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26/09/2016

Le secteur de la pêche cherche son équilibre

Développement durable

Le secteur de la pêche cherche son équilibre

Les stocks de poissons sont dans une mauvaise passe en Méditérannée mais s'améliorent sur la façade atlantique de l'UE.

@KateChris

Le secteur de la pêche doit faire face à la hausse de la consommation de poisson ainsi qu’à une concurrence mondiale acérée. Un environnement qui met sous pression les pratiques durables que tente d’instaurer l’UE.

La difficile équation entre pêche durable et développement économique du secteur n’est pas encore résolue en Europe.

Dans les années 1970, les pays de l’UE ont pris des mesures pour garantir la durabilité du secteur tant sur le plan environnemental, qu’économique ou social et éviter que les activités de pêche ne menacent les populations de poissons.

« Il s’agit d’une équation difficile entre la préservation des ressources et le développement d’activités économiques », a estimé Annick Billon, sénatrice de la Vendée et présidente du groupe d’études « Mer et Littoral », lors d’une conférence organisée par France Filière Pêche, le 4 mai à Paris.

Pourtant, depuis le début des années 2000, les réserves halieutiques augmentent dans l’UE, a démontré Ray Hilborn, qui établit une corrélation entre des stocks de poissons stables ou élevés et une gestion des pêcheries.

Pêche durable

Pour améliorer les pratiques de pêche durable, les pêcheurs sont en première ligne, ont rappelé les conférenciers. Pour Jean-Pierre Duval, photographe et auteur des Hommes de la mer, il faut « faire confiance aux connaissances des pêcheurs pour mieux appréhender les pratiques de pêche. […]. Il est temps de s’orienter vers une pêche durable », a-t-il asséné.

Annick Le Loch, députée du Finistère, a rappelé la nécessité de mieux gérer les pêcheries pour assurer la durabilité et l’exploitation halieutique de demain.

>> Lire : Mieux gérer la pêche serait rapidement rentable

Secteur d’avenir

« Les pêcheurs sont des acteurs économiques importants », a affirmé Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français, tout en rappelant que la France avait la 4ème flotte de pêche en Europe et possédait 7 000 navires. Le secteur génère par ailleurs 21 000 emplois indirects et pèse 9 milliards d’euros.

« C’est tout un écosystème qui va de la conception des bateaux, l’ingénierie, en passant par la construction navale, la pêche et la poissonnerie. La pêche, ce n’est pas que les pêcheurs. Un emploi en mer, ce sont trois emplois sur terre », a soutenu Frédéric Moncany.

« En France, il y a 15 lycées maritimes. Pêcheur est un métier qui paye extrêmement bien, mais qui peine à recruter. Pourtant, c’est un métier d’avenir », a-t-il soutenu. « En France, le secteur de la pêche compte 23 000 marins », a quant à elle rappelé la sénatrice.

Consommation en hausse

La pêche doit également faire face à une augmentation de la consommation moyenne au niveau mondial.

En 1960, la population mondiale, de 3 milliards de personnes, consommait 10 kg de poisson par an. Aujourd’hui,  les 6 milliards d’habitants de la planète consomment en moyenne 20 kg de poisson par an.

>> Lire : Les Européens payent leur poisson six fois trop cher

« Sans la pêche, nous aurions 18 millions de tonnes de produits alimentaires en moins », a expliqué Ray Hilborn, scientifique et professeur canadien et l’un des auteurs les plus cités dans le domaine de la pêche.

Besoin de moyens

Toutefois, le secteur de la pêche doit se reconvertir, et a besoin de moyens, notamment pour faire face à la concurrence mondiale de plus en plus féroce. De fait, la production représente une faible part de la consommation puisque « la France importe 75 % du poisson que nous consommons », a indiqué Annick Le Loch, la députée du Finistère.

Le secteur de la pêche est un véritable paradoxe, a assuré Annick Billon, « les Français aiment la mer, mais s’intéressent peu à son économie, et nous n’avons pas de ministère de la mer ». Depuis le 25 septembre 2015, la France est le 1er domaine maritime mondial. L’Outre-mer représente 97 % de la Zone économique exclusive de la France. L’activité économique maritime génère autant d’emplois que l’activité automobile.

Au niveau européen, la Commission européenne a annoncé au début du mois d’avril qu’elle investirait 7,5 millions d’euros dans le cadre du Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche. Grâce à ce fonds, l’exécutif espère investir dans l’innovation, la technologie, et l’emploi de « l’économie bleue ».

« La Commission européenne franchit une étape supplémentaire pour créer les conditions propices à une croissance bleue en Europe. Nous développons des compétences. Nous récompensons la créativité. Nous stimulons la technologie. Je suis convaincu que, forte de ces atouts, l’industrie maritime européenne peut devenir un pionnier mondial de la croissance bleue », a déclaré Karmenu Vella, commissaire en charge de l’environnement, des affaires maritimes et de la pêche.