L’UE sauve une banque espagnole sans 1 euro de fonds publics

Elke König est satisfaite de cette première intervention du Conseil de résolution unique. [Bankenverband/Flickr]

Le « Conseil de résolution » unique est intervenu pour la première fois. Objectif : sauver une banque espagnole sans puiser dans les fonds publics.

Banco Popular a été rachetée par Santander pour la modique somme d’un euro. En retour, Santander va investir 7 milliards pour couvrir les actifs compromis, et renforcer le capital. Le trimestre dernier, Banco Popular avait annoncé détenir 37 milliards de prêts non productifs. Son titre s’était totalement effondré en bourse en début de semaine, supprimant toute garantie pour les créanciers, et rendant la situation particulièrement urgente.

L’acquisition de Banco Popular, la sixième banque du pays, permettra à Santander de renforcer sa position de principale banque espagnole. Elle dominera ainsi également le marché de l’emprunt pour les PME, un secteur dont Banco Popular est un acteur important.

Le Conseil de résolution unique (CRU) est entré en action tôt le 7 juin, afin d’organiser cette transaction, qui permet le sauvetage d’une banque sans recours aux deniers publics. C’est la première fois que cet instrument est utilisé.

« La nuit a été longue », a déclaré Eike König, présidente du CRU, lors d’une conférence de presse. Cinq heures plus tôt, l’institution créée en 2015 avait approuvé le premier programme de transfert d’une banque, Banco Popular, vers un acheteur sûr.

Après la perte d’un grand nombre de dépôts ces derniers mois, la banque a en effet souffert une pénurie de liquidité « grave ». La confiance du marché avait alors plongé, à mesure que les repreneurs potentiels disparaissaient.

La détérioration de la situation a été si fulgurante que le CRU a jugé bon de ne pas attendre le week-end pour intervenir, comme il est d’usage pour les liquidations de banques. « Il était nécessaire d’agir », a confirmé Dominique Laboureix, membre du conseil.

Premiers pas d'un fonds privé pour renflouer les banques

Un fonds privé pour soutenir les banques en faillite a été mis en place début janvier. Baptisé mécanisme de résolution unique (MRU), il représente le deuxième pilier de l’Union bancaire européenne

La décision a été prise après que la Banque centrale européenne (BCE) a averti le CRU que Banco Popular était « en faillite ou risquait la faillite » le soir du 6 juin. Des représentants du ministère espagnol de l’Économie ont indiqué que la banque avait épuisé toute l’aide disponible en termes de liquidités le 6 juin à 15h. Sans intervention, la banque n’aurait pas pu ouvrir le lendemain.

Une première opération réussie

Après une nuit intense d’échanges téléphoniques et de propositions entre la BCE, le CRU, la Commission et le fonds de résolution des banques espagnol (FROB), les autorités européennes et espagnoles se sont décidées à vendre Banco Popular le plus rapidement possible.

Elke König est satisfaite du résultat. Le cours des actions s’est stabilisé après l’ouverture des marchés et les affaires de la banque « ont été conduites de manière normale » le 7 juin, s’est-elle félicitée. L’opération est considérée comme une réussite par les autorités européennes, le gouvernement espagnol et les observateurs.

La présidente du CRU a souligné que l’intervention avait atteint ses objectifs : sauver les dépôts de la banque, assurer les services clés (ce qui est d’autant plus important que nombre de PME dépendent de Banco Popular) et protéger l’argent des contribuables en ne recourant pas aux fonds publics.

Luis de Guindos, le ministre espagnol des Affaires économiques, estime qu’il s’agit d’une bonne solution, étant donné qu’il n’a pas fallu faire appel à des fonds publics. Cela empêche donc « une possible contagion entre risques bancaires et souverains, qui a déjà eu lieu par le passé ».

Certains observateurs continuent de douter du système bancaire européen, étant donné que de nombreuses entreprises se débattent toujours avec les conséquences de la crise et le nombre inquiétant de créances douteuses.

Le sauvetage des banques espagnoles sur le point d'être approuvé

L'Allemagne et la Finlande ont approuvé le programme de sauvetage des banques espagnoles et l'Eurogroupe devrait donner son aval aujourd'hui (20 juillet) pour que 100 milliards d'euros soient alloués à l'Espagne pour recapitaliser ses banques.

Après l’effondrement de la bulle immobilière, l’Espagne a bénéficié d’un sauvetage de 40 milliards d’euros pour protéger ses banques.

Dans le cas de Banco Popular, Bruxelles et Madrid soulignent cependant que les dommages ont été efficacement limités et que la confiance était restaurée. Et les règles européennes sur la résolution bancaire ont passé leur premier grand test.

« [Les règles européennes] ont prouvé que la résolution peut fonctionner pour une banque nationale d’importance systémique. Il n’existe donc plus de raison d’utiliser l’argent des taxes quand une banque importante rencontre des difficultés », souligne Christian Stiefmuelle, analyste pour Finance Watch.

La meilleure option

Elke König assure que l’offre de Santander était la meilleure, non seulement à cause de la capacité de la banque à couvrir les besoins financiers, mais aussi parce qu’elle donnait « confiance » et représentait « une solution à long terme ». Elle n’a pas souhaité indiquer quelles autres banques ont offert de racheter Banco Popular. Les autorités espagnoles ont pour leur part confirmé que BBVA faisait partie des concurrents, mais ne remplissait pas les conditions établies par le CRU et le FROB.

L’intervention du CRU n’est cependant pas une bonne nouvelle pour tout le monde. Les nouveaux porteurs d’obligations et actionnaires ont en effet perdu toute la valeur de leurs titres dans l’opération.  La décision très rapide a également soulevé certaines questions sur l’existence d’alternatives moins radicales.

Les responsables du CRU ont cependant assuré que les aides d’urgence pour les crises de liquidités n’auraient pas résolu le problème parce que la banque n’était pas viable. Ils ont ajouté qu’ils n’avaient même pas pu utiliser cette option pour gagner du temps et trouver une meilleure offre parce que ce type d’aide ne faisait pas partie des outils du CRU et que ni la BCE ni la banque centrale espagnole n’envisageaient cette possibilité.

L’intervention pour Banco Popular est très différente de l’opération de sauvetage de la banque italienne Monte dei Paschi, approuvée la semaine dernière par la Commission en échange d’une restructuration profonde de la banque, la plus vieille au monde. Les autorités européennes ont en effet opté pour une recapitalisation préventive de 8 milliards d’euros qui pourrait assurer la viabilité de la banque italienne.

Ces deux effondrements mettent cependant en cause les tests de résistance de la BCE. En effet, Monte dei Paschi et Banco Popular avaient toutes deux réussi les tests l’an dernier.

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