La Commission promet 1 milliard d’euros pour la course aux superordinateurs

Carlos Moedas et Mariya Gabriel [European Commission]

La Commission a annoncé le 11 janvier qu’elle investirait 1 milliard d’euros dans le développement d’ordinateurs à très haute performance d’ici à 2020. Objectif : tenter de rester dans la course face à la Chine et aux Etats-Unis.

« La Chine est dans la course, les États-Unis sont dans la course, et nous aussi. Nous devons juste courir un tout petit peu plus vite », a déclaré le commissaire en charge de la recherche, Carlos Moedas, lors d’une conférence de presse où il a annoncé ses projets.

Le montant de 1 milliard d’euros – 486 millions d’euros de fonds européens et le reste des États membres – permettra d’acheter deux supercalculateurs préexaflopiques en 2019 ou en 2020, que les chercheurs et les entreprises pourront utiliser pour traiter un très grand nombre de données.

La proposition de la Commission ne prévoit par contre pas d’acheter des ordinateurs exaflopiques, plus rapides, qui calculent déjà un milliard de milliards d’opérations par seconde. L’exécutif se concentrera plutôt sur la recherche pour le développement de cette technologie, jusqu’en 2026.

Les gouvernements chinois et américains ont tous deux financé des projets de recherche pour développer des supercalculateurs d’ici à 2020 et 2021.

Carlos Moedas reconnaît que l’Europe est à la traine dans la recherche technologique par rapport aux États-Unis et à la Chine. Les pays européens pourraient donc avoir une seconde chance d’entrer dans la course aux secteurs émergents, comme l’intelligence artificielle et la blockchain, et ces deux technologies dépendent d’ordinateurs à haute performance, explique-t-il.

La Commission a assuré qu’elle économiserait l’argent des gouvernements européens en regroupant ses investissements avec les États membres à partir de 2019 et jusqu’en 2026, afin d’acheter des ordinateurs préexaflopiques et pour soutenir la recherche visant à développer des supercalculateurs exaflopiques d’ici à 2022 ou 2023.

Une fois que les entreprises auront accès à ces supercalculateurs et pourront traiter d’énormes quantités de données, elles pourront accéder à de nouveaux marchés d’une valeur de 1 000 milliards d’euros, selon les estimations de la Commission.

L’Europe se dote de capacités de superinformatique

Sept États européens ont annoncé une initiative commune pour acquérir et déployer des ordinateurs à très haute performance, un projet que la Commission européenne compare à Airbus ou Galileo.

La commissaire européenne en charge du numérique, Mariya Gabriel, qui a présenté le projet avec Carlos Moedas, souligne que la cybersécurité, les soins médicaux et la recherche sur des catastrophes naturelles comme les tremblements de terre pourraient bénéficier d’un traitement des données plus rapides. L’exécutif estime que la recherche dans l’agriculture, l’énergie et l’astrophysique bénéficieront aussi de superordinateurs.

Les chercheurs dans tous les États membres pourront avoir accès à au moins 50 % des données traitées par les ordinateurs, voire plus si leur gouvernement a versé des fonds supplémentaires dans les projets de supercalculateurs.

Selon un responsable européen, la proposition de la Commission vise à « rapatrier » les applications techniques actuellement exploitées dans le bloc, mais dont les données sont envoyées vers d’autres pays, car elles ne peuvent pas être traitées ici.

« Nous avons sept fois plus d’applications provenant de l’UE traitées en dehors de l’UE. Ce que nous essayons de faire, c’est répondre à la demande. Les ordinateurs que nous avons dans l’UE aujourd’hui n’y répondent pas », a déclaré le responsable.

Les projets de financement sont une tentative d’aider les chercheurs et les entreprises à améliorer l’analyse des données, mais ils servent également les intérêts de la politique technologique de l’UE : la Commission veut empêcher que les données européennes ne soient mal utilisées ou ne fasse l’objet d’espionnage une fois transférées à l’étranger. L’exécutif voit donc dans la construction de meilleurs ordinateurs européens à haute performance un moyen de protéger ses données.

« L’envoi de données européennes sensibles à des fins de traitement dans d’autres régions du monde, où les normes européennes élevées en matière de respect de la vie privée, de protection des données, de droit d’auteur, etc. ne sont pas nécessairement respectées, compromet l’intention de reprendre le contrôle des données européennes et de leur exploitation », peut-on lire dans la proposition de la Commission.

Les fonds publics ne se limiteront pas à l’achat de puces et de composants pour les ordinateurs qui ne proviennent que d’Europe. L’objectif de la Commission est plus large : mettre en place un réseau d’ordinateurs rapide qui aide spécifiquement les chercheurs et l’industrie européens.

« Nous voulons que cette infrastructure soit de nature européenne, c’est pourquoi nous commençons par le préexcascale qui nous permettra d’aller de l’avant », a déclaré Mariya Gabriel lors de la conférence de presse. « Notre objectif est d’avoir notre propre infrastructure européenne. Puis, au sein de cette infrastructure, nous voulons que nos industries, nos scientifiques et nos PME y contribuent. »

Pour Carlos Moedas, il n’est pas important de savoir si la technologie derrière les ordinateurs à haute performance financés par l’UE provient également de fabricants européens. « Pour être les meilleurs, nous devons être ouverts aux technologies qui viennent du monde entier et travailler ensemble. »

Jusqu’ à présent, la Commission a reçu le soutien de 12 États membres pour ses projets de développement de supercalculateurs : la France, l’Allemagne, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne, la Belgique, la Slovénie, la Bulgarie, la Grèce et la Croatie, ainsi que la Suisse.

Carlos Moedas assure que davantage d’États membres appuieront bientôt la proposition et engageront des fonds pour développer des ordinateurs de haute performance.

Le mandat de la Commission actuelle prend fin à l’automne 2019, ce qui signifie que les fonds affectés aux ordinateurs de haute performance dans le cadre de cette proposition ne seront versés qu’une fois qu’une nouvelle administration entrera en fonction. Selon un responsable européen, l’objectif de la Commission pour ce mandat est d’amener chacun des 28 États membres à soutenir la proposition et à mettre de côté des fonds pour acheter et développer des ordinateurs préexascale.