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28/09/2016

Panne de courant en vue en Europe

Développement durable

Panne de courant en vue en Europe

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Le mix énergétique européen serait en train de déraper selon l'Observatoire européen des marchés de l'énergie, préparé par Cap Gemini.  En cause: les énergies renouvelables.

L’alerte a déjà été donnée par des énergéticiens comme GDF ou RWE. Cette fois, c’est la société de conseil Cap Gemini qui s’y colle.

Dans son Observatoire européen des marchés de l’énergie, Cap Gemini s’inquiète de l’évolution du mix énergétique européen, qui menacerait la sécurité énergétique de la région. En gros, l'Europe serait bientôt exposée à des pannes de courant massives en hiver, durant les pics de demande, en raison d'un manque de capacités de production.

La faute aux…éoliennes principalement. En effet, le Paquet Energie-Climat a poussé l’essor des énergies renouvelables qui « mettent aujourd’hui sous pression la compétitivité des centrales à gaz » assurent les auteurs.

Priorité à l'électricité d'origine renouvelable

Une affirmation qui s’explique par le mode de fonctionnement spécifique des marchés de l’électricité.  En cas de coup de vent important, l’électricité éolienne afflue prioritairement sur le marché. Le marché de l’électricité est en effet régi par le « merit order » : l’électricité avec le plus faible coût de production est prioritaire du rapport.

Or, les énergies renouvelables ont des coûts de production faibles, même si leurs coûts en investissement sont très élevés.

70 heures de prix négatifs en 2012

En cas de tempête dans la mer du Nord notamment, les autres capacités de production sont contraintes de s’effacer, ou alors les prix risquent de tomber en dessous de zéro.

Les pics de prix aux heures de pointe ont baissé en moyenne et des pics de prix négatifs ont été observés durant plus de 70 heures en 2012 en Europe

La rentabilité des installations à gaz s’effrite donc, d’autant que  les installations fonctionnant à base de charbon sont favorisées par…le développement du gaz de schiste aux Etats-Unis.

En effet, l’arrivée de gaz bon marché aux Etats-Unis a détourné les stocks de charbon américain vers l’Europe, où les prix se sont effondrés.

Les centrales à gaz à la peine

Le taux d’utilisation des centrales à charbon s’est au final avéré nettement meilleur que celui des centrales au gaz.

Selon l’institut IHS, ce sont ainsi 60 % des centrales à gaz européennes qui risquent la fermeture d’ici 2016. Or, selon le rapport de Cap Gemini, « ces centrales qui sont indispensables pour assurer la sécurité d’approvisionnement durant les heures de pointe sont remplacées par des énergies renouvelables dont la production d’électricité est volatile et non programmable ».

Côté carbone, les prix trop faibles ont un effet pervers sur les investissements du secteur.

CapGemini avance que le captage et le stockage de CO2 ne sont rentables qu’à partir d’un prix de la tonne de CO² de 40 à 55 euros par tonne pour rentabiliser une centrale à charbon, et de 80 à 110  euros par tonne pour le même dispositif installée sur une centrale à gaz.

La solution : soutenir le prix du carbone

Cap Gemini préconise, pour remédier à cette situation, d’introduire un prix plancher du CO², comme  il en existe au Royaume-Uni .

Une position souvent défendue par les experts, comme Christian de Perthuis cette semaine sur EurActiv.

En effet, le prix du CO² se reflète directement dans les prix de gros de l’électricité donc la hausse sera mécanique.

D'autre part la hausse du prix du carbone permettrait de favoriser le gaz par rapport au charbon, qui nécessite des achats de quotas plus importants.

Les auteurs incitent aussi à définir un modèle de marché de détail permettant de limite l’augmentation de subventions, et de définir « un rythme de croissance raisonnable des énergies renouvelables ».

Cap Gemini s’est associé, pour réaliser cette étude, à la société VaasaETT, société de conseil sur l’énergie, mais aussi au cabinet Francis Lefevre et la banque Exane BNP Paribas.

Contexte

Le triple objectif énergétique s'inscrit dans la stratégie « Europe 2020 ». Les trois objectifs sont :

  • une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % dans l'UE, par rapport à 1990 ;
  • une utilisation d’énergie provenant de sources renouvelables à hauteur de 20 % ;
  • une augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique dans l'UE.

Ces objectifs ont été approuvés par le Conseil européen en 2007 et mis en œuvre conformément au paquet énergie-climat de 2009 et à la directive sur l'efficacité énergétique de 2012.