Mogherini s’inquiète de l’instabilité politique des Balkans occidentaux

Federica Mogherini s'est rendue dans les six capitales des Balkans occidentaux. [Commission]

La Haute représentante européenne pour les affaires étrangères s’est rendus dans les Balkans occidentaux, où les six pays candidats à l’adhésion font face à des menaces géopolitiques accrues.

Du 2 au 4 mars, Federica Mogherini, la Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères, s’est rendue dans les six pays des Balkans occidentaux, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie. Elle livrera ses impressions aux États membres lors du sommet de 9 et 10 mars.

Pour la première fois, il semble que l’accent ne sera pas tant mis sur le progrès des pays, tous candidats à l’adhésion, mais plutôt sur les menaces géopolitiques auxquelles ils sont confrontés. Le 12 juillet, un sommet entièrement consacré à la région aura lieu à Trieste, en Italie.

Ingérence russe

Plusieurs dirigeants européens ont exprimé leur inquiétude en ce qui concerne la région. Certains ont ainsi accusé la Russie de tenter de déstabiliser les Balkans, selon des représentants européens.

Le 2 mars, Federica Mogherini a atterri au Monténégro, le pays des Balkans le plus avancé dans le processus d’adhésion à l’UE. Pourtant, le pays est en proie à de vives tensions depuis les élections du 16 octobre. Vingt personnes ont en effet été arrêtées pour tentative de coup d’État, une décision dénoncée par l’opposition, qui refuse depuis d’assister aux séances parlementaires.

Le Montenegro déstabilisé après une tentative de coup d'Etat

Depuis les élections d’octobre, la scène politique du Monténégro est secouée par les suites d’une tentative présumée de coup d’État. Les autorités accusent la Serbie et la Russie de tenter de déstabiliser les institutions, alors que l’opposition boycotte le parlement et dénonce une fraude électorale.

La situation s’est encore compliquée après que le procureur spécial chargé de l’enquête a demandé, et obtenu, la suppression de l’immunité de deux députés d’opposition pro-Serbie. Le procureur accuse la Russie, et son allié serbe, d’avoir inspiré le putsch prévu et de tenter d’empêcher le pays d’intégrer l’OTAN.

À Podgorica, Federica Mogherini a indiqué au Premier ministre, Duško Marković, qu’il revenait aux personnalités politiques monténégrines de trouver une solution à l’impasse politique. Elle a ensuite appelé les dirigeants de l’opposition à retourner au parlement. Selon nombre de diplomates, la Russie a investi énormément dans l’opposition, pro-serbe.

La Haute Représentante européenne a directement enchaîné par une visite en Macédoine, où la crise politique est encore plus grave. Le leader de l’opposition, Zoran Zaev, accuse en effet le président, Gjorge Ivanov, de coup d’État étant donné qu’il a refusé de lui confier la formation d’un nouveau gouvernement.

La crise politique en Macédoine hypothèque son adhésion à l’UE

L’incertitude politique qui plane dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine met de plus en plus en doute la capacité du pays à remplir les critères pour adhérer à l’UE. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Zoran Zaev, qui dirige le parti social-démocrate, aurait en effet dû former un gouvernement après son alliance avec le plus grand parti d’ethnie albanaise après avoir conclu un accord sur une utilisation plus généralisée de la langue albanaise dans le pays.

Gjorge Ivanov a cependant déclaré qu’il ne confierait aucun mandat à quiconque soutiendrait « une plateforme allant à l’encontre de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance de la Macédoine ».

L’envoyée européenne a demandé au président de revenir sur sa décision, dans l’intérêt de tous les citoyens du pays. Lors d’une conférence de presse à Skopje, elle a intimé aux dirigeants politiques de baisser d’un ton afin d’« éviter que cette crise politique et institutionnelle ne se transforme en conflit interethnique ou, pire, en conflit géopolitique ».

La Russie a pour sa part accusé l’Albanie, l’OTAN et l’UE de tenter d’imposer un gouvernement pro-albanais en Macédoine.

Le VMRO-DPMNE, le parti de Nikola Gruevski, au pouvoir de 2006 à 2016, est de plus en plus perçu par les diplomates occidentaux comme un défenseur des intérêts russes. Jusqu’ici, son dirigeant bénéficie du soutien du Parti populaire européen (PPE), auquel le parti est affilié.

Nationalisme 

Depuis Skopje, Federica Mogherini s’est rendue à Belgrade, où elle a été huée par les députés nationalistes lors de son discours au parlement, le 3 mars. « Serbie ! Russie ! Nous n’avons que faire de l’Union [européenne] », ont scandé les membres du Parti radical serbe. Quatre députés du parti nationaliste brandissaient des banderoles assurant que « La Serbie ne fait pas confiance à Bruxelles ».

Faisant fi des manifestations hostiles, la Haute Représentante a prononcé un discours centré sur les négociations d’adhésion, que la Serbie espère finaliser d’ici 2019. « Les divisions sont toujours là, et peuvent être utilisées ou instrumentalisées politiquement ou idéologiquement », a prévenu Federica Mogherini.

La coalition pro-UE du Premier ministre, Aleksandar Vučić, jouit d’une majorité confortable  au parlement, mais la popularité des nationalistes pro-russes est en hausse. En 2016, le parti radical a reconquis des sièges à l’assemblée, après plusieurs années d’absence.

La normalisation des relations entre Belgrade et le Kosovo est une condition à l’adhésion du pays à l’UE. Les tensions se sont cependant ravivées ces derniers mois. Moscou, allié traditionnel de la Serbie, refuse toujours de reconnaître l’indépendance du Kosovo, proclamée en 2008. La région sécessionniste a conclu un accord d’association avec l’UE.

En outre, une plainte pour génocide enregistrée par la Bosnie contre la Serbie auprès de la Cour internationale de Justice (CIJ) a choqué les Bosniens serbes, ainsi que Belgrade.

Federica Mogherini a quitté Belgrade pour Tirana, la capitale albanaise, où l’opposition boycotte également le parlement, malgré l’appel de Bruxelles à ne pas perturber l’approbation de réformes de la justice nécessaires au déclenchement des négociations d’adhésion à l’UE.

Le Parti démocratique a manifesté deux semaines dans une tente plantée devant le bureau d’Edi Rama, le Premier ministre, et refuse de revenir au parlement. Une action qui a retardé la création d’entités censées vérifier l’intégrité de 750 juges et procureurs. La réforme de la justice est une condition clé pour l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE.

La coalition au pouvoir a offert de discuter avec le Parti démocratique, qui souhaite voir l’instauration d’un gouvernement technocratique jusqu’aux élections parlementaires prévues pour le 18 juin. Lulzim Basha, qui dirige le parti, a déclaré que si le Premier ministre n’acceptait pas cette proposition, il serait renversé par un mouvement populaire.

Réformes judiciaires

Selon la Haute Représentante européenne, les réformes judiciaires permettraient à l’Albanie, déjà membre de l’OTAN, de commencer les négociations d’adhésion à l’UE. « J’ai été très claire : ceux qui tentent de retarder et d’affaiblir les réformes nécessaires mettent en danger l’intégration européenne », a-t-elle assuré lors d’une conférence de presse. « Le boycott parlementaire bloque l’instauration des commissions de vérification [judiciaires] et entrave de facto la progression de l’Albanie vers l’UE. »

Des déclarations rejetées par Lulzim Basha, qui estime que l’UE « devrait garder ses bêtises pour elle ».

Le 4 mars, la représentante européenne s’est arrêtée au Kosovo, où elle a appelé l’opposition à approuver un accord de démarcation de la frontière avec le Monténégro, dernier obstacle à la libéralisation des visas pour accéder à la zone Schengen. Les députés s’opposent également à un accord avec la Serbie, qui améliorerait la situation des Serbes vivant au Kosovo. Elle a donc enjoint l’opposition à renoncer à leurs batailles politiques et à « collaborer pour mettre le pays sur la voie de la réconciliation et du progrès ».

Elle a par ailleurs félicité la « position constructive » des dirigeants kosovars face aux tensions avec la Serbie. Celles-ci se sont aggravées ces derniers mois, après une série d’incidents. Le mois dernier, Federica Mogherini a ainsi convoqué les Premiers ministres et présidents des deux pays à Bruxelles deux fois.

Querelles territoriales

Les diplomates européens estiment que la non-signature de l’accord avec le Monténégro est liée à des manœuvres géopolitiques dans la région. L’accord est également important pour Podgorica, qui doit régler toutes ses querelles territoriales avant de pouvoir intégrer l’OTAN.

Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine, une nation toujours ethniquement très divisée, était le dernier arrêt du tour des Balkans occidentaux de la représentante européenne. Il est symbolique que Milorad Dodik, leader de la région serbe, n’ait pas voulu s’entretenir avec Federica Mogherini, assurant devoir se rendre à Moscou « pour une réunion très importante ». Les diplomates européens estiment que la Russie pourrait encourager les Serbes de Bosnie à demander l’indépendance.

Lors de leur sommet, les dirigeants européens devraient réaffirmer leur engagement à « soutenir la stabilité et renforcer les liens politiques et économiques avec la région et entre les pays de la région », selon un premier brouillon de leur déclaration commune.

« L’UE ne sera jamais complète sans les Balkans occidentaux»

Johannes Hahn, commissaire à l’élargissement, a salué les progrès réalisés par les pays des Balkans occidentaux en vue de leur adhésion et assuré que l’UE « ne serait jamais complète » sans eux.