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22/01/2017

Chypre adopte la politique de la chaise vide au Conseil européen

Elargissement

Chypre adopte la politique de la chaise vide au Conseil européen

Nicos Anastasiades, le président de Chypre.

[European People's Party/Flickr]

Le président chypriote a demandé au Grec Tsipras de le remplacer pour la réunion du Conseil du 15 octobre. C’est la seconde fois que le chef d’Etat sèche la réunion, un phénomène rarissime qui semble s’expliquer par l’enjeu de la Turquie.

Alexis Tsipras, le Premier ministre grec, représentera le président chypriote, Nicos Anastasiades, en déplacement en Chine, où il doit rencontrer son homologue, Xi Jinping. Nicosie assure que cette visite a été prévue « il y a longtemps », même si la date du sommet a également été fixée il y a plusieurs mois.

C’est la deuxième fois que Nicos Anastasiades se fait remplacer par le Premier ministre grec auprès des institutions européennes. En octobre 2014, il avait en effet été hospitalisé juste avant le sommet européen et avait été représenté par Antonis Samaras. C’était la première fois dans l’histoire de l’Union européenne qu’un dirigeant européen remplaçait un homologue absent au sein du Conseil européen.

 >> Lire : La Grèce remplace le président chypriote malade au sommet européen

Antonis Samaras faisait partie de la même famille politique que le président chypriote, puisqu’ils étaient tous deux affiliés au groupe du PPE. Pourtant, c’est au dirigeant le plus à gauche de toute l’UE que Nicos Anastasiades a confié sa voix.

Lors du sommet du Conseil du 15 octobre, les chefs d’État européens doivent discuter des concessions vis à vis de la Turquie, en échange de l’aide d’Ankara dans la crise des réfugiés.

Donald Tusk, le président du Conseil, a annoncé à la Turquie que l’UE était prête se montrer magnanime si la Turquie parvenait à entraver la vague de réfugiés qui déferle sur l’UE. Selon les représentants européens, Ankara devrait demander plus d’exemptions de visas, plus de financements européens et des avancées dans sa demande d’adhésion.

« Un accord avec la Turquie a du sens si celà réduit effectivement le nombre de réfugiés arrivant en Europe », a écrit Donald Tusk aux dirigeants européens. Il assure cependant que « ces concessions ne seront cependant justifiées que quand ces objectifs seront atteints ».

Les ambitions européennes d’Ankara

Lors d’une récente visite à Bruxelles, Kemal K?l?çdaro?lu, qui dirige le Parti républicain du peuple, le principal parti d’opposition, a estimé que si l’UE voulait avoir de l’emprise dans la région, elle devait intégrer la Turquie et en faire un État membre à part entière.

Cette option n’est cependant pas du goût de la plupart des dirigeants de l’UE. La chancelière allemande, Angela Merkel, a d’ailleurs assuré le 7 octobre que si l’aide de la Turquie était nécessaire pour endiguer la vague de migration, elle considérait toujours qu’Ankara ne devrait pas devenir membre de l’UE.

Pour la Turquie, la longue route vers l’adhésion européenne s’est ouverte en octobre 2005, mais, à ce jour, seul un des 35 chapitres à négocier a été temporairement refermé (science et recherche). Treize autres chapitres ont été entamés, mais l’UE a suspendu l’ouverture de huit chapitres, car la Turquie n’applique pas le protocole d’Ankara, qui prévoit l’ouverture des ports aux marchandises en provenance de la République de Chypre. À l’heure actuelle, la Turquie interdit les bateaux battants pavillon chypriote d’entrer dans les ports turcs. Même chose pour les avions. L’ouverture de onze autres chapitres a été bloquée par la France et la République de Chypre. Au total, 19 chapitres sont donc bloqués.

Le fait d’autoriser les Turcs à entrer dans l’UE sans visa pourrait également engendrer des problèmes techniques. La Turquie ne reconnait en effet pas l’existence de Chypre ni la validité des passeports émis par Nicosie, alors que le pays est membre de l’UE.

Selon des diplomates contactés par EurActiv, Chypre pourrait donc vouloir garder ses distances lors des discussions « extrêmement sensibles » sur les concessions à la Turquie. 

Contexte

Les relations entre la Turquie et la Communauté économique européenne (CEE) remontent à 1959.Il a toutefois fallu attendre de nombreuses années, jusqu'au Conseil européen d'Helsinki de décembre 1999, avant que le pays n'obtienne le statut de pays candidat à l'adhésion à l'UE.

L'UE a ouvert les négociations d'adhésion en octobre 2005, mais de nombreux obstacles de taille ralentissent les progrès d'Ankara, en particulier en ce qui concerne les relations de la Turquie avec Chypre, les droits de l'Homme et des minorités, ainsi que la liberté d'expression.

Sur les 35 chapitres de négociations, seul un (la science et la recherche) a été provisoirement clos. Treize autres chapitres sont ouverts, mais l'UE a suspendu l'ouverture de huit chapitres, car la Turquie n'applique pas le protocole d'Ankara. Ce protocole prévoit l'ouverture des ports aux marchandises en provenance de la République de Chypre.

L'ouverture de onze autres chapitres a été bloquée par la France et la République de Chypre. Au total, 19 chapitres sont donc bloqués.

L'UE, en témoignage de bonne volonté envers la Turquie, a ouvert un autre chapitre en 2010. Le nombre total de chapitres ouverts s'élève donc à 13. Ce chapitre couvre les secteurs liés à la sécurité alimentaire, aux normes vétérinaires et aux exigences phytosanitaires.