Les femmes de la Méditerranée, moteur de développement et de stabilité

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La marginalisation des femmes freine la région de la Méditerranée. [Markhoulder/Flickr]

Les femmes, trop absentes des prises de décision, trop peu insérées dans le marché du travail formel, trop souvent victimes de violence, constituent pourtant l’un des espoirs de la Méditerranée.

Delphine Borione est Secrétaire générale adjointe pour les affaires sociales et civiles de l’Union pour la Méditerranée.

La région euro-méditerranéenne a connu en 2016 une intensification des conflits, une montée des extrémismes et une superposition de défis économiques, environnementaux, sociaux et sociétaux – changements climatiques, sécurité, migration, pauvreté ou chômage – qui fragilisent le vivre-ensemble. Face à ce monde en convulsion, agissent aussi des forces positives, des opportunités qu’il est vital pour nos sociétés de mieux valoriser. Les femmes, trop absentes des prises de décision, trop peu insérées dans le marché du travail formel, trop souvent victimes de violence, constituent aujourd’hui l’un de ces espoirs pour la Méditerranée. La promotion du rôle des femmes est ainsi une exigence pour l’édification d’une région euro-méditerranéenne plus stable et capable de mieux affronter ses défis.

L’égalité entre les hommes et les femmes constitue un vecteur de démocratie, de paix et de croissance dans une région qui aspire à la stabilité et à la prospérité. Malgré les progrès accomplis dans de nombreux domaines, cette égalité est loin d’être achevée dans la région euro-méditerranéenne comme, d’ailleurs, dans le reste du monde. Les femmes n’accèdent pas à la pleine réalisation de leurs droits et aux mêmes opportunités que les hommes dans les domaines sociaux, culturels, politiques et économiques. La violence envers les femmes reste un fléau. Le poids des traditions, des coutumes et des attitudes stéréotypées enferment beaucoup de femmes dans des rôles préétablis desquels il est difficile de se dégager.

Une plus grande participation des femmes à la vie économique, politique et sociale est pourtant synonyme de croissance inclusive et de développement durable. Cette véritable plus-value générée par les femmes se vérifie dans tous les domaines. Dans la région méditerranéenne, où le taux de participation des femmes au marché du travail n’est que de 25%, une contribution égale des femmes et des hommes à la vie économique pourrait augmenter le PIB de la région de plus 25%.  Les femmes sont aussi des actrices essentielles contre l’extrémisme et la radicalisation, grâce à leur capacité à enrichir le tissu économique de leur pays et donc à réfréner les flux migratoires. Elles jouent un rôle de médiation et entretiennent la cohésion dans les familles et les communautés.

Les femmes ne peuvent plus être considérées uniquement comme « victimes » des conflits qui les affectent particulièrement, mais aussi doivent être actrices  de la prévention et de la résolution des conflits, comme l’affirme la résolution 1325 de l’ONU. Un rapport récent d’ONU Femme démontre cet apport positif des femmes: la présence des femmes dans les négociations favorise la durabilité des accords de paix. Les femmes sont prêtes aujourd’hui à être non seulement pleinement maîtresses de leur destin mais également des moteurs de paix et de stabilité.

Cadre intergouvernemental unique pour faire progresser les trois priorités interdépendantes de la région – la stabilité, l’intégration régionale et le développement humain inclusif-, l’Union pour la Méditerranée a fait ainsi de la promotion de l’égalité femme-homme et de l’autonomisation des femmes dans les sociétés, l’un de ses objectifs premiers. L’UpM agit pour cela à un niveau politique, avec la construction d’un « agenda commun » engageant les 43 États de la région, et avec des projets concrets au bénéfice des femmes dans les domaines de la formation, de l’entrepreneuriat, de la participation économique, de l’accès au leadership ou de la lutte contre la violence.

Investir dans la contribution des femmes à la société comme réponse aux défis de la Méditerranée : c’est aussi ce que la troisième Conférence de haut niveau de l’UpM, intitulée «  Femmes pour la Méditerranée : moteurs de développement et de stabilité » entend souligner avec force les 10 et 11 octobre prochains. Pendant deux jours, ministres, représentants d’organisations internationales, de la société civile et d’ONG, experts, tous directement engagés au niveau politique comme de l’action de terrain,  identifieront des solutions et des pistes concrètes pour renforcer le rôle vital des femmes en tant qu’agents de changement pour la région. Ils traiteront du rôle essentiel des femmes pour relever les défis les plus sensibles : création d’emploi,  développement durable, lutte contre l’extrémisme et la radicalisation, défis migratoires en Méditerranée.

Nous le savons, il n’y a pas de développement sans sécurité, il n’y a pas de sécurité sans développement, et il ne peut y avoir durablement ni sécurité ni développement sans égalité homme –femme. Promouvoir la mise en œuvre effective des droits des femmes et l’accès à toutes les opportunités constitue une condition essentielle pour garantir la paix, la stabilité, le développement de nos sociétés, et pour répondre aux défis de notre temps.