Quel futur pour Erasmus+ après le Brexit ?

Pierre Moscovici, Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires.

La Commission souhaite un Erasmus « 9 fois plus ambitieux ». Mais le Brexit pourrait entamer le budget du programme le plus populaire de l’Union européenne.

En déplacement à Paris ce vendredi 17 novembre, Pierre Moscovici, le Commissaire européen aux affaires économiques a laissé entrevoir ce que pourrait être l’avenir du programme Erasmus : « Nous travaillons actuellement sur une version plus ambitieuse et plus inclusive », a-t-il confié. Le programme Erasmus +, qui fête ses trente ans cette année, doit prendre fin en 2020 et la Commission planche sur la version 2021-2027.

« En finir avec l’auberge espagnole »

« Erasmus, ça ne peut plus être un programme destiné aux élites désireuses de faire la fête à l’étranger. Il faut en finir avec l’auberge espagnole » a déclaré Pierre Moscovici, faisant référence au film de Cédric Klapisch, emblématique de la génération Erasmus.

Le Conseil veut décider seul du prochain budget de l’UE

L’intention du Conseil européen de conclure les négociations sur le prochain Cadre financier pluriannuel vers la fin 2019 est la pire des idées et montre que le Conseil veut décider seul, estime l’eurodéputée socialiste Isabelle Thomas.

L’ancien ministre de François Hollande veut « un Erasmus pour tous ». Il s’agirait d’ouvrir le programme à d’autres bénéficiaires que les étudiants post-bac. Visés particulièrement, les jeunes en apprentissage. Un programme expérimental leur sera consacré dès 2018, leur permettant d’effectuer un stage de longue durée (plus de trois mois) dans un autre État membre. « Un jeune sur trois doit faire Erasmus », résume le Commissaire français qui espère atteindre cet objectif en 2025.

La nouvelle version du programme Erasmus + pourrait également viser des publics « défavorisées » : « nous réfléchissons à des Erasmus destinés aux personnes handicapées ainsi qu’aux migrants », assure Pierre Moscovici.

Poids du Brexit

L’enjeu d’Erasmus est double : d’une part, le programme est la réalisation la plus populaire de l’Union, d’après un sondage BVA paru en avril 2017. D’autre part, le programme permet de lutter contre le chômage des jeunes. Un étudiant passé par le programme Erasmus + trouvera un travail deux fois plus rapidement qu’un autre, d’après une étude menée par l’observatoire Erasmus plus en 2016-2017.

Un bon point que le Commissaire pense pouvoir exploiter : « le futur programme pourrait favoriser les échanges public-privé. Il s’agirait de créer des partenariats entre facultés et entreprises pour une meilleure insertion professionnelle ».

Moscovici dénonce le «scandale» démocratique du sauvetage grec

En termes de processus démocratique, la gestion du programme de sauvetage de la Grèce par l’Eurogroupe a été catastrophique, estime Pierre Moscovici dans un entretien avec le Corriere della Sera.

Le futur programme « neuf fois plus ambitieux que la version actuelle », comme l’a décrit le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, nécessitera un budget conséquent. Mais le départ du Royaume-Uni, 4e État contributeur au budget européen, risque de couper court aux ambitions de la Commission.

« Le plus gros danger serait que les bourses Erasmus soient remplacées par des prêts », prévient Pervenche Berès, députée européenne qui connait bien la machine législative pour siéger à Strasbourg depuis plus de 23 ans. « Les prêts sont très à la mode, car ils coutent moins cher. Mais un programme Erasmus sans bourse serait contraire aux ambitions de Bruxelles » avance-t-elle.

Le budget Erasmus pourrait être allégé par un soutien accru des territoires. « La région Ile de France consacre un budget de 3 millions d’euros à la mobilité internationale en 2017 » se félicite Stéphanie Von Euw, vice-présidente de la région en charge des affaires européennes qui désire accompagner l’évolution du programme. En 2016, 15 000 Franciliens sont partis en Erasmus quand la région accueillait 110 000 étudiants étrangers, faisant de l’ile de France la 1re région en termes d’échange international.