Le recyclage réclame des quotas de CO2 pour les émissions évitées

Recycled_cans [Scott Ableman / Flickr]

Les recycleurs français se trouvaient à Bruxelles la semaine dernière pour demander aux régulateurs européens de récompenser toute la chaine de valeur du recyclage d’éviter des émissions de gaz à effet de serre. Un message reçu avec prudence par la Commission, qui souligne un manque de données.

« Les bénéfices environnementaux du recyclage des matières premières doivent être traduits en instruments fiscaux pour encourager les entreprises à les utiliser », assure Jean-Philippe Carpentier, président de la FEDEREC, la fédération des industries du recyclage en France.

En effet, il est souvent moins couteux de fabriquer des produits en utilisant des matières premières vierges qu’en utilisant des matières recyclées, souligne-t-il, insistant sur le fait que des incitatifs financiers encourageraient la transition vers une économie circulaire, à faible émissions de carbone.

« La Commission européenne pourrait remettre des quotas de CO2 aux recycleurs, qui pourront les vendre sur le marché du carbone », estime Philippe Carpentier. Ce qui est important, poursuit-il, c’est que l’éventuelle « monétisation » des activités de recyclage ne bénéficie pas seulement à une industrie ou un secteur, mais à toute la chaine de valeur – la collecte, le tri, le recyclage et l’utilisation de matières premières secondaires.

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Lors d’un événement organisé par Euractiv à Bruxelles le 17 octobre, Philippe Carpentier n’est pas venu les mains vides. À ses côtés se trouvait un responsable de l’agence française de l’environnement, l’ADEME, avec laquelle la FEDEREC a collaboré pour produire une étude pionnière explorant les économies en énergie et en CO2 associées au recyclage en France.

Le résultat de l’étude, qui s’appuie sur une analyse de cycle de vie, est stupéfiant. Au total, le recyclage en France a permis d’empêcher l’équivalent de 22,5 millions de tonnes d’émissions de CO2 en 2014. Cela représente 4,9 % des émissions totales et annuelles en France. C’est l’équivalent de 20 % des émissions de la flotte automobile du pays et de 100 % des émissions du transport aérien.

En termes d’économie d’énergie, le recyclage représente 124 TWh (térawatt-heure) d’énergie économisée – l’équivalent de 18 réacteurs nucléaires, ou 80 % de la consommation annuelle des foyers français – indique l’étude.

La valeur du recyclage est plus évidente pour certains matériaux que pour d’autres. Une tonne de métal ferreux recyclé par exemple permet d’éviter l’équivalent de 57 % d’émissions de CO2 par rapport à l’utilisation d’une tonne d’acier primaire. Le pourcentage augmente à 89 % pour les plastiques PET, à 93 % pour l’aluminium et à 98 % pour le textile recyclé.

Et l’étude va plus loin, en se penchant sur des matières comme le verre, les véhicules de fin de vie, les torchons, les déchets électroniques, le papier et le carton, les déchets de la construction et le cuivre.

Pour l’aluminium, l’étude montre une grande différence d’intensité CO2 entre les matériaux vierges et recyclés, ce qui donne une indication sur le prix des rebuts d’aluminium, explique Manuel Burnand, directeur général de la FEDEREC.

« Pourquoi les déchets d’aluminium ont de la valeur ? Car il est plus facile de produire de l’aluminium à partir de débris plutôt que de matières premières. C’est la même chose pour l’acier », explique Manuel Burnand qui affirme que c’est pour cela que le recyclage de ces matières s’est accéléré.

L’effet pervers, toutefois, est qu’il est devenu moins couteux de produire de l’aluminium à partir de matières premières vierges que de déchets d’aluminium recyclés. D’où l’appel des recycleurs pour des incitatifs financiers.

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Manque de données

Karmenu Vella, commissaire européen à l’environnement, a salué l’étude de la FEDEREC car elle appuie la cause du paquet sur l’économie circulaire, qui entre dans la phase de trilogue entre les institutions européennes après le vote du Parlement en mars dernier.

« Nous voulons tous des taux de recyclage plus élevés pour les bénéfices multiples que cela entraîne », a-t-il déclaré. « Mais pour y parvenir, nous avons besoin de données cohérentes et fiables. Voilà pourquoi une analyse de cycle de vie est si importante. »

Selon Angélique Delahaye, eurodéputée française de centre droit (PPE), une des plus grandes difficultés est d’harmoniser la définition de déchets ainsi que la méthode de calcul des taux de recyclage entre les pays.

« En réalité, ce n’est que par une harmonisation que nous pourrons comparer les niveaux de recyclage de chaque État membre », a-t-elle souligné, rappelant qu’il s’agissait d’aspects « cruciaux » du débat sur l’économie circulaire au Parlement européen.

An de Schryver, responsable de la DG environnement à la Commission, appelle l’industrie du recyclage à ouvrir ses livres statistiques. Pour elle, une ouverture des données est vitale pour l’économie circulaire.

« Un point important pour nous est la gratuité des données », souligne-t-elle, rappelant que la Commission doit actuellement acheter des données à l’industrie pour mesurer des choses comme les émissions des CO2 des camions.

« Pour le recyclage, ce serait des données comme la consommation d’énergie, ou les produits chimiques utilisés durant le processus de recyclage pour nettoyer les plastiques par exemple », a-t-elle indiqué. « Nous demandons des données spécifiques à l’industrie, mais aussi une base de données commune et européenne – que tout le monde pourrait utiliser. »

La Commission prépare une nouvelle stratégie sur les plastiques et travaille pour cela avec les fabricants pour modifier leurs produits et leurs emballages.

L’exécutif estime toutefois que les données sont difficiles à collecter, surtout pour les plastiques, car les techniques de recyclage varient d’une usine de recyclage à une autre, ce qui rend les statistiques spécifiques à un pays non pertinentes.

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An de Schryver refuse toutefois l’idée de récompenser l’industrie du recyclage avec des quotas de CO2. La méthode de l’empreinte environnementale de produit (EEP) de la Commission « se penche plus largement sur l’utilisation et la consommation de ressources », a-t-elle expliqué, faisant référence à une série de projets pilotes pour mesurer l’empreinte environnementale des produits comme les peintures décoratives, les chaussures, les panneaux solaires, le vin ou la nourriture pour animaux.

« Nous sommes en train de voir ce qui peut être fait », a-t-elle répondu sur la manière dont récompenser les recycleurs pour les économies d’énergie réalisées.

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