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22/01/2017

Seul un tiers des déchets électroniques de l’UE est bien recyclé

Développement durable

Seul un tiers des déchets électroniques de l’UE est bien recyclé

Un tiers seulement des déchets électroniques sont correctement recyclés dans l'UE.

[Ian Riley/Flickr]

Plus des deux tiers des objets métalliques et produits électroniques jetés dans l’UE finissent par être traités de manière illégale. Les toxines qui s’échappent de certains d’entre eux sont dangereux pour l’environnement et la santé humaine. Selon des chercheurs, les déchets électroniques posent donc un véritable problème en Europe.

En 2012, près de cinq millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) ont été traitées de façon inefficace ou illégale dans l’UE et 1,3 tonne a été exportées, principalement vers des pays asiatiques ou africains. Seul un tiers des « e-déchets » européens est au final correctement recyclé.

Les frigos sont parmi les DEEE les plus dangereux. S’ils ne sont pas correctement recyclés, il s’en échappe en effet des substances dangereuses. 84 000 tonnes de compresseurs, le système qui comprime le liquide réfrigérant, ne seraient pas traitées dans les centres de recyclage officiels. Cette mauvaise gestion équivaut à peu près aux émissions de CO2 de cinq millions de voitures, selon un rapport publié le 30 août par le projet Countering WEEE Illegal Trade (« Contrer le commerce illégal de DEEE).

« Pas besoin de se pencher sur ce qui se passe au Ghana, au Nigéria et en Chine. Il y a beaucoup de choses à dire sur l’Europe. La mauvaise gestion des e-déchets en Europe concerne dix fois plus de déchets que ceux qui sont exportés vers des endroits comme le Ghana », explique Pascal Leroy, secrétaire général de l’ONG WEEE Forum, qui milite pour le recyclage des déchets électroniques.

>> Lire : Le recyclage des déchets, un enjeu clé pour le climat

Le recyclage des appareils électroniques est plus long et plus couteux que celui de n’importe quel autre déchet, parce qu’ils contiennent souvent des produits toxiques, comme le mercure ou le cadmium.

Pascal Leroy fait le lien entre le problème du recyclage des DEEE et son coût, mais aussi avec la « miniaturisation des produits », que les consommateurs ont alors tendance à jeter dans la poubelle générale.

L’Espagne et d’autres États plus pauvres de l’UE, comme la Roumanie ou la Bulgarie, sont à la traine en ce qui concerne le ramassage des déchets électroniques, selon le spécialiste, alors que les taux de collection les plus hauts se trouvent en Autriche, en Belgique et dans les pays scandinaves. 

Conformément à la législation européenne en vigueur, les États membres doivent informer la Commission européenne des volumes de DEEE qu’ils ramassent, recyclent et exportent.

Les règles ne sont toutefois pas appliquées à la lettre, et de nombreux manquements, comme les exportations illicites ou les produits non déclarés, échappent à la surveillance des institutions.

Les paiements en cash pointés du doigt

La valeur des produits électroniques les rend en outre attirants aux yeux des voleurs et pilleurs de poubelles, ce qui complique encore le problème de la mauvaise gestion des DEEE.

Le rapport du CWIT identifie des groupes criminels organisés qui seraient responsables de la plus grande partie du commerce illégal des appareils électroniques en Europe et dans d’autres pays.

Les chercheurs d’Interpol, de certaines organisations de l’ONU et d’autres groupes qui ont écrit le rapport appellent à une interdiction des paiements au comptant dans le secteur des DEEE. Appliquée à toute l’Europe, une telle mesure permettrait selon eux de réduire considérablement les profits illégaux qui en découlent. La France a déjà agi dans ce sens en interdisant l’achat de déchets métalliques en espèces en 2011.

« Aux Pays-Bas et en Belgique, par exemple, il y a beaucoup de vols de métal. Des gens se rendent aux points de ramassage, récupèrent et volent des DEEE et les vendent aux recycleurs en cash. Si les transactions ne se font plus au comptant, tout le secteur devient plus transparent et on peut suivre la trace des déchets », souligne Pascal Leroy.

>> Lire : Manque de transparence sur la gestion des déchets en Europe

En France, on remarque d’ailleurs que l’on récolte beaucoup moins de DEEE dans les zones situées aux frontières avec des pays moins regardants. Pascal Leroy en conclut que les e-déchets y sont ramassés par des pilleurs de poubelles et transportés au-delà de la frontière, où ils peuvent être vendus plus facilement.

Un porte-parole de la Commission a refusé de commenter l’idée d’une interdiction à l’échelle européenne.

L’an prochain, la Commission mènera une révision de la législation sur la criminalité environnementale qui devrait notamment se pencher sur la punition des contrevenants autour de l’UE.

La valeur des produits électroniques européens qui sont traités ou vendus au noir est estimée à entre 800 millions d’euros et 1,7 milliard d’euros.

Un grand nombre des appareils qui sont exportés illégalement hors Europe, surtout ceux qui proviennent d’États membres riches, ne sont même pas cassés. Certains de ces produits peuvent encore être réparés ou réutilisés.

>> Lire : Les eurodéputés rappellent leurs attentes à Bruxelles sur l’économie circulaire

Économie circulaire

La Commission européenne a abandonné la série de projets de loi sur les déchets du paquet sur l’économie circulaire plus tôt cette année et a promis de présenter de nouvelles propositions d’ici la fin de l’année dans le cadre de la réforme sur la durabilité.

Les propositions enterrées par la nouvelle Commission comprenaient notamment des objectifs de recyclage de 70 % des déchets municipaux d’ici 2030 et de 80 % pour les matériaux comme le verre, le papier, le métal et le plastique.

>> Lire : L’UE veut recycler 70 % des déchets à l’horizon 2030

Enrico Brivio, porte-parole de la Commission, a assuré que la directive de 2004 sur les DEEE et la gestion des déchets électroniques fait partie des projets d’économie circulaire de l’UE.

« La production des appareils électroniques modernes nécessite l’utilisation de ressources rares et couteuses [10 % de l’or de la planète, par exemple], le recyclage a donc des avantages évidents. Plus la valeur de nos déchets augmente, à cause du manque de ressources, plus nous aurons besoin de technologies et d’innovations nous permettant de recycler les composants et de les réinjecter dans l’économie, plutôt que de les enterrer ou de les brûler », explique-t-il.

>> Lire aussi : Un « tsunami de déchets électroniques » menace la planète

Contexte

Le paquet sur l'économie circulaire avait pour objectif de rendre le recyclage plus systématique et de renforcer les règles sur l'incinération et les décharges.

Il regroupait six projets de loi sur le gaspillage, les emballages, les décharges, les véhicules en fin de vie, les piles et les accumulateurs et les déchets électroniques.

Le vice-président de la Commission, Frans Timmermans a reçu du président Jean-Claude Juncker la mission d'alléger l'appareil administratif et d'offrir une « meilleure législation » à l'UE.

En décembre, il a annoncé aux eurodéputés qu'il consulterait le Conseil des ministres et le Parlement avant de supprimer le paquet et de faire de nouvelles propositions.

>> Lire : Paris demande des garanties sur le paquet Économie circulaire

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