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24/07/2016

Peut-on nourrir la planète sans alimenter l’effet de serre ?

Développement durable

Peut-on nourrir la planète sans alimenter l’effet de serre ?

L'élevage contribue largement à la croissance des émissions de GES de l'agriculture

L’agriculture pèse sur le changement climatique, qui menace de son côté les récoltes. L’évolution des pratiques, notamment au travers de la Politique agricole commune, est inéluctable.

Nourrir l’humanité. La fonction première et romantique de l’agriculture semble s’être éloignée de la réalité de la production agricole contemporaine.

La production intensive de céréales dans les plaines fertiles de l’Europe termine certes, pour partie, sous forme de pâtes ou de pain. Mais elle se destine aussi à l’alimentation animale. Le maïs fournit des protéines aux bovins, l’orge est exporté en Arabie Saoudite pour y nourrir les moutons quand il ne termine pas en bière. Quant au colza, il fait rouler une voiture sur dix en Europe.

Emissions de CO2

L’agriculture poursuit donc des objectifs très différents, dont la multiplicité a décuplé son impact sur l’environnement. En matière d’effet de serre, l’agriculture est un des suspects les plus sérieux sur le banc des accusés puisqu’un quart des émissions de CO2 de la planète sont liées à l’agriculture.

Selon la FAO, les émissions de CO2 de l’agriculture ont doublé en cinquante ans, principalement à cause du développement de l’élevage, une activité très émettrice en gaz à effet de serre en raison de la production de méthane par les animaux. La fermentation entérique à l’origine des rots et flatulences des animaux d’élevage, qui sont au nombre de 80 milliards sur la planète, représente 40 % des émissions totales de CO2 du secteur.

C’est donc surtout la viande, et la croissance de la demande en produits carnés qui a fait exploser le bilan carbone de l’agriculture, même si la déforestation n’est pas en reste. L’arrachage de forêts et la destruction de zones humides, qui sont des puits de carbone, ainsi que l’artificialisation de zones croissance participe aussi à la hausse de la production de gaz à effet de serre.

Politique de verdissement

Face à cette réalité préoccupante pour le réchauffement climatique, l’agriculture fait la sourde oreille. Le sujet agricole n’a quasiment pas été abordé durant la COP21.

« C’est un sujet sensible, on avance doucement » avance-t-on à la Commission. Le programme de « verdissement » de la Politique agricole commune (PAC) a notamment mis en place une série de bonus/malus pour les agriculteurs, les incitant à conserver des haies, et à consommer moins d’eau.

En revanche, la question de l’artificialisation des sols ou l’idée de limiter l’élevage de bovins sont laissés de côté. La réponse de l’UE, qui a récemment décidé de ne pas limiter les émissions de gaz à effet de serre liée à l’élevage semble clairement insuffisante.

Autre piste : il faudrait jouer sur la consommation pour que l’agriculture évolue. « Il faut s’attaquer aux habitudes des consommateurs. Inciter les collectivités locales à choisir de l’huile de palme certifiée, par exemple. Ou aller directement vers les consommateurs, en favorisant les plats végétariens : tout le monde ne peut pas devenir végétarien du jour au lendemain, mais on peut inciter à manger moins de viande » explique Pascal Canfin, directeur du WWF France, qui travaille sur un partenariat avec l’entreprise de surgelés Picard pour développer la consommation de plats non carnés.

A l’autre bout de la chaine, c’est au niveau règlementaire que les enjeux se nouent lentement. L’agriculture représente en effet 10 % des émissions de CO2 en UE en moyenne, mais avec des grandes variations d’un pays à l’autre : en Irlande, le secteur agricole émet 30 % du CO2 du pays.

Déjà « verdie », la Politique agricole commune qui doit être de nouveau réformée d’ici 2020 devrait s’orienter vers un modèle qui répondrait plus au risque climatique. Ne serait-ce qu’en changeant de méthodologie. Le changement climatique imposant aux agricultures des risques supplémentaires de variabilité dans les récoltes, la nouvelle PAC pourrait proposer un système d’assurance, qui ne serait activée qu’en cas de récolte ou de prix trop faibles.

>>Lire : La réforme du financement de la nouvelle PAC s’annonce complexe

Car comme le montre la dernière étude de la FAO et de l’IPCC, le principal risque que le changement climatique fait courir sur l’agriculture est une augmentation des épisodes climatiques extrêmes comme les sécheresses, les inondations.

L’adaptation à la modification des températures est aussi inévitable. La recherche pour des cultures moins gourmandes en eau et en intrants est déjà en marche. Mais c’est aussi en inversant la tendance à la hausse de ses propres émissions que l’agriculture arrivera à se sauver, et à continuer à nourrir la planète. C’est ce que la France propose avec son initiative « 4 pour 1000 », qui vise à maximiser la capture de CO2 par l’agriculture par des procédés spécifiques.

>>Lire : L’initiative 4 pour 1000 veut remettre le CO2 dans les sols agraires

Contexte

L'accord de Paris, signé le 12 décembre dernier par 195 membres de l'UNFCCC, vise à renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, dans le contexte du développement durable et de la lutte contre la pauvreté, notamment en :

a) Contenant l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, étant entendu que cela réduirait sensiblement les risques et les effets des changements climatiques;

b) Renforçant les capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques et en promouvant la résilience à ces changements et un développement à faible émission de gaz à effet de serre, d’une manière qui ne menace pas la production alimentaire.

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