Le Brexit rend les patrons européens encore plus europhiles

Pierre Gattaz, président du Medef, le 29 août

Échaudés par le Brexit, les patrons européens affichent un soutien sans faille pour l’Union européenne à l’université d’été du Medef. Et attendent de la France des réformes rapides.

Le thème de l’Europe a été au cœur du démarrage de l’université d’été du Medef, mardi. Lieu de rencontre annuel des patrons, le séminaire a démarré à la veille d’annonces concrètes du gouvernement sur la réforme du marché du travail, attendues jeudi sous forme d’ordonnances.

« Cette loi travail sera le curseur du mandat d’Emmanuel Macron, de sa volonté de vraiment réformer », a prévenu Pierre Gattaz, président du Medef, en ouverture des débats, insistant pour que le gouvernement « aille jusqu’au bout pour simplifier le Code du travail ».

Le chef d’entreprise a toutefois salué l’engagement européen du chef de l’État, et l’a appelé à développer un « modèle économique d’acteur de l’Europe, un modèle qui a compris que l’Europe est notre horizon commun, et que le monde offre de formidables opportunités ».

La ministre en charge des affaires européennes a souligné que le candidat Macron avait été élu autour du thème de l’Europe, ce qui avait suscité beaucoup d’espoir notamment chez les partenaires européens. « Mais les scores des candidats eurosceptiques montrent qu’il y a de l’inquiétude et de la colère de la part des citoyens. Il faut plus de réactivité, moins de naïveté de la part de l’Europe », a-t-elle estimé.

Face aux représentants des Medef italien, allemand et espagnol, la responsable a aussi reconnu qu’il fallait que la France fasse les efforts déjà faits par les partenaires européens de la France. « Certes, cela ne garantit pas une grande popularité dans les sondages, mais c’est indispensable pour peser dans l’UE », a-t-elle souligné, ajoutant qu’au niveau du moteur européen, l’Allemagne était presque seule à bord sans forcément le désirer.

Dans le sillage de Gattaz, les syndicats de patrons européens ont aussi fait montre d’un soutien indéfectible à l’Europe, à l’instar de Dieter Kampf, président du BDI, le Medef allemand.

« La coopération franco-germanique est très importante ; les économies françaises et allemandes sont très imbriquées, et ont permis de se développer l’une l’autre. Mais c’est surtout l’Union européenne qui est la solution, et non le problème ! », a assuré le chef d’entreprise allemand, soulignant le gâchis du Brexit, et insistant sur le fait que seul un marché européen de 500 millions de consommateurs nous permettra aux entreprises européennes de rester dans la course mondiale.

Le Medef s’inquiète des conséquences du Brexit

Lors de sa 18e université d’été, la question du Brexit a agité les représentants du patronat français. Qui craignent que ce coup d’arrêt au projet européen ne plombe la relance économique de l’Union européenne.

Le chef du patronat italien, Vincenzo Boccia,  a de son côté insisté sur le rôle des syndicats de patron comme le sien, comme intermédiaire entre les citoyens et l’Europe. Il a aussi taclé la décision de la France dans le dossier STX, en appelant les chefs d’État à appliquer les principes européens dans toutes leurs décisions.

Joan Rosell, à la tête du Medef espagnol, s’est félicité de la reprise de l’économie espagnole, qui s’appuie notamment selon lui sur la réforme des relations avec les syndicats dans le pays, et invité la France dans cette voie, et rapidement.

« Oui il faut faire tout et très vite, parce que l’Espagne va sortir du programme du pacte de stabilité, ce qui risquerait de faire de nous le seul pays encore sous programme ! » a confirmé Nathalie Loiseau.

Mais pour le représentant d’Ernst & Young, Jean-Pierre Letartre, l’Europe qui a au départ été créée pour faire un marché commun interne, devrait se préoccuper de créer des champions mondiaux, capables de concurrencer les géants de la technologie. L’expert a aussi demandé aux politiques de sortir de la naïveté de la régulation européenne, où certains régulent plus que d’autres en appliquant plus les règlements.

Nathalie Loiseau: «l’Europe centrale a été négligée par la France»

La France se tourne vers l’est pour redémarrer le projet européen. Elle compte sur le soutien des pays d’Europe centrale sur la défense, l’immigration, le commerce et le travail détaché, selon la ministre en charge des affaires européennes. Un article d’Euractiv Slovaquie.