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21/01/2017

La Serbie craint que l’UE contraigne la Grèce à reconnaître le Kosovo

Elargissement

La Serbie craint que l’UE contraigne la Grèce à reconnaître le Kosovo

La presse serbe se demande si l’une des conditions que la Grèce doit remplir pour recevoir l’aide financière de l’UE sera de reconnaître le Kosovo, une ancienne province serbe que Belgrade refuse de considérer comme un État indépendant.

Pour le quotidien serbe Blic, il est évident qu’au vu de la vulnérabilité financière dans laquelle se trouve la Grèce, « le Kosovo est une bataille perdue pour la Serbie ».

La plupart des pays européens, à l’exception de la Grèce, de l’Espagne, de la Roumanie, de Chypre et de la Slovaquie, ont reconnu l’indépendance du Kosovo, qui s’est émancipé de la Serbie en 2008 (voir contexte).

>> Lire : Reprise du dialogue entre Belgrade et Priština

« Ce serait un miracle que la Grèce ne reconnaisse pas le Kosovo dans les prochains mois, ou dans un an au plus. Un engagement sérieux de la part des diplomates serbes sera nécessaire pour qu’Athènes refuse de reconnaître le Kosovo, ou du moins pour prolonger le statu quo », a déclaré une source anonyme au quotidien.

Selon Blic, les conditions qu’Athènes doit remplir pour recevoir l’argent dont elle a cruellement besoin ne sont pas simplement économiques, elles sont aussi politiques.

Selon l’analyste politique, Dušan Janji?, cité dans le journal, la reconnaissance du Kosovo par Athènes « arrivera aussi vite que l’automne ». « Alexis Tsipras va se montrer pragmatique. Il va reconnaître le Kosovo afin de repousser le problème du nom de la Macédoine. Au vu de la mauvaise conjoncture, il ne pourra pas mener sa propre politique. Il devra faire des concessions, et l’une d’elles sera de reconnaître l’indépendance du Kosovo », a-t-il ajouté.

Le service européen pour l’action extérieure souhaite que la Grèce reconnaisse le Kosovo et résolve le conflit lié au nom de la Macédoine, qui empêche ce dernier d’avancer vers l’adhésion à l’UE.

La Serbie est sur la même longueur d’onde que l’UE en ce qui concerne le nom de la Macédoine. En revanche, elle ne l’est pas au sujet du Kosovo.

La Macédoine a déclaré son indépendance en 1991, lors de la dissolution de la République fédérale de Yougoslavie.

Du point de vue d’Athènes, le nom officiel utilisé par Skopje – la République de Macédoine – est une provocation pour la région grecque de Macédoine. En représailles, La Grèce a juré d’opposer son véto à la participation de la Macédoine dans les organisations internationales, dont l’UE, jusqu’à ce que le problème soit résolu.

Bien que la majorité des pays européens reconnaissent la Macédoine comme le nom officiel du pays, le litige avec la Grèce a conduit l’adhésion du pays à l’UE et à l’OTAN à l’impasse.

>> Lire : L’UE tente de s’impliquer en Macédoine, un pays « sur le point d’exploser »

Le Royaume-Uni, la Pologne, la Roumanie et 13 autres États européens attribuent au pays le nom de Macédoine, alors que la France, l’Allemagne, l’Espagne et 9 autres États membres l’appellent « ancienne République yougoslave de Macédoine », ou ARYM.

Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Da?i?, à qui il a été demandé de commenter les spéculations de la presse, a affirmé que la Grèce ne changerait pas sa position vis-à-vis du Kosovo et que des rencontres importantes auraient lieu très bientôt entre Belgrade et Athènes.

« En tant que ministre des Affaires étrangères, je me rendrai en Grèce en octobre. Alexis Tsipras aurait dû nous rendre visite plus tôt, mais étant donné les problèmes que connaît son pays, il a annoncé qu’il repoussait son voyage en Serbie », a déclaré Ivica Da?i?.

Contexte

Le Kosovo a fait sécession de la Serbie le 17 février 2008, soit neuf ans après la fin de la guerre de 1998-1999 entre les forces de sécurité de Belgrade et la guérilla de l’ethnie albanaise. Le Kosovo a ensuite été placé sous un protectorat international assuré par les soldats de maintien de la paix de l’OTAN.

Une fois l’indépendance déclarée, cette république de deux millions d'habitants (dont 90 % sont d'ethnie albanaise) a mis en place de nombreux éléments essentiels à l'existence d'un État, dont une nouvelle constitution, une armée, un drapeau, un hymne national, des passeports, des cartes d’identité et une agence de renseignement.

Toutefois, la partie Nord du Kosovo (région de Mitrovica), peuplée par des Serbes, n’est pas sous le contrôle de Pristina.

La plupart des pays européens, à l’exception de l’Espagne, de la Grèce, de la Roumanie, de Chypre et de la Slovaquie, ont reconnu l’indépendance du Kosovo. Par ailleurs, sur tous les membres de l’ONU, 110 pays ont reconnu le Kosovo.

En décembre 2008, l'UE a décidé de mettre en place EULEX Kosovo, une mission « État de droit » au Kosovo, afin de prendre la relève de la gestion de l'après crise sur ce territoire du continent européen. Le but de la mission est d'aider et de soutenir les autorités kosovares dans l'établissement d'un État de droit, notamment en ce qui concerne la police, le système judiciaire et les douanes.

>> Lire : Une affaire de corruption fragilise la mission de l'UE au Kosovo

La mission EULEX est la plus grande mission civile jamais lancée par l’UE. Constituée de 3 000 membres, l’opération peut se saisir d’affaires que la police et la justice locales ne peuvent pas gérer.