Bruxelles promet d’accompagner l’essor des voitures sans-conducteur

Photo : Le camion sans chauffeur d'Otto en action. Otto est une filiale de l'entreprise de transport Uber. [@ottodrives/Facebook]

Si la Commission tente de convaincre les citoyens européens des avantages des voitures sans chauffeur, leur mise en circulation reste semée d’embûches.

Noël est arrivé avant l’heure pour les amateurs de voitures autonomes cette semaine. Convoquant un sommet de deux jours à Bruxelles à ce sujet (le premier en son genre), la Commission européenne a promis un certain nombre de financements, de changements de réglementations, d’accords transfrontaliers et d’aides à l’innovation pour le secteur des véhicules autonomes.

Autoroutes européennes

Les camions sans chauffeurs pourraient être une réalité sur les autoroutes européennes d’ici deux ans, ont indiqué des représentants européens. Dans un premier temps, ils circuleront en convois dirigés par un camion conduit par un humain qui sera suivi par des camions sans chauffeur.

Il s’agit de la première étape d’une feuille de route qui sera publié par la Commission le 31 mai dans le cadre de sa stratégie de transport. Les voitures autonomes pourraient circuler sur les routes européennes d’ici 2025.

« Posséder une voiture conventionnelle sera bientôt aussi dépassé que de posséder un cheval », a indiqué lors de la conférence le commissaire européen à la recherche, à la science et à l’innovation, Carlos Moedas.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a identifié le secteur des voitures autonomes comme un domaine dans lequel l’UE pourrait procurer des avantages considérables aux citoyens. Dans les cinq scénarios de son livre blanc sur l’avenir de l’Europe publié à l’occasion du 60e anniversaire de l’UE à Rome, la conduite connectée et autonome a été citée comme un exemple d’innovation irréalisable sans l’UE.

Dans un scénario où l’UE serait réduite à une simple zone de libre-échange, « les Européens seront réticents à utiliser les voitures connectées en raison de l’absence de règles et de normes techniques harmonisées », peut-on lire dans le document.

Trois semaines plus tard, les dirigeants nationaux ont signé un accord à Rome non seulement pour autoriser les expériences et tests transfrontaliers, mais aussi pour établir un point de contact unique dans chaque État membre pour les approuver.

L’UE veut rattraper son retard sur les voitures connectées

La Commission européenne a publié un rapport indiquant comment rattraper son retard en matière de voitures connectées – domaine dans lequel les États-Unis et le Japon sont à l’avant-garde.

Vitesse de croisière sur l’autoroute

Les camions devraient être les premiers à tenter l’expérience sans chauffeur, étant donné qu’ils voyagent principalement sur les autoroutes et sont les plus rentables commercialement parlant. Si les convois menés en tête de peloton par un camion conduit par un humain seront la première étape, l’étape suivante sera de faire circuler des convois complètements autonomes.

Les autoroutes sont l’endroit le plus sûr pour la conduite autonome en raison de l’absence de piétons et de leur configuration en ligne droite. Ce sont également les routes les plus uniformes à travers l’Europe. Dans un futur proche, les camions seront conduits par des humains en ville, puis continueront leur route de manière autonome sur les voies à grande vitesse. Lorsqu’un camion arrivera à sa destination, un nouveau chauffeur le récupèrera à la sortie de l’autoroute.

« Aujourd’hui, il faut quatre jours et demi pour aller de Lisbonne à Varsovie par la route, mais bientôt il ne faudra plus qu’un jour et demi », a déclaré à Euractiv José Manuel Viegas, secrétaire général du forum du transport international à l’OCDE. « C’est très utile pour les camions et les bus, non seulement parce que ce processus permet d’économiser sur les coûts salariaux et opérationnels, mais aussi parce que les véhicules pourraient fonctionner 24 heures sur 24. »

L'UE s'inquiète de la cybersécurité des voitures sans conducteur

Commission européenne et le Parlement ont annoncé le 3 septembre que les travaux sur la réglementation des voitures connectées allaient commencer, mais que la législation sur les véhicules autonomes ne serait pas prête avant un certain temps.

Besoin de mettre à jour la Convention de Vienne

En dépit de l’enthousiasme de la Commission, mettre en place une telle technologie reste une tâche ardue. L’UE n’est pas la seule à présenter des incertitudes réglementaires en la matière. Au niveau international, les règles sont harmonisées par la Convention de Vienne sur la circulation routière, adoptée par les Nations unies en 1968.

Pour Joost Vantomme, responsable de la mobilité intelligente auprès de l’Association européenne des constructeurs d’automobiles (ACEA), les règles doivent être clarifiées. « L’article 8 stipule qu’un conducteur doit être au volant et maîtriser son véhicule », a-t-il indiqué. Mais qu’est-ce qu’un conducteur? Est-ce que ce peut être un ordinateur? Et que cela signifie-t-il de maîtriser son véhicule?

Si les spécialistes du secteur de la conduite autonome ont remis en question l’article 8, certains pays ont interprété les règles différemment. Antti Vehviläinen, directeur général de l’Agence des transports finlandais, a précisé lors de la conférence que la Finlande avait opté pour une interprétation plus libre. « Le conducteur ne doit pas être dans la voiture, il doit juste le maîtriser », a-t-il déclaré.

Les premiers efforts de clarification de la part de l’UE sur une éventuelle modification des règles pourraient pousser les Nations unies à s’adapter à ces nouvelles règles. Mais la modification d’un traité des Nations Unies peut prendre quatre à cinq ans, et le travail n’a pas encore commencé.

Inquiétudes du public

La conduite autonome remportera-t-elle cependant l’unanimité auprès du public? Rien n’est moins sûr, au vu des inquiétudes exprimées lors de la conférence. Que penseront les automobilistes lorsqu’ils se retrouveront sur l’autoroute avec une voiture sans chauffeur à côté d’eux?

À Gothenburg, en Suède, on va bientôt le savoir. En effet, Volvo travaille actuellement sur un projet baptisé « Driveme », qui a pour but de faire circuler des voitures autonomes sur des routes également empruntées par les automobilistes. L’entreprise veut tester la réaction des conducteurs et examiner certaines questions de sécurité.

Les inquiétudes concernant la sécurité représentent un important obstacle. Lors d’une table-ronde consacrée au facteur humain dans la conduite autonome, la plupart des participants ont reconnu que si les automobilistes faisaient trop confiance à l’automatisation, cela pourrait représenter un danger. Presque tout le monde était d’accord sur la nécessité d’une formation pour pouvoir « conduire » un véhicule autonome, et la moitié des participants a préconisé que les véhicules alertent les autres lorsqu’ils sont en mode conduite automatique.

Ce sera une question épineuse pour les régulateurs, a admis José Manuel Viegas. « Les ministres sont conscients qu’il risquent leur place s’ils approuvent des mesures qui peuvent porter à des accidents », a-t-il indiqué. « Il faut être en mesure de garantir que les voitures autonomes soient aussi sûres que les voitures conduites par l’Homme. »

Malgré tout, l’ambiance était plutôt positive à la conférence de Bruxelles. Tout le monde était d’accord pour dire que, tant que la sécurité serait respectée, l’UE aura tout à gagner, puisque le secteur des véhicules autonomes lui offrira l’opportunité de démontrer ses compétences de leadership en matière d’innovation et d’adaptation réglementaire rapide.

« Imaginez un peloton de camions avec l’écriteau ‘l’Europe en mouvement’ », s’est enthousiasmé Roberto Vavassori, président de l’Association européenne des fournisseurs de l’automobile (CLEPA). « Ce serait la preuve que la législation européenne sert à améliorer la qualité de vie de nos citoyens », a-t-il conclu lors de la conférence.

« Il faut éviter un nouveau mur est-ouest sur le transport routier»

En mai, l’exécutif proposera des modifications pour la réglementation des conducteurs de camions et les péages. Le ministre tchèque du Transport, Dan Ťok, propose un compromis, et refuse de contester le projet allemand de taxer plus les étrangers sur ses autoroutes.