La France n’apprécie guère la candidature du Luxembourg à l’Eurogroupe

Le rôle trouble du Luxembourg est apparu dans les Luxleaks, mais aussi cette semaine dans les Paradise Papers

Paris préfère la candidature de la Slovaquie face à celle du Luxembourg, dont la mauvaise image sur les enjeux d’évasion fiscale lui semble peu pertinente pour prendre la tête de l’Eurogroupe.

Alors que les candidatures se multiplient pour la présidence de l’Eurogroupe, qui doit changer en janvier prochain, la candidature montante du ministre des Finances luxembourgeois, Pierre Gramegna n’enchante pas la France.

Les Luxleaks, les Panama Papers ou les Paradise Leaks ont un point commun : elles soulignent toutes le rôle significatif du Luxembourg dans l’évasion fiscale des entreprises comme des particuliers. Si la Commission européenne présidée par un Luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a déjà multiplié les propositions de réglementation pour limiter les possibilités d’évasion, notamment  l’échange automatique d’information ou le reporting pays par pays, il reste encore beaucoup à faire.

« L’urgence aujourd’hui, c’est de mettre en place des outils sérieux de lutte contre l’évasion fiscale ! Comment un ministre des finances en place du Luxembourg pourrait y contribuer ? » s’agace une source française de haut niveau.

Accorder un second poste clé au Luxembourg, alors que le pays freine des quatre fers sur tous les sujets de lutte contre l’évasion fiscale ne semble pas la solution la plus appropriée. Récemment, le Luxembourg s’est montré très réticent face à la proposition française de taxation des GAFA. Une position assez systématique, qui donne du fil  à retordre aux équipes de la DG Taxud.

« Juncker joue le jeu, mais ses compatriotes non », se désole une source à la Commission. Ainsi, après avoir multiplié les exemptions dans la transposition des premières directives anti-blanchiment, le pays est en retard sur la transposition de la 4ième, adoptée dans le cadre de la lutte anti-terroriste, qui aurait dû traduite en droit luxembourgeois avant la mi-2017.

Un consensus compliqué à trouver

Le rôle du président de l’Eurogroupe n’est certes pas directement lié aux problématiques fiscales, mais la réussite de la zone euro dépend aussi de la bonne entente de ses membres. Le sujet de la concurrence fiscale intense que livrent actuellement les Pays-Bas, l’Irlande et le Luxembourg au reste de la zone euro peut difficilement être contourné.

La France, dont la candidature éventuelle du ministre Bruno Le Maire n’est plus d’actualité, miserait plus volontiers sur le ministre des Finances de la Slovaquie, Peter Kazimir, qui a récemment annoncé sa candidature. A ce poste depuis 5 ans, ancien vice-président du pays et social-démocrate, il présente des atouts dans ce jeu de chaise musicale qui veut que le candidat n’appartienne pas à la famille dominante dans les postes à responsabilité européens, soit le Parti populaire européen. Il représente néanmoins un pays, la Slovaquie, dont la note A+ n’impressionne guère les pays nordiques ou l’Allemagne, contrairement au Luxembourg. « C’est un problème », concède la source française.

Parmi les autres noms évoqués, le portugais Mario Centeno, aussi défendu par l’Espagne, et la ministre des finances lettone sont en lice.

Les soupçons s’accumulent sur le cash au Luxembourg

Les billets de 500 euros ont proliféré depuis la création de l’euro, jusqu’à représenter un tiers du cash. Europol s’interroge sur les émissions nettes de billets du Luxembourg, qui représentent deux fois son PIB.

Contexte

L'Eurogroupe est la réunion mensuelle informelle des ministres des finances européens. Le président est l'un des 19 ministres de la zone euro, en exercice.