Plaidoyer pour l’apprentissage européen

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.com PLC.

Jean Arthuis [Jean Arthuis/Flickr]

Pour Jean Arthuis, l’Europe doit changer la manière dont elle forme ses jeunes. Son avenir économique en dépend. 

Jean Arthuis est eurodéputé de l’alliance des libéraux et démocrates pour l’Europe au Parlement européen. Cet ancien ministre de l’Économie et des Finances français dirige la commission budget et fait notamment partie de la délégation pour les relations avec l’Iran. 

L’Europe apparaît trop souvent éloignée des préoccupations de nos concitoyens. S’il est une cause où elle est attendue, c’est celle du chômage, notamment celui des jeunes, plaie scandaleuse qui assombrit l’avenir. En 2014, ils étaient plus de 5,3 millions sans emploi, soit en moyenne un jeune sur quatre de moins de 25 ans, hormis les étudiants. Voire un sur deux dans certains pays. Fort heureusement, cette malédiction n’est pas une fatalité. En Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas, pays où l’apprentissage est solidement enraciné, les jeunes sont nombreux à entrer rapidement dans la vie professionnelle. La compétitivité des entreprises y joue bien sûr un rôle déterminant tant sur le niveau global de l’emploi que sur celui des offres en direction des jeunes. Mais il apparaît aussi clairement que la formation professionnelle constitue la clé de la réussite. Et cette formation, à l’heure de la mondialisation, s’enrichit par la mobilité transfrontalière. C’est l’occasion de relever le défi linguistique par des séjours d’immersion suffisamment longs. À cet égard, il est maintenant démontré que ceux des étudiants qui ont eu l’occasion d’accomplir une partie de leurs études hors de leur pays d’origine se prémunissent bien mieux contre le risque du chômage.

Les universités et les grandes écoles européennes ont bien compris l’utilité des échanges d’étudiants et d’enseignants. Adopté en 1987, le programme ERASMUS, connaît un réel succès. Il reçoit une dotation du budget européen, en forte progression, de 2 milliards d’euros par an. Bénéficiaires d’une aide financière, près de 300 000 étudiants peuvent ainsi valider une année de leur cursus hors de leur pays d’origine. Il est donc équitable, impératif, de mettre à la disposition des jeunes ayant choisi des filières techniques les mêmes moyens. C’est dans cet esprit qu’a été conçu le programme LEONARDO MOBILITE, devenu depuis un an ERASMUS+. Il est accessible aux apprentis et aux élèves des lycées professionnels, mais les intéressés se heurtent à de multiples freins et obstacles de tous ordres. Dans ces conditions, leurs séjours hors de leur pays se limitent dans la plupart des cas à quelques semaines. Le chemin est semé d’embûches et tous ceux qui s’y engagent, faisant preuve de volonté et d’ingéniosité, déplorent de devoir se livrer à une véritable « galère ». Que d’énergie gâchée stupidement !

Et pourtant, l’Union « établit un marché intérieur » et assure la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux. Hélas, ces belles proclamations sont contredites par un mur de bureaucratie, d’idéologies, de conservatismes, de frilosité et de repli sur soi. Les législations et réglementations nationales se figent sur leurs particularités. La formation technique professionnelle en est victime : droit du travail et du contrat d’apprentissage, assurances sociales et accidents, mesures de sécurité dictées par le « principe de précaution », reconnaissance des compétences acquises, équivalence des diplômes.

Puisque l’apprentissage est reconnu comme la « voie royale » d’accès à l’emploi, il est urgent de faire tomber toutes les barrières artificielles, de permettre le partage des bonnes pratiques et d’encourager la mobilité de tous les jeunes, sans discrimination entre étudiants, apprentis et autres stagiaires engagés dans des formations en alternance. Pour y parvenir, nous avons conçu un « projet pilote » que le Parlement européen vient de voter dans le cadre du projet de budget pour 2016. Dès le début de l’année prochaine, la Commission lancera un appel à propositions pour que des expérimentations prennent corps en septembre. Pourront y répondre des établissements formant des apprentis à condition de représenter deux pays au moins et d’offrir aux jeunes adultes venant d’autres pays tout à la fois un programme de perfectionnement professionnel et d’initiation à la maîtrise de la langue du pays d’accueil. Ils devront en outre disposer d’un réseau d’entreprises prêtes à recevoir les jeunes pendant l’année. Nous sommes bien conscients des freins résultant de la diversité des statuts d’emploi, 28 Etats membres ont généré 28 réglementations nationales de l’apprentissage. C’est pour cela que nous ouvrons un chantier pour tendre vers un rapprochement de ces textes souvent arbitraires et tournés vers le passé. Ils visent les niveaux de rémunérations, lorsque celles-ci existent, la couverture sociale, les assurances, la répartition du temps entre les cours et la présence en entreprise, les titres de reconnaissance et diplômes. En tout état de cause, les apprentis s’engageant dans la mobilité devront recevoir d’Erasmus des bourses équivalentes à celles attribuées aux étudiants.

Un cadre européen unique pour l’apprentissage sera une première contribution pour faire converger les législations du travail.

Un levier précieux pour tendre vers le plein emploi. Une étape décisive vers la citoyenneté européenne.

J’apporte beaucoup d’espoir dans la création du Pacte européen de la jeunesse qui sera lancé lors du prochain sommet européen 2020 des Entreprises. À cette occasion, notre initiative parlementaire sera soutenue par des nombreuses entreprises européennes. Cette dynamique entrepreneuriale conjuguée à l’implication forte de la Commission européenne doit faire de l’Erasmus Pro, l’une des actions prioritaires répondant à la situation dramatique du chômage des jeunes en Europe.

Cette tribune est publiée dans le cadre du partenariat médiatique entre EURACTIV et le Sommet entreprise 2020 – The Future of Europe, qui se déroulera au BOZAR, à Bruxelles, les 16 et 17 novembre.