Le débat sur le salaire minimum fait rage en Serbie

Aujourd’hui, plus de 350 000 travailleurs reçoivent le salaire minimum mensuel de 22 800 dinars, soit moins de 200 €. [rudlavibizon/flickr]

Le conseil économique et social du gouvernement serbe, les syndicats et l’Association serbe des employeurs ont lancé des négociations sur le salaire minimum en 2018. A moins de 200 euros par mois, le salaire minimum pousse les jeunes à l’exode.

Les syndicats serbes estiment que toutes les conditions sont réunies pour une augmentation du salaire minimum, qui ne couvre même pas le coût du panier du consommateur moyen. De l’autre côté, les patrons conditionnent cette hausse à une réduction des taxes sur les entreprises.

Les syndicats veulent que le salaire minimum passe de 130 dinars serbes de l’heure (1,07 €) à 154 dinars (1,3 €), alors que l’association des employeurs propose une hausse d’environ 8 %, pour atteindre 140 dinars (1,2 €), ce que le gouvernement approuve.

Le salaire minimum pour 2018 doit être décidé d’ici au 15 septembre.

Selon le secrétaire général de l’association des syndicats indépendants de Serbie, Zoran Mihajlović, les employeurs veulent que la portion non imposable du salaire, qui s’élève actuellement à 11 600 dinars (87,50 €) soit augmentée de 8 %. Si le gouvernement refuse cette proposition, ils proposent une hausse de 3 % du salaire minimum.

Le 30 août, Zoran Mihajlović se réjouissait de voir que les trois partenaires sociaux s’étaient accordés sur le fait que le salaire minimum devait être augmenté, alors que jusqu’à présent, les employeurs n’étaient pas du tout disposés à cela.

Sur les cinq dernières années, le salaire minimum serbe a augmenté de 15 dinars au total (0,12 €). S’élevant à 121 dinars en 2015 et 2016, le salaire minimum a augmenté de 7,5 % en 2017.

Les syndicats voulait atteindre les 143 dinars de l’heure pour 2017, les employeurs proposaient quant à eux 125-127 dinars de l’heure, et le conseil économique et social a finalement opté pour un terrain d’entente en proposant 130 dinars.

Aujourd’hui, plus de 350 000 travailleurs reçoivent le salaire minimum mensuel de 22 800 dinars, soit moins de 200 €.

Le salaire minimum équivaut à environ la moitié du salaire moyen net, qui s’élevait en juillet à 48 101 dinars, soit 404 €.

Dans l’Union européenne, 22 États membres et cinq pays candidats possèdent le salaire minimum. Selon les données d’Eurostat, les salaires minimum mensuels dans l’UE vont de 200 euros en Bulgarie à près de 2 000 euros au Luxembourg.

Les salaires européens toujours en berne après la crise

Depuis la crise économique de 2008, l’austérité a ralenti la croissance des salaires dans les pays européens. Dans la plus grande partie des pays, les salaires stagnent, voire diminuent.

Salaire minimum, la norme

Le représentant des syndicats indépendants unis affirme que les conditions se prêtent à une hausse du salaire minimum d’au moins 10 à 15 %, puisque la productivité et les prix ont augmenté en Serbie, prérequis pour une augmentation du salaire minimum.

Selon  Zoran Stojiljković, les employeurs dans les secteurs du commerce et des services sont les plus farouches opposants à une hausse du salaire minimum, car ils affirment qu’avec les charges fiscales actuelles, ils n’arrivent pas à assumer les coûts de leur entreprise. Ils conditionnent donc la hausse du salaire minimum à une baisse de ces charges.

Les syndicats dénoncent également le fait que nombre d’employeurs considèrent le salaire minimum comme la norme, et non comme une exception. L’association estime par ailleurs que le faible niveau du salaire minimum, « en plus de plonger la plupart des citoyens dans une grave pauvreté, pousse les jeunes à partir à l’étranger, ce qui crée un déficit de certains profils, surtout les plus qualifiés ».

Commentant les résultats d’une enquête menée par l’association des employeurs, révélant que les conditions ne sont pas réunies pour une hausse du salaire minimum, l’association des syndicats indépendants affirme que « la seule chose qui compte pour les employeurs est de faire du profit, et la main d’œuvre n’est pour eux qu’une dépense nécessaire ».

Juncker pour un salaire minimum dans tous les États de l’UE

La Commission européenne souhaite l’instauration d’un salaire minimum pour les travailleurs et d’un revenu minimum pour les chômeurs dans tous les États membres de l’Union européenne, a déclaré lundi son président.

« Si la décision ne dépendait que des employeurs du Conseil économique et social, où les partenaires sociaux doivent s’accorder sur le montant du salaire minimum horaire, ce dernier n’aurait absolument pas augmenté ces dix dernières années », est-il écrit dans le communiqué de presse de l’association des syndicats.

Baisse des impôts sur les entreprises

Pendant ce temps, le président de l’association des employeurs, Nebojša Atanacković, explique que l’enquête menée en juillet auprès de 100 entreprises, montre que deux tiers des patrons estiment que ce n’est pas le moment d’augmenter le salaire minimum car ils n’ont pas obtenu d’exonérations fiscales.

Avant le début des négociations sur le salaire minimum, Nebojša Atanacković a annoncé que les employeurs entameraient les discussions sur cette position et verraient « en parallèle quelles sont les possibilités de baisser les charges, comme cela nous est promis depuis des années ».

Le président de l’association a par ailleurs prévenu que dans le cas d’une hausse du salaire minimum, certaines petites entreprises feraient le choix de passer dans l’économie informelle.