l’industrie du ciment est à un moment pivot. La pression en faveur de la délocalisation est forte, mais en Turquie, en Egypte ou en Afrique du Nord, les modes de production ne sont pas très protecteurs de l’environnement. « Donc c’est à nous de nous adapter au changement climatique, nous devons adopter de nouveaux modes de production » assure le syndicaliste.

Face à ces discours volontaires, l’industrie fait preuve d’une certaine inquiétude, et commence par mettre en avant ses atouts. « Le béton est un produit léger en CO2 », assurent ainsi sans sourciller les industriels, arguant que le matériau est composé à 60 % d’agrégats, 25 % d’eau et « seulement » 15 % de ciment. 

En réalité, la fabrication du ciment est une industrie très émettrice de CO2, en raison de la nécessité de sécher du calcaire et de l’argile, puis de cuire ce mélange à très haute température (1500 degrés).

L’industrie a déjà modifié ses modes opératoires en tentant de substituer aux combustibles les plus polluants comme le charbon et le fioul, gaz, et énergies renouvelables. D’ici 2050, 60 % de l’énergie utilisée dans la fabrication de ciment sera alternative, contre 30 % maintenant » .

Enfin les acteurs de la construction se targuent d’être indispensables aux énergies renouvelables, qu’elle construit de fait : qu’il s’agisse des socles d’éoliennes off-shore ou non, ou des barrages hydroélectriques, le béton est omniprésent dans les énergies renouvelables. Un constat qui semble satisfaire l’industrie, peu pressée de changer ses modes opératoires.

Inquiétudes des industriels sur le paquet Economie circulaire

« Il faut faire très attention en établissant de nouvelles normes. Du béton fait de béton recyclé, c’est très bien, mais quid de l’assurance, de la sécurité, de la fiabilité des constructions européennes ? Aujourd’hui un tremblement de terre en Europe ne fait aucun mort, parce que nous avons une qualité de construction excellente, ce qui n’est pas le cas au Parkistan par exemple », prévient Christopher Sykes, directeur général de Construction Products Europe.

Des inquiétudes qui se font aussi sentir du côté de Business Europe. Alexander Kessler, membre du lobby du patronat allemand, conseille « d’être prudent et de prendre du temps pour prendre les bonnes décisions », citant en exemple le nombre de politiques européennes qui ne sont pas appliquées par les Etats membres, à commencer par la directive sur les décharges.

Changer les mentalités

Mais pour Kestutis Sadauskas, directeur Green Economy à la DG Environnement, les mentalités doivent changer, aussi, pour que l’économie circulaire devienne réalité. C’est aussi pourquoi la Commission a décidé d’abandonner le précédent paquet de réformes sur ce thème concocté par la commission Barroso, pour prendre une approche « plus holistique, qui ne se concentre par seulement sur le cycle de vie des produits, mais évoque aussi les questions de consommation d’énergie et de fin de vie des matériaux par exemple. Selon le fonctionnaire, la même philosophie doit s’appliquer à la construction.

>> Lire : Timmermans plaide la bonne foi sur l’économie circulaire

« Nous devons vraiment réfléchir à la nécessité de la construction et à l’utilisation des bâtiments ». En Islande, les internats des écoles sont utilisés comme hôtels en été par exemple.

Contexte

Le paquet sur l’économie circulaire avait pour objectif de rendre le recyclage plus systématique et de renforcer les règles sur l’incinération et les décharges.

Il regroupe six projets de loi sur le gaspillage, les emballages, les décharges, les véhicules en fin de vie, les piles et les accumulateurs et les déchets électroniques.

Le vice-président de la Commission, Frans Timmermans a reçu du président Jean-Claude Juncker la mission d’alléger l’appareil administratif et d’offrir une « meilleure législation » à l’UE.

En décembre dernier, il a déclaré aux eurodéputés qu’il retirait le paquet afin de faire une proposition « plus ambitieuse ». Ces dernières doivent arriver avant la fin de l'année 2015.