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29/08/2016

Les énergéticiens français restent accros au charbon, mais à l’étranger

Développement durable

Les énergéticiens français restent accros au charbon, mais à l’étranger

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Les centrales charbon d’EDF et Engie émettent chaque année la moitié des émissions de Co2 de la France-mais hors de l’Hexagone.

Les émissions de CO2 des grandes entreprises françaises à capitaux publics public EDF et Engie (ex-GDF SUEZ) représentent plus de 151 millions de tonnes de CO2 chaque année, dénonce un rapport commun des ONG Oxfam France et les Amis de la Terre.

« EDF et Engie, entreprises à capital public, possèdent 46 centrales à charbon sur quasiment tous les continents qui émettent chaque année plus de 151 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent de près de la moitié des émissions de la France », explique Armelle Le Comte d’Oxfam France.

>>Lire : Le charbon a de beaux jours devant lui dans le cadre de l’Union de l’énergie

Le rapport « Émissions d’État : comment les centrales à charbon d’EDF et Engie réchauffent la planète », recouvrent toutes les centrales à charbon dont EDF et Engie sont propriétaires, en totalité ou en partie, ainsi que deux centrales appartenant à des filiales, précisent les ONG. Mais le total des émissions des deux groupes pourrait être encore plus important.

La France doit accueillir en décembre la conférence internationale sur le climat, la COP 21, au cours de laquelle la communauté internationale doit parvenir à un accord limitant le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius par rapport à l’ère pré industrielle.

>>Lire : Les États membres subventionnent autant l’éolien que le charbon

Un défi de taille pour lequel les États européens se sont engagés à couper leurs émissions de CO2 de 40% minimum d’ici à 2030. Mais qui n’empêche pas toujours les États européens d’investir dans les énergies fossiles très polluantes comme le charbon.

« A la veille de la Conférence climatique qui aura lieu à Paris, nous ne pouvons que dénoncer l’hypocrisie et l’incohérence de l’État français qui laisse carte blanche à ses entreprises publiques pour investir à l’étranger dans des projets fortement émetteurs de gaz à effet de serre », pointe du doigt Malika Peyraut des Amis de la Terre.

Le charbon garde le vent en poupe

Les centrales à charbon, qui produisent l’énergie la plus polluante, représentent 41 % de la production d’énergie au niveau mondial, mais elles sont responsables de plus de 72 % des émissions du secteur de l’énergie selon le World Energy Outlook 2014 de l’Agence Internationale de l’Énergie.

En dépit de ce mauvais bilan carbone, le nombre de nouveaux projets de ralentit pas dans le monde. Depuis 2005, le rapport des ONG pointe une augmentation de 35 % de la capacité installée des centrales charbon dans le monde.

Objectif climat de l’UE en péril

Au niveau européen, le charbon devra drastiquement reculer dans le mix énergétique des États membres si l’Union européenne veut honorer ses engagements climat. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’UE devra avoir ramené en 2035, la part du charbon dans le mix électrique européen à 4 % alors qu’il représentait 26 % en 2011.

EDF et Engie

Selon le rapport, EDF dispose de 16 centrales à charbon en Europe et en Chine qui émettent chaque année plus de 69 millions de tonnes de CO?2. Parallèlement, les énergies renouvelables (hors hydroélectricité) ne constituent que 2,1 % du total.

« EDF détient deux centrales au Royaume-Uni dont les émissions de CO? représentent 13% des émissions du pays liées à la production électrique et ces centrales font partie des 30 centrales les plus polluantes d’Europe » dénonce Armelle Le Comte

Du côté d’Engie, le bilan dressé par le rapport n’est pas meilleur. « Engie – ex GDF Suez – dispose de 30 centrales à charbon sur quasiment tous les continents. Cela représente 81 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions d’un pays comme les Philippines. » détaille Malika Peyraut.

Les énergies renouvelables hors hydraulique (éolien et solaire notamment) ne représentent quant à elles que 4,4 % du parc de production de l’entreprise, tandis que le charbon pèse 14 %.

Crédits à l’exportation

Pourtant sur le papier, la France s’est déjà engagée à mettre fin à sa politique favorisant l’exportation de centrales très polluantes. Le président François Hollande a en effet promis de supprimer les garanties de crédits à l’exportation pour les projets de centrales non équipées d’un mécanisme opérationnel de captage et de stockage de carbone.

>>Lire : La France plus ambitieuse que l’UE sur l’interruption des subventions au charbon

Si le charbon est très peu utilisé en France, le pays le subventionne toujours à l’export au travers des garanties publiques de l’agence de crédit aux exportations française, la Coface.

Depuis 2011, l’agence a garanti plus de 1,2 milliard d’euros des projets charbon. Sur la période 2007-2013, elle a occupé le 5e rang des agences de crédit aux exportations de l’OCDE en matière de soutien au charbon.

Contexte

La transition énergétique était un des sujets majeurs de la campagne présidentielle de François Hollande en 2012. La loi de transition énergétique est donc un des textes majeurs attendus sur le quinquennat. La France a aussi la responsabilité de donner l'exemple alors qu'elle organise la conférence de la COP 21, ou Paris Climat 2015, fin 2015 à Paris. Elle pousse le sujet climat au niveau européen, notamment grâce à son parc nucléaire qui lui permet d'émettre relativement peu de CO2 lors de la production d'électricité, contrairement aux pays dépendants du charbon comme le Danemark ou l'Allemagne.

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