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01/10/2016

L’UE accorde à l’Albanie le statut de candidat à l’adhésion

Elargissement

L’UE accorde à l’Albanie le statut de candidat à l’adhésion

Štefan Füle, commissaire à l'élargissement et à la politique de voisinage, et Edi Rama, Premier ministre Albanais

Après trois échecs, l’Albanie a enfin obtenu le statut de candidat à l’adhésion à l’UE. Les ministres des Affaires européennes se sont finalement entendus pour entamer le processus.

Les vingt-huit États membres de l’UE, ont octroyé le 24 juin à l’Albanie le statut de candidat officiel à l’Union européenne. Un nouveau pas sur le long chemin de l’adhésion à l’UE qui récompense les progrès accomplis par Tirana. 

Après avoir essuyé plusieurs échecs, l’Albanie devient ainsi le sixième pays candidat à l’adhésion, avec la Turquie, le Monténégro, la Serbie, la Macédoine et l’Islande, qui est cependant en train de faire machines arrières et cherche à se débarrasser de son statut de candidat.

Si 16 États membres ont écrit au Conseil européen pour soutenir le dossier de candidature de l’Albanie, la France n’a quant à elle pas signé la lettre. Probablement pour des raisons de politique intérieure. Pour Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’IFRI, il s’agit d’un rejet de l’élargissement : « La France ne l’a pas signé, car elle ne veut pas d’un nouvel élargissement de l’UE ».

Cette décision prise à Luxembourg devrait être ratifiée par les chefs d’États et de gouvernement lors du sommet européen des 26 et 27 juin. Et ce n’est que la première étape d’un long processus, puisque les futures négociations pour l’adhésion du petit pays balkanique s’annoncent difficiles.

Une candidature soutenue par la Commission

Déjà le 4 juin dernier, le commissaire à l’élargissement et à la politique du voisinage, Štefan Füle, avait soutenu la candidature de l’Albanie, pointant du doigt les efforts réalisés par le pays.

« Sur la base de nos observations, et sans aucune réserve, nous recommandons aux États membres d’accorder à l’Albanie le statut de candidat à l’UE. Cette recommandation s’appuie entre autres sur les efforts de l’Albanie pour combattre la criminalité organisée, et l’engagement du pays à réformer le système judiciaire » assurait le Commissaire dans un communiqué.

Reste que l’Albanie doit poursuivre ses efforts dans un certains nombre de domaines. « L’Albanie doit intensifier ses efforts pour réformer l’administration publique, le système judiciaire et poursuivre la lutte contre la criminalité organisée. L’Albanie doit aussi intensifier ses efforts en matière de respect des droits de l’homme, et de politiques contre la discrimination, principalement envers les minorités » indiquent les conclusions du Conseil suite à la réunion des ministres des Affaires européennes.

Le commissaire s’est réjouit de la nouvelle sur son compte Twitter. « L’octroi du statut de candidat à l’Albanie envoie également un signal à la région [des Balkans], celui d’un élargissement possible et dynamique » a-t-il écrit.

 

L’UE forcée d’intégrer les Balkans

L’intégration des Balkans occidentaux dans l’UE et notamment de l’Albanie suit l’élargissement logique de l’UE, selon Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’IFRI, et  directeur de l’édition géopolitique RAMSES.

« L’UE est obligée d’intégrer les Balkans dans l’UE. Et l’accès de candidat à l’adhésion de l’Albanie va évidemment dans ce sens. Les Balkans sont ancrés au cœur même de l’UE, et leur intégration à l’UE sera inévitable. Toutefois, je ne suis pas certain que ce soit une bonne chose, c’est simplement dans la logique des choses» affirme le chercheur.

>> Lire aussi: Les derniers arrivés dans l’UE restent enthousiastes

Même si l’UE n’a pas besoin d’un nouveau membre,  car l’UE en compte trop, selon Philippe Moreau Defarges, le cas de l’Albanie est particulier. En effet, c’est la stabilité géopolitique des Balkans qui est en jeu avec cette candidature. 

«Derrière l’attribution du statut de candidat à l’Albanie, il y a la question du Kosovo, et un réel enjeu politique pour toute la région des Balkans. La voie européenne ouvre un horizon sans conflit pour la région » assure le spécialiste en géopolitique.?

De nombreux pays membres opposés à l’adhésion

Plusieurs pays ont déjà annoncé qu’ils s’opposeraient à l’adhésion de l’Albanie à l’UE, tels que la République tchèque qui invoque un conflit entre la compagnie d’électricité publique tchèque et Tirana.

Et pour cause, l’adhésion d’un nouveau pays membre ne peut être ratifiée qu’avec l’accord des 28 États membres de l’Union. Une condition qui sera difficilement satisfaite en raison de l’hostilité de nombreux États à tout nouvel élargissement, encore renforcée suite aux résultats des élections européennes.

De plus les négociations sont toujours en cours pour cinq pays candidats – la Turquie, le Monténégro, la Serbie, l’Islande et la Macédoine – avec un record pour la Turquie dont les négociations n’ont commencé que cinq ans après l’obtention du statut de candidat à l’adhésion.

Pourtant avec cette attribution du statut de candidat à l’Albanie les perspectives semblent s’éclaircir pour les autres pays de la région en attente du statut de candidat à l’adhésion, Kosovo et Bosnie Herzégovine notamment.?

Contexte

La politique de l’UE se poursuit depuis plus de quarante ans, et le dernier élargissement date du 1er juillet 2013. Il s’agissait de l’entrée dans l’UE de la Croatie, 28e membre. 

Depuis le « big bang » de 2004-2007, l'élargissement de l'UE s'est quelque peu essoufflé. Dans ses rapports annuels volumineux, la Commission européenne se penche sur l'état des relations entre les pays souhaitant rejoindre l'Union et Bruxelles.

L'Islande, la Macédoine, le Monténégro, la Serbie, la Turquie et maintenant l'Albanie sont des « pays candidats ». La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont des « candidats potentiels », dans le jargon européen. Le Monténégro a entrepris les négociations d'adhésion avec la Commission. La Serbie espère pouvoir en faire autant dans un avenir proche, au plus tard en janvier 2014. Les négociations avec l'Islande sont pour l'instant suspendues.

La Macédoine s'est vue octroyer le statut de pays candidat en décembre 2005, mais reste un cas particulier. L'ancienne République yougoslave n'est pas parvenue à lancer les négociations d'adhésion à cause d'un conflit toponymique avec la Grèce, où se situe une province qui porte le même nom que la Macédoine.

Prochaines étapes

  • 27 et 28 juin: Sommet européen et ratification du statut de candidat pour l'Albanie