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24/08/2016

Le plan Juncker peine à secourir la transition énergétique en France

Développement durable

Le plan Juncker peine à secourir la transition énergétique en France

A wind farm in South Africa.

[Warren Rohner/Flickr]

Le programme d’investissement d’avenir en France est peu présent sur la transition énergétique. Mais le plan Juncker semble avoir pris le relais, selon le commissaire à l’investissement, Louis Schweitzer

En France, l’intervention de l’investissement public au travers des programmes d’investissements d’avenir (PIA) fait la part belle à l’enseignement supérieur et à la recherche, ainsi qu’à l’innovation.

Ces deux domaines représentent respectivement 50 % et 20 % des 47 milliards d’euros de crédits affectés aux programmes d’investissements d’avenir (PIA), un dispositif interministériel piloté par le Commissariat général à l’investissement et mis en place en 2010.

Mais le développement durable n’a drainé que 15 % des crédits, un peu plus que le numérique (12 %), a souligné le commissaire à l’investissement, Louis Schweitzer le10 février. Or la France a un vrai problème sur l’enjeu des renouvelables : les investissements ne cessent de reculer, et la France est un des pays à avoir pris le plus de retard sur ses objectifs, selon la Commission européenne.

>>Lire : Le retard de la France s’accentue dans les renouvelables

Auditionné sur l’état des dispositifs d’investissement public en France par les commissions des affaires économiques, du développement durable et des finances de l’Assemblée nationale, le commissaire a rappelé que la France était le pays européen ou l’investissement public était le plus important. « Nous sommes 2 points de PIB au-delà de l’Allemagne », a-t-il rappelé.

>>Lire : Le plan Juncker démarre en France

Transition énergétique

La faiblesse des investissements à destination du développement durable a été pointée du doigt par certains députés. « Les investissements dans le développement durable sont une des thématiques majeures du Plan Juncker, mais dans le PIA ils ne représentent que 15 % des sommes. Comment expliquer ce fort décalage ? » a demandé la députée écologiste Michèle Bonneton.

>>Lire : Le plan Juncker profite surtout aux grands États

« Pourquoi y a-t-il eu un redéploiement au détriment de la transition énergétique ? Nous avons surestimé la part innovante par rapport à la part diffusion » a expliqué le commissaire. «  A cet égard le plan Juncker est heureusement venu compléter l’action du PIA dans le domaine de la diffusion », a-t-il souligné

Autre frein au niveau du dispositif français, les délais de mise en œuvre parfois très longue notamment à l’Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Énergie (Ademe) « qui ont découragé certains candidats » explique Louis Schweitzer.

Priorité du plan Juncker

A l’inverse, les priorités du plan Juncker, définies par la Commission européenne placent le développement durable en première ligne.   

>>Lire : L’économiste Jeremy Rifkin juge le plan Juncker insuffisant

« Le pipeline naturel de projet que nous voyons est lié au développement durable et dans une moindre mesure à des développements industriels », a souligné Laurent Ménard, directeur général de la stratégie de l’investissement et financement européen.

En France, 17 projets ont pour l’instant été retenus dans le cadre du plan Juncker, a souligné Thierry Francq, commissaire général adjoint à l’investissement. « En France, les projets de rénovation énergétique des bâtiments, d’infrastructures et de soutien aux PME ont dominé », a-t-il détaillé

« Pour la suite, nous avons en perspective ce même type de dossier, mais aussi la participation au financement de sites de production ou de modernisation d’usine » a-t-il poursuivi.

Centralisation des demandes

Globalement, la France a plutôt bien tiré son épingle du jeu dans l’affectation des crédits du plan Juncker. Lancé en 2015, le plan d’investissement visant à mobiliser 315 milliards d’euros a pour l’heure mené des opérations dans 22 des 28 États membres.

« Nous avons été chargés de centraliser et d’appuyer les demandes françaises au titre du Plan Juncker » a souligné Louis Schweitzer.

>>Lire : Le plan Juncker risque de laisser de côté les plus petits projets

 « Il n’y a pas de contingent par pays : les pays qui ont les meilleurs projets sont choisis, et la bonne nouvelle c’est que la France est, avec l’Italie, le pays qui a obtenu le plus de projets financés dans le cadre du Plan Juncker » a-t-il détaillé.

Le Royaume-Uni a lui aussi récolté des financements pour quelques projets d‘envergure, alors que l’Allemagne, pourtant moteur économique de l’Union européenne a fait preuve d’une « absence remarquée » a souligné le commissaire. 

Contexte

La Commission a dévoilé en novembre 2014 le mécanisme de son nouveau plan d'investissement de 315 milliards d'euros.

L'argent qui alimentera ce plan sera investi prioritairement dans les pays du sud de l'Europe, durement touchés par la crise, dans un mouvement de solidarité entre les États membres.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d'investissement de 315 milliards d'euros

L'idée sur laquelle a travaillé l'équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la garantie d'une contribution 8 milliards d'euros de fonds européens existants, contribution susceptible d'être élargie jusqu'à 16 milliards.

La garantie de 8 milliards d'euros sera injectée sur trois ans et proviendra du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards), du programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et d'une « marge budgétaire », c'est-à-dire des fonds non utilisés (2 milliards).

Le fonds pour les investissements stratégiques, de 21 milliards d'euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.

La question du manque de liquidité se pose cependant, et certains eurodéputés ont qualifié le plan de « recyclage et réétiquetage » de programmes existants.

>> Lire : Le plan d’investissement de Juncker arrivera-t-il à générer assez de liquidités ?