EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

29/09/2016

Les géants de l’énergie accusés de bloquer les renouvelables en France

Développement durable

Les géants de l’énergie accusés de bloquer les renouvelables en France

En France, les renouvelables ne représentent que 12 % de l'énergie consommée © Shutterstock

Le rapport « Nouveau Monde » commandité par la ministre de l’Environnement propose une centaine de mesures pour passer à l’après-pétrole. Il attribue l’échec des renouvelables en France à la toute-puissance des géants de l’énergie comme EDF, Engie et Areva.

La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, avait commandité cet hiver un rapport sur l’économie du Nouveau monde, celle de l’après-pétrole. Coordonné par l’ancienne députée européenne Corinne Lepage, le texte propose un bataillon de nouvelles réformes fiscales et économiques pour favoriser la croissance grâce à l’environnement.

Décentraliser l’énergie, l’inverse du modèle français

C’est, pour une fois, une approche décentralisée qui est privilégiée. Après une trentaine d’auditions d’entrepreneurs des énergies renouvelables ou du bio, les auteurs sont persuadés que le capitalisme à la française avec des grands groupes qui font la pluie et le beau temps finit par être néfaste au développement d’une nouvelle voie. « Il faut faciliter l’accès aux financements des petites entreprises, beaucoup d’entre elles sont motivées, mais peinent à obtenir des fonds parce que leur activité est innovante » constate l’un des auteurs, l’économiste Thomas Porcher.

Le label « France Avenir » sur les traces de la « French Tech »

Pour cela, le rapport Nouveau monde suggère 5 mesures phares, dont la création d’une marque spécifique « France Avenir », qui marcherait dans les traces de la « French Tech ». Une façon de rendre plus lisibles pour le consommateur les innovations françaises. Le rapport de Corinne Lepage suggère également la création d’un « Medef » du « Nouveau monde » qui permette à ces entreprises de peser dans les décisions. Une critique à peine voilée envers l’organisation très « industrielle » de l’organisation patronale française, dont les principaux postes sont souvent réservés à des pontes des grandes entreprises plutôt qu’à des entrepreneurs innovants.

>>Lire : La COP 21 financée par des sponsors controversés

Enfin le rapport Nouveau monde suggère de créer un « institut de la transition » qui permette de prendre en compte dans le modèle économique global les externalités négatives pour l’environnement, dont le prix reste sous-valorisé. Un « fonds de remédiation » permettrait également de financer les projets dont la rentabilité est encore bancale.

Dans son ambition d’orchestrer un monde sans pétrole, le rapport se penche à la fois sur la filière énergétique et la filière agricole, grosse consommatrice de dérivés du pétrole non seulement en tant que carburant, mais aussi sous forme d’intrants : engrais, produits phytosanitaires. Le développement difficile de la filière bio en France est ainsi passé en revue.

Parmi les idées de bon sens du rapport, la réduction de la TVA sur les produits bio ou les produits issus de l’économie circulaire.

Engie, EDF et Areva pointés du doigt

« Il faut que les entreprises puissent peser dans le débat. Malgré les avantages donnés aux renouvelables, les bilans énergétiques sont quasiment les mêmes qu’il y a 10 ans en Europe, rien n’a changé » s’insurge Thomas Porcher. En France, les énergies renouvelables représentaient 12 % de l’énergie consommée en 2012, selon le rapport d’étape fourni à la Commission européenne ; l’objectif des 20 % en 2020 est donc encore loin.

Le fait que l’État, qui reste actionnaire des géants de l’énergie comme Engie (ex GDF Suez), EDF et Areva , des entreprises principalement axées vers des énergies du passé, pose aussi problème dans la mesure où « ces gros acteurs se sont développés en étant en monopole et avec capitaux publics. Il faut maintenant que l’État redevienne stratège dans ses investissements et arbitre ces fonds en faveur des renouvelables » avance l’économiste. Le rapport identifie, parmi les obstacles spécifiques du développement de cette nouvelle économie, « les grands groupes en situation de monopole » ou encore « le refus du passage aux énergies renouvelables ».

>>Lire : Les énergéticiens français restent accros au charbon, mais à l’étranger

« Dans le secteur de l’énergie EDF bloque de manière quasi systématique et volontaire l’essentiel des innovations en matière d’énergies renouvelables de même qu’en matière d’efficacité énergétique en France. Elle est du reste parfaitement parvenue à son objectif consistant à ce que sa filière énergie renouvelable soit effectivement un acteur important du renouvelable, mais seulement à l’étranger, pratiquant la politique de la terre brûlée en France sur les filières industrielles du renouvelable » assure le rapport.

L’interdiction du RoundUp, une mesure symbolique

Clairement critique envers les géants français de l’énergie, le rapport n’a pas fait l’objet d’une présentation officielle par le ministère de l’Environnement. La remise du rapport a été annulée une première fois pour cause de venue du roi et de la reine d’Espagne, et Ségolène Royal était en déplacement au Bourget lundi lors de sa remise officielle.

La ministre visitait mardi matin une jardinerie pour promouvoir une mesure d’interdiction du désherbant RoundUp de Monsanto pour les particuliers. Le glyphosate qu’il contient a été décrété comme cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé. Si les ONG saluent la mesure, elles rappellent qu’il s’agit surtout d’une mesure symbolique. Les particuliers ne représentent que 5 % de la consommation de RoundUp, un désherbant surtout utilisé dans l’agriculture à qui Monsanto fournit des semences de céréales résistantes au RoundUp (ou RoundUp Ready).

>>Lire Les Etats allemands appellent à l’interdiction d’un désherbant (EN)

En Allemagne, plusieurs Lander appellent également à la suppression du RoundUp, sans avoir pour l’heure été entendus par l’État fédéral.

Contexte

Le projet de loi sur la transition énergétique, débattu depuis maintenant un an en France, peine à mettre tout le monde d'accord. Après avoir été repensé par le Sénat, il a été de nouveau modifié à l'Assemblée nationale en mai 2015 avant de repartir au Sénat en deuxième lecture. Le texte ne devrait pas être adopté définitivement avant la rentrée 2015. La place des grands groupes de l'énergie au sein du mix énergétique français continue de faire débat au sein de la classe politique, les Verts s'insurgeant notamment du maintien contre vents et marée du nucléaire.

Plus d'information