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29/07/2016

L’UE doit réviser à la hausse son ambition climatique

Développement durable

L’UE doit réviser à la hausse son ambition climatique

Un ancien responsable du GIEC appelle l’UE à rester leader contre le changement climatique, en modifiant ses propres objectifs climatiques après l’accord de Paris.

Bert Metz a occupé le poste de négociateur en chef pour les Pays-Bas et l’Union européenne lors de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et le protocole de Kyoto. Il a également été co-président du groupe de travail du GIEC sur l’atténuation du changement climatique de 1997 à 2008. Il est membre de la Fondation européenne pour le climat et de plusieurs comités scientifiques consultatifs.

Il ne fait aucun doute que les débats sur le climat qui ont eu lieu à Paris en décembre dernier ont dépassé les attentes. Cet aboutissement est le résultat d’un effort international sans précédent pour relever le défi d’une limitation du réchauffement climatique à 2°C au-dessus des niveaux préindustriels. Cet objectif ayant été accepté à Cancun en 2010.

Mais l’accord de Paris va plus loin. Il appelle les 195 nations signataires à contenir cette augmentation de la température bien en deçà de 2 °C et à poursuivre les efforts pour limiter l’augmentation de la température à 1,5 °C. Cet objectif renforcé a de profondes implications pour la politique climatique de l’Union européenne ; des implications qui n’ont pas encore été entièrement comprises, sans compter qu’aucune action concrète n’a encore été réalisée.

L’UE a longtemps été un leader pour prendre des mesures face au changement climatique. Dès 2007, elle faisait partie des premiers à définir un objectif à long terme pour réduire ses émissions totales de gaz à effet de serre (GES) de 80 % à 95 % par rapport à leurs niveaux de 1990. Mais à ce jour, ses efforts ont principalement visé la partie basse de cette fourchette. Par exemple, l’objectif pour 2030 de réduire les émissions de GES d’« au moins 40 % par rapport aux niveaux de 1990 » dérivait de l’objectif de 80 % à long terme.

Avant l’accord de Paris, cet objectif faisait de l’Europe le meilleur élève de la planète. Mais les choses ont changé depuis et l’UE doit se mettre au travail si elle souhaite conserver son rang. La nouvelle limite de température qui a été définie dans l’Accord de Paris est plus stricte et exige une révision des objectifs de l’UE, en conformité avec les données scientifiques. Alors que nous dit la science ?

La bonne nouvelle est la suivante : les scénarios scientifiques existants pour limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5 °C montrent qu’il est technologiquement possible de maintenir l’augmentation de la température en dessous de ce niveau d’ici la fin du siècle.

La mauvaise nouvelle, en revanche, est que nous sommes pressés par le temps, et ce, de façon dramatique. Pour respecter la limite de 2 ˚C, nous devons enregistrer zéro émissions « nettes » de GES d’ici la fin du siècle, ce qui signifie que les émissions restantes sont compensées par des volumes équivalents éliminés de l’atmosphère. Pour respecter la limite de 1,5 à 2 °C définie dans l’Accord de Paris, cet équilibre doit se produire « au cours de la seconde moitié du siècle ». Pour le CO2, nous devrons enregistrer zéro émissions « nettes » encore plus tôt, car l’élimination de certains autres gaz à effet de serre nécessitera plus de temps. Pour limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 °C, le monde doit enregistrer zéro émissions « nettes » de CO2 d’ici 2050 environ. En clair : nous pouvons le faire mais nous n’avons pas le temps de nous attarder par manque d’ambition.

Qu’est-ce que cela implique pour l’UE ?

La science montre que pour respecter la limite de 1,5 °C, et en assumant sa part de l’effort mondial en tant que pays industrialisés, l’Europe occidentale doit réduire ses émissions de GES de 90 à 95 % d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990. Cela aura des conséquences immédiates sur la révision de l’ETS pour la période après 2020 : si l’objectif pour 2050 est une réduction de 95 % par rapport à 1990, alors le plafond de l’ETS doit être abaissé plus rapidement que les 2,2 % annuels actuellement proposés.

Mais l’UE peut-elle le faire ? Comme le remarque l’UNEP Emissions Gap 2015 report (rapport 2015 du PNUE sur les écarts d’émissions), les scénarios s’appuyant sur une hausse de 1,5 °C, par rapport à ceux tablant sur 2 °C, montrent le besoin de réduire plus tôt et davantage les émissions dans le secteur de l’énergie, mais aussi d’apporter de sérieuses améliorations à l’efficacité énergétique dans les secteurs de l’industrie, du bâtiment et des transports ; et aucun retard ne devra être pris pour les actions mondiales d’atténuation du changement climatique au-delà de 2020.

En outre, davantage de CO2 doit être éliminé de l’atmosphère que dans les scénarios à 2 °C. Tout cela est à présent inévitable, car l’action mondiale pour réduire les émissions a été trop lente. Un reboisement et une reforestation massifs constituent une solution mais elle a ses limites. L’approche la plus prometteuse est d’associer les centrales à biomasse aux équipements de captage et de stockage (CCS) du CO2 (BioCCS). Toutefois, la forte résistance de l’opinion publique au CCS, le manque d’investissement dans cette technologie et le défi de l’approvisionnement en biomasse à partir de sources durables constituent des obstacles majeurs.

La bonne nouvelle est qu’une décarbonisation rapide et des investissements dans les économies d’énergie généreront d’énormes profits. Une efficacité énergétique radicalement améliorée et des énergies renouvelables toujours plus abordables sont la promesse d’une réduction de la facture énergétique de l’Europe et d’un air plus propre. Le développement de technologies innovantes et à faible impact carbone offrent à l’Europe une renaissance industrielle et des opportunités d’exportation. Enfin, des mesures volontaristes de la part de l’UE en matière de changement climatique promettent de réduire le coût pour l’Europe des futurs impacts climatiques et encouragent également nos partenaires internationaux à revoir leurs propres ambitions à la hausse.

Le message clé de l’accord de Paris à l’UE est donc de renforcer son objectif de réduction à long terme de ses émissions de GES de 80 % à 95 %. Il faut simplement la volonté politique de le faire. Mais nous laisserons le dernier mot au commissaire européen à l’action climatique et à l’énergie, Miguel Arias Cañete. En accueillant l’accord de Paris, il a déclaré : « Ce qui a été promis doit être réalisé. L’Europe continuera à mener la transition mondiale vers moins de carbone sur laquelle nous nous sommes mis d’accord. »