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22/01/2017

Merkel et Hollande réclament un front uni face à une crise migratoire durable

Elargissement

Merkel et Hollande réclament un front uni face à une crise migratoire durable

Merkel and Hollande called for a "unified" response to the crisis of migrants

[Présidence de la République]

Lors d’une rencontre à Berlin, François Hollande et Angela Merkel ont plaidé pour une réponse « unifiée » de l’UE face à la crise migratoire, alors que l’afflux de migrants ne faiblit pas, notamment sur la route des Balkans de l’Ouest 

Le président François Hollande et la chancelière Angela Merkel ont réclamé lundi 24 août une réponse « unifiée » de l’Union européenne à l’afflux sans précédent de réfugiés sur le continent

« Nous devons mettre en oeuvre un système unifié de droit d’asile » ainsi qu’« une politique migratoire commune avec des règles communes », a lancé le chef de l’Etat français devant la presse à Berlin, aux côtés de la chancelière, soulignant qu’il s’agissait d’une « situation exceptionnelle qui (allait) durer ».

>> Lire : Les Européens se divisent sur la prise en charge des demandeurs d’asile

Mme Merkel a relevé que si l’Union européenne a « de manière globale un même droit d’asile », tous les pays européens doivent le mettre en application « le plus rapidement possible ».

La chancelière avait auparavant condamné « de la manière la plus forte » les violences xénophobes commises durant le week-end, notamment à Heidenau (Saxe), dans l’est de l’Allemagne, théâtre d’affrontements entre force de l »ordre et manifestants d’extrême droite.

Désastre humanitaire

Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, en visite à la frontière gréco-macédonienne, a qualifié la situation de « désastre humanitaire ».

« C’est un désastre humanitaire, un désastre pour l’Union européenne dans son ensemble », a-t-il déclaré à la presse, réclamant à la Commission européenne une « nouvelle stratégie ».

>>Lire: Levée de boucliers contre les migrants en Europe

Son homologue italien Paolo Gentiloni a abondé dans le même sens, jugeant que « les scènes dont nous avons été témoins en Macédoine sont un affront à la dignité et à l’histoire de l’Europe ».

« Sur cette question de l’immigration, soit l’Union européenne se redécouvre elle-même, soit elle disparaît complètement », a-t-il jugé.

La crise des réfugiés est « en haut de l’agenda » européen, a assuré dimanche à Prague le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, estimant qu’outre la rencontre Hollande-Merkel, il faut prévoir dans les jours qui viennent une « réunion des ministres de l’Intérieur ou des Affaires étrangères ».

« C’est exactement le genre de problème qu’il faut comprendre comme un problème commun », a renchéri son homologue tchèque Lubomir Zaoralek.

Sommet sur les Balkans de l’Ouest

La crise des migrants devrait par ailleurs bouleverser l’agenda du sommet sur les Balkans de l’Ouest qui doit réunir, jeudi à Vienne, des dirigeants de cette région.

Lorsqu’il a été annoncé l’année dernière, ce sommet, auquel sont également invitées la chancelière allemande, Angela Merkel, et la patronne de la diplomatie de l’Union européenne (UE), Federica Mogherini, devait porter sur la coopération régionale et les perspectives d’élargissement du bloc des 28 à certains pays de la zone.

Mais la « route des Balkans de l’Ouest », empruntée par des milliers de migrants voulant se rendre en Occident, cristallise désormais l’attention.

Afflux de migrants

Entre janvier et juin, quelque 102.000 migrants sont entrés dans l’UE par la Macédoine, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, l’Albanie, le Monténégro et le Kosovo, contre 8.000 à la même période l’année dernière, selon l’agence Frontex chargée des frontières extérieures de l’espace Schengen.

Dépassée par l’afflux de personnes arrivant par la Grèce, la Macédoine a déclaré la semaine dernière l’état d’urgence et fermé sa frontière pendant trois jours, repoussant les migrants tentant de s’introduire à coups de matraques et de grenades assourdissantes.

>>Lire: Amnesty condamne les abus envers les migrants dans les Balkans

Depuis, au moins 7.000 personnes ont rejoint la Serbie voisine, dans l’espoir de se rendre en Hongrie, membre de l’UE, avant que celle-ci n’achève la construction d’une clôture barbelée, le 31 août.

Un millier a poursuivi lundi sa marche vers l’Europe occidentale en entrant en Hongrie, quelques jours avant l’achèvement de l’installation de la barrière destinée à empêcher l’arrivée des migrants par cette frontière, annoncée pour le 31 août par le gouvernement de Budapest.

Plan d’action en cinq points

L’Autriche, très touchée par cette crise migratoire en raison de sa situation frontalière à la fois de l’Italie et de la Hongrie, elles-mêmes en première ligne des arrivées de migrants, doit proposer lors du sommet un plan d’action en cinq points.

Celui-ci prévoit d’intensifier la lutte contre les réseaux de passeurs, une répartition « plus équitable » des réfugiés entre les pays de l’UE, une coopération sécuritaire renforcée, une aide aux pays d’origine des migrants et une « stratégie d’asile à l’échelle européenne ».

>> Lire : La Commission force les États membres à agir face à la crise de l’immigration

« C’est un désastre humanitaire, un désastre pour l’Union européenne tout entière, et il est urgent que nous nous penchions sur la situation dans les Balkans de l’Ouest », a déclaré lundi le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz.

« Nous devons trouver une nouvelle stratégie pour soutenir la Grèce et les pays des Balkans occidentaux », a-t-il ajouté au cours d’une visite en Macédoine.

Situation économique ‘désastreuse’

Mais ces pays des Balkans ne sont pas seulement des pays de transit pour ceux qui fuient les violences en Syrie, en Irak ou encore en Afghanistan. Ils sont aussi des pays de départ, avec des milliers d’habitants migrant vers Europe occidentale.

Sur les 44.000 migrants en situation irrégulière repérés aux frontières de ces pays avec l’Union européenne au premier trimestre 2015, 27.000 étaient, selon Frontex, des ressortissants des pays des Balkans de l’Ouest.

Cela s’explique par une situation économique « désastreuse », avec une croissance inexistante, un chômage très élevé et de très faibles investissements, analyse Dusan Reljic, de l’Institut allemand pour les affaires internationales et sécuritaires (SWP), un centre d’études.

>> Lire : Au Kosovo, la pauvreté entraîne un exode massif vers l’UE

« Le salaire moyen, en Macédoine, est de 350 euros, encore moins qu’en Chine », selon cet expert des Balkans. « À peu près la moitié de ceux qui demandent l’asile en Allemagne sont originaires des Balkans de l’Ouest. »

Les perspectives d’adhésion de ces pays à l’UE « se sont en grande partie envolées, et les pauvres parmi les pauvres y ont abandonné tout espoir d’améliorer leur situation et de parvenir, un jour, à une vie digne », estime-t-il.

Contexte

Lors d'une réunion extraordinaire du Conseil sur l'immigration le 23 avril 2015, les dirigeants de l'UE avaient porté un coup dur à Jean-Claude Juncker. Premièrement, les chefs d'État et de gouvernement n'avaient pas soutenu sa proposition visant à favoriser l'immigration légale. Jean-Claude Juncker avait ensuite essayé de convaincre les dirigeants européens que l'UE devrait réinstaller 10 000 réfugiés. Face à leur refus, le président de la Commission a dû se rabattre sur un premier projet pilote de réinstallation d'immigrants qui doivent être protégés.

>> Lire : Le Conseil européen rejette les conseils de Juncker sur l'immigration

Les dirigeants européens se sont contentés de tripler le budget annuel de Triton, une opération de contrôle des frontières au large de l'Italie, qui atteint donc 120 millions d'euros par an, soit le même financement que sa prédecesseure, Mare Nostrum.

Dans un communiqué listant 17 propositions, les chefs d'État et de gouvernement ont notamment expliqué vouloir « entreprendre des efforts systématiques en vue d'identifier, de capturer et de détruire les embarcations avant qu'elles ne soient utilisées par les trafiquants ». La manière dont cet objectif sera atteint n'est pas précisée, et plusieurs États estiment qu'en l'absence d'un gouvernement libyen effectif, un mandat de l'ONU serait nécessaire à toute action en ce sens.

La chancelière allemande, Angela Merkel, est en faveur d'un nouveau système de gestion des demandes d'asile au niveau européen, afin que les demandeurs soient répartis plus équitablement dans l'UE. L'Allemagne et la Suède font partie des pays accueillant le plus de migrants.

>> Lire : Les États membres rejettent les quotas de migrants

L'UE a déjà demandé l'approbation du Conseil de sécurité des Nations unies afin de capturer des bateaux utilisés par les passeurs. La Russie a cependant fait savoir qu'elle n'autoriserait pas la destruction de ces embarcations.