Sécurité et bénéfices du numérique peinent à cohabiter en Europe

Tiina Astola

Face à l’incroyable essor de l’économie numérique, la protection des données des Européens doit être mise au premier plan, estime la directrice générale en charge de la justice et des consommateurs à la Commission. Un article d’Euroefe.

Alors que les cyberattaques se multiplient en Europe et que les groupes terroristes et criminels détournent l’usage d’Internet, Tiina Astola, responsable de la DG justice, a envoyé un signal de tranquillité, en amont du 4ème Congrès des Notaires européens, à Saint Jacques de Compostelle.

« La nouvelle loi de l’UE sur la protection des données entrera en vigueur en mai 2018 et est très avancée. Le niveau de protection des données en Europe est le plus élevé au monde. Nous avons beaucoup travaillé pour y parvenir », a-t-elle assuré.

Elle estime toutefois qu’il n’y a pas de place pour la complaisance dans un réseau toujours plus perméable à la cyberdélinquance. « Même si le niveau de protection des données dans l’UE est élevé, la Commission espère que les normes seront respectées. Il ne suffit pas d’avoir une belle législation, il faut ensuite la traduire en faits. Le plus important est qu’elle soit mise en œuvre. »

Cyberattaques: que contient le «paquet cyber» que l'Europe veut voter en 2018?

Transformation de l’ENISA en agence européenne de cybersécurité, création d’un label européen pour les entreprises, investissements dans l’innovation technologique, lutte renforcée contre la fraude aux moyens de paiement… La Commission européenne a dévoilé les mesures de son « paquet cyber », qu’elle espère voter en 2018 pour une application dans les cinq prochaines années. Analyse de notre partenaire, La Tribune

La Commission travaille étroitement avec les autorités nationales de protection des données pour que la machine soit parfaitement huilée, a-t-elle expliqué. En effet, les compétences en termes de justice sont toujours de la responsabilité des États membres et non de l’Union européenne.

Pourtant, la protection des données des Européens va au-delà des frontières du Vieux Continent. « L’Europe coopère avec des pays tiers, et un des exemples de cette coopération est le bouclier de confidentialité (Privacy Schield), grâce auquel les citoyens européens jouissent d’un niveau de protection équivalent aux États-Unis, lorsque leurs données migrent dans ce pays », explique Tiina Astola.

La Commission européenne envisage de conclure ce type d’accord avec d’autres pays, sur d’autres continents, comme le Japon ou la Corée du Sud, où le transfert des données est pertinent pour l’économie européenne.

Complémentarité

Pour Tiina Astola, la protection des données des consommateurs européens doit primer sur l’objectif de création d’un marché unique numérique dans l’UE. Elle souligne toutefois qu’il n’y a pas d’antagonisme entre la protection de la vie privée des Européens et la création d’emplois et la stimulation de l’économie numérique. « Les deux devraient être complémentaires et compatibles. »

« Si les consommateurs européens sentent que leurs données sont protégées, ils seront plus tranquilles au moment de faire des achats sur Internet et ils tireront plus d’avantages du commerce international. Le concept de vie privée doit s’emboîter dans le concept de marché des données. Si le citoyen européen fait confiance au système, cela permettra la croissance du e-commerce et la création de nouveaux emplois », affirme-t-elle.

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Une question de complémentarité qui préoccupe aussi Bruxelles. En effet, lors du dernier sommet européen à Tallin, la politique numérique était le thème central, et lors de son discours sur l’état de l’Union en septembre dernier, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a également abordé cet aspect.

Malgré l’enthousiasme suscité par la transformation numérique, Tiina Astola regrette que tous les acteurs clés (gouvernements, entreprises, consommateurs) fassent abstraction de leurs obligations au moment de respecter les normes. « Je voudrais à nouveau répéter le mot ‘application’ des lois. Les normes européennes ne servent à rien si elles ne sont pas appliquées. »