Les États-Unis et la Russie dévoilent leurs objectifs climat

A 8 mois de la conférence de Paris Climat 2015, les États-Unis ont dévoilé un objectif attendu de réduction de gaz à effet de serre de 26 à 28% pour 2025. La Russie a créé la surprise en dévoilant in extremis une contribution jugée peu ambitieuse.

Initialement, tous les pays « prêts à le faire » devaient présenter avant le 31 mars leurs « contributions nationales » à l’objectif mondial de limiter le réchauffement de la planète à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

>> Lire : La France demande aux Etats de rendre leurs copies pour la COP21

In extremis, les États-Unis – 2ème plus gros émetteur derrière la Chine – et la Russie – le 5ème derrière l’Union européenne et l’Inde – ont officiellement communiqué mardi leur nouvel objectif. Washington a confirmé l’engagement pris en novembre au côté de la Chine, à savoir une baisse de 26 % à 28 % entre 2005 et 2025.

La Russie a dit viser – 25 à 30 % entre 1990 et 2030, avec un certain flou sur la comptabilité des émissions dues aux forêts, ce qui peut changer la donne sur les réels nouveaux efforts promis par Moscou.

Un proposition jugée peu ambitieuse par Réseau Action Climat. « Le pays, qui représente près de 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, repousse à 2030 les objectifs qu’il devait atteindre en 2020 » regrette le collectif d’ONG dans une analyse. 

« En outre, Moscou intègre dans son objectif 2030 la séquestration du CO2 dans les forêts. Le gouvernement russe souhaite pouvoir utiliser les règles de comptabilisation les plus laxistes. Il aurait été bien plus ambitieux de séparer les secteurs énergétiques, industriels, etc. du secteur des forêts, et d’appliquer à ce dernier un objectif à part, visant à valoriser les stocks de CO2 contenu dans les forêts de Russie. » poursuit Réseau Action Climat. 

Après la conférence de Lima en décembre et avant le rendez-vous de Paris (30 novembre-11 décembre), la date butoir du 31 mars se voulait une étape devant permettre de faire un bilan. Un accord multilatéral, en discussion depuis plusieurs années, est espéré dans la capitale française.

>> Lire : Seuls 31 pays ont dévoilé leurs contributions pour la COP 21

ONG, experts et certains pays espéraient que les annonces faites fin mars permettraient d’évaluer l’effort général et d’avoir de la visibilité sur le fossé à combler.

Or, de grands pays émetteurs de gaz à effet de serre – Chine (plus de 25 % des émissions), Inde, Australie, Japon, Brésil – manquent à l’appel.

« Ce décalage dans le calendrier est problématique », estime Célia Gautier du collectif d’ONG Réseau action climat. « Plus les pays prennent du retard, moins ils seront incités à comparer leurs engagements avec d’autres et à les rehausser », avance-t-elle.

« C’est un problème de précaution », explique Laurence Tubiana, négociatrice pour la France, « soit parce que les gouvernements ne se sont pas exercés à cet exercice de prospective, soit parce qu’ils sont prudents » sur ce que permettront les progrès technologiques dans quelques années. Mais « nous aurons beaucoup de contributions nationales en juin », assure-t-elle.

>> Lire : COP 21 : petit manuel de gouvernance et de géopolitique du climat

Pas en avant du Mexique

Annoncer son objectif climatique revient notamment à prévoir la part de ses différentes sources énergétiques (fossiles, renouvelables, nucléaire) après 2020 : une démarche complexe car elle doit prendre en compte les coûts des investissements, les besoins pour assurer le développement économique et la compétitivité, l’évolution des technologies.

Début mars, l’Union européenne (12 % des émissions) a été la première à officiellement transmettre son plan pour après 2020 (baisse de 40 % des GES en 2030 par rapport à 1990). La Norvège a pris des engagements similaires à l’UE. La Suisse vise moins 50 % de gaz à effet de serre à 2030.

Samedi, le Mexique (1,4 % des émissions mondiales) a été le premier pays émergent à dévoiler ses objectifs, un pas salué par Washington et Paris: pic des émissions en 2026, réduction de 22 % en 2030 par rapport à un scénario basé sur leur évolution actuelle, révisable à la hausse en fonction du soutien international.

Au total, 33 des 195 pays membres de la Convention de l’Onu sur le climat ont officialisé leur engagement, ce qui représente environ un tiers des émissions mondiales.

« S’il y a des progrès dans les propositions des gouvernements pour la période post-2020 (…) on est encore loin d’objectifs compatibles avec le 2°C », a averti Bill Hare mardi dans un communiqué du centre de recherche Climate Analytics.

Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), les émissions de gaz à effet de serre – qui ne cessent de croître – doivent être réduites de 40 à 70 % d’ici 2050 pour espérer tenir le cap des 2°C.

Les annonces d’autres grandes nations – Chine, Inde, Australie, Japon, Brésil – sont maintenant attendues d’ici juin, lorsqu’un nouveau round officiel de négociations intermédiaires aura lieu à Bonn (1-11 juin).

« Nous ferons de notre mieux pour soumettre notre contribution au cours du premier semestre », a déclaré lundi à la presse un porte-parole chinois, Pékin ayant déjà mis en avant son objectif de parvenir à un pic de ces émissions d’ici 2030 ou plus tôt.

>> Lire aussi : La France aide les îles Fidji à rédiger leur contribution COP21

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou s'est chargé de la 20ième conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organise la 21ième conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les États doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.