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07/12/2016

Polémique sur les intentions d’unification de l’Albanie et du Kosovo

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Polémique sur les intentions d’unification de l’Albanie et du Kosovo

Statue d'Isa Boletini. Mitrovica, 2010.

[FitimSelimi/Wikimedia]

Le Premier ministre albanais, Edi Rama a provoqué une véritable levée de boucliers en Serbie en invoquant une « unification » avec le Kosovo. 

La récente déclaration d’Edi Rama, Premier ministre albanais, envoie un signal à Bruxelles : il faut accélérer le processus d’adhésion à l’UE du Kosovo.

Certains observateurs serbes y voient au contraire un message pour le peuple albanais. Hashim Thaci, ministre des Affaires étrangères du Kosovo, a quant à lui assuré que la déclaration d’Edi Rama avait été mal interprétée.

Le Premier ministre albanais a clairement indiqué que son objectif premier était que le Kosovo et l’Albanie soient réunis grâce à l’intégration européenne. Le concept d’« unification » est cependant un sujet très délicat dans les Balkans occidentaux.

Pas de modification des frontières

La question des frontières, qu’il s’agisse de sécession ou d’unification de territoires, a été close après les guerres en ex-Yougoslavie dans les années 1990. La position de la communauté internationale est que les frontières des Balkans ne peuvent plus être modifiées.

Les pays de la région tentent d’utiliser leur intégration européenne pour améliorer leurs relations entre eux et montrer à l’UE qu’ils ont tourné la page et sont à présent prêts à coopérer, à vivre et à fonctionner ensemble au sein de l’Union. Le développement de bonnes relations de voisinage est l’un des critères qu’ils doivent remplir avant de pouvoir adhérer.

De son côté, Belgrade refuse de reconnaître l’indépendance du Kosovo, mais participe à un dialogue avec Priština sur la normalisation des relations entre les deux entités. L’UE est le médiateur de ce dialogue.

>> Lire : Reprise du dialogue entre Belgrade et Priština

Deux scénarios possibles pour Edi Rama

Dans une interview commune avec le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Kosovo, Hashim Thaçi, Edi Rama a répété que l’unification avec l’Albanie pouvait se faire de deux façons, et qu’il revenait à l’UE de choisir laquelle.

Le premier scénario, qu’il préconise, serait une unification au sein de l’Union européenne. Cependant, si l’UE continue de tourner le dos au Kosovo, « les deux pays seront forcés de s’unir d’une manière plus classique », a expliqué le Premier ministre albanais.

Hashim Thaçi a indiqué que la déclaration d’Edi Rama n’était pas une menace à l’encontre de l’Union européenne, mais la manifestation d’une réalité qui pourrait bien se concrétiser si le Kosovo continue d’être isolé.

>> Lire : L’adhésion du Kosovo peine à s’imposer dans l’agenda européen

Edi Rama a répété qu’il était honteux que le processus de libéralisation des visas n’ait pas encore été bouclé. Les citoyens du Kosovo sont les seuls habitants de la région qui ne bénéficient pas de ce régime, alors que Priština a déjà rempli toutes les conditions nécessaires, selon Hashim Thaçi.

Lors d’une visite à Zagreb le 8 avril, le lendemain de l’interview, celui-ci a indiqué que les déclarations du Premier ministre albanais avaient été mal interprétées et qu’il n’avait jamais été question d’une unification nationale ou d’une révision des frontières.

« Il ne s’agit pas de redessiner les frontières du tout, mais de limiter leur importance, à la manière de l’intégration européenne, pour que les personnes puissent se déplacer librement. Nous ferons tous partie de cet espace européen un jour », souligne-t-il.

Des provocations inacceptables

Le 8 avril, l’UE a réagi à la déclaration d’Edi Rama, déclarant que « ces provocations sont inacceptables » car les pays des Balkans occidentaux « évoluent chacun à leur rythme vers l’intégration européenne, qui inclut une coopération régionale, la réconciliation et de bonnes relations de voisinage

Selon la porte-parole de la Commission européenne, Maja Kocijan?i?, les Balkans occidentaux se situent clairement dans une perspective européenne et « tous les partenaires de la région ont réaffirmé leur volonté d’atteindre cet objectif ».

Les pays de la région sont également déterminés à « respecter les exigences, les principes et les normes de l’UE », a-t-elle affirmé, ajoutant que les États progressent sur cette voie, chacun à leur rythme.

« Cette détermination comprend également une coopération régionale, la réconciliation et de bonnes relations de voisinage; dans ce contexte, toute déclaration provocante est inacceptable ».

Des réactions qui ne conviennent pas à Belgrade

La Serbie a fermement condamné la déclaration d’Edi Rama et a dit espérer que la communauté internationale fasse de même. Belgrade a annoncé l’intensification des activités diplomatiques sur le sujet au sein des organisations internationales et dans d’autres pays.

Le ministre serbe des Affaires étrangères a remis une lettre de protestation à l’ambassadeur albanais à Belgrade. Dans cette lettre, il répète que la position du Premier ministre albanais, Edi Rama est inacceptable pour la Serbie.

Metohija Marko Djuri?, chef du bureau du gouvernement serbe pour le Kosovo, a affirmé que la déclaration d’Edi Rama était « une atteinte à la paix, une terrible menace à la stabilité de la région et un appel dangereux à la redéfinition des frontières ». De son côté, le Premier ministre serbe, Aleksandar Vu?i?, a martelé le fait que « le Kosovo et l’Albanie ne seront jamais unis » et a demandé aux dirigeants albanais « d’arrêter de provoquer l’instabilité de la région ».

Selon les autorités serbes, la réaction de l’UE s’est trop fait attendre et n’a pas été assez forte.

Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Da?i?, a déclaré le 8 avril qu’il s’attendait à ce que l’UE « traite tout le monde de la même façon » et a sévèrement condamné la déclaration du Premier ministre albanais sur « l’unification » de l’Albanie et du Kosovo.

« Le problème n’est pas seulement ce qu’il a dit. Le problème est que les réactions sont peu nombreuses. Combien de temps faut-il attendre avant que quelqu’un réagisse et condamne de tels actes ? »

Selon le ministre serbe, Maja Kocijan?i? a réagi mais « n’a pas mentionné directement » la déclaration d’Edi Rama. Une position étonnante, puisque la porte-parole l’a tout de même qualifié d’inacceptable.

Appelant l’UE à réagir à la « politisation du sujet » et à des « déclarations inacceptables », Ivica Da?i? a affirmé que la Serbie voulait entretenir de bonnes relations avec l’Albanie et qu’il a fallu des années pour les construire et un instant pour les détruire.

>> Lire : Le Kosovo jette une ombre sur la visite « historique » de l’Albanie à Belgrade

Contexte

Le Kosovo s'est déclaré État indépendant en février 2008. Il a été reconnu par 22 États membres à ce jour. Le pays compte deux millions d'habitants, dont la plupart appartient à l'ethnie albanaise, mais il existe également une forte minorité serbe.

En octobre 2013, l'Union européenne a ouvert les négociations en vue d'un accord de stabilisation et d'association avec Priština. Cet accord a été ratifié en juillet 2014 et sera signé dans un avenir proche.

En mai 2012, Bruxelles avait déjà entamé un dialogue structurel avec Priština sur l'État de droit, quelques mois après le dialogue sur la libéralisation des visas qui a débuté en janvier 2012.

L'Union européenne dispose toujours d'une mission policière et judiciaire au Kosovo, EULEX.