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Les manifestations anti-Erdo?an prennent de l’ampleur en Turquie

Istanbul et Ankara ont été le théâtre de confrontations entre la police et les manifestants après le décès d’un jeune de 15 ans. .

Le 16 juin 2013, Berkin Elvan, alors âgé de 14 ans, avait été atteint au crâne par une cartouche de gaz lacrymogène lors des affrontements entre police et manifestants anti-Erdo?an alors qu'il était sorti acheter du pain pour sa famille. Dans le coma depuis cette date, il est décédé dans un hôpital d'Istanbul.

À Ankara, les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau pour disperser plus de 2.000 manifestants, principalement des étudiants de l'Université technique du Moyen-Orient (ODTU), qui bloquaient un grand axe de la capitale.

Une foule réunie devant l'hôpital où Berkin Elvan est mort, a affronté les forces de l'ordre et un millier de personnes se sont rassemblées ensuite devant un « cemevi », un lieu de prière alévi, où le corps d'Elvan a été inhumé après une autopsie.

L'alévisme est une minorité religieuse au sein de l'islam turc, majoritairement sunnite, qui défend une version libérale de l'islam et se heurte régulièrement au gouvernement islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan.

« État meurtrier », « Berkin est partout, résistance! » ou encore « Epaule contre épaule contre le fascisme », a scandé la foule rassemblée dans le cemevi.

Les médias turcs ont également signalé des manifestations à Izmir, où des écoliers et étudiants ont organisé des sit-in.

Ankara et Istanbul ont été le théâtre de manifestations ces dernières semaines contre les décisions prises par le gouvernement pour contrer un scandale de corruption visant un proche d'Erdo?an, en resserrant par exemple le contrôle d'internet ou de la justice.

Berkin Elvan, dont la famille a annoncé la mort mardi matin à 07h00, est la sixième personne à perdre la vie dans les violences liées à la contestation des mois de mai et juin 2013.

Le président Abdullah Gül s'est dit "attristé" par ce décès.

(Mehmet Emin Caliskan; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

Ce article est également disponible en en_GB.

Contexte

Membre de l'OTAN et pays candidat à l'UE, la Turquie est en proie à des conflits internes entre le Parti pour la justice et le développement (AKP), qui prend ses racines dans l'islam, les conservateurs et les laïcs nationalistes, dont les bastions restent l'armée et la justice.

L'armée turque, connue pour son kémalisme, se considère comme un protecteur de Kemal Atatürk et héritier de sa laïcité.

 Après la Première Guerre mondiale, Kemal Atatürk a essayé de reconstruire un état démocratique et laïc sur les ruines de l'Empire ottoman.

Ces dernières décennies, l'armée turque a renversé plusieurs gouvernements.

En 2008, l'AKP, toujours aux manettes gouvernementales, a limité le pouvoir de l'armée dans le cadre de ce qui a été présenté comme une réforme en vue de pouvoir adhérer à l'UE. En guise de réponse, les militaires ont tenté en vain d'interdire l'AKP.

Une vague d'arrestations de personnes suspectées de faire partie « d'Ergenekon », un mystérieux réseau proche des milieux militaires et laïcs, a jeté le trouble en Turquie. Il y a peu, l'UE avait pris le parti de l'AKP contre ceux qui sont accusés d’être « membres de l'organisation criminelle Ergenekon ».

En 2013, un sit-in contre la destruction d'un parc stambouliote a déclenché la manifestation la plus virulente de ces dernières années contre l'AKP en Turquie. Les actions excessives entreprises par le gouvernement turc ont suscité de vives inquiétudes du côté occidental.

Prochaines étapes

  • 30 mars : élections locales en Turquie
  • 2 août : élections présidentielles en Turquie, pour la première au suffrage universel direct