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31/08/2016

Corinne Lepage : le lobbying pose problème au Parlement européen

Élections 2014

Corinne Lepage : le lobbying pose problème au Parlement européen

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Députée européenne et avocate, Corinne Lepage se lance dans la campagne pour les élections européennes avec une nouvelle liste appelée Europe citoyenne. Environnement et éthique en sont les priorités.

Vous venez d'annoncer la création d'Europe citoyenne. Est-ce un nouveau parti ?

Non, il ne s'agit pas d'un nouveau parti politique, mais d'un rassemblement de citoyens engagés dans l'action de la cité, et qui s'appuie sur le mouvement du même nom : Rassemblement citoyen. Nous allons proposer des listes dans les 8 régions françaises pour les élections européennes, mais ce ne sera pas des listes de droite ou de gauche, nous souhaitons sortir de ce clivage. En revanche, les personnalités que nous allons choisir apporteront toutes quelque chose à notre programme.

Quelles sont vos priorités politiques ?

Nous souhaitons passer vraiment à une économie verte, qui prenne en compte les questions de sécurité et de santé humaine qui nous préoccupent. Nous souhaitons aussi remettre de l'éthique dans la politique, en mettant en débat tout ce qui concerne la probité, notamment en encadrant la finance, en attaquant sérieusement la question des lobbys. Enfin, nous souhaitons insuffler une véritable participation des citoyens dans le débat public, notamment sur l'Europe.

Plusieurs mouvements appellent ces derniers jours à une intégration politique plus forte au sein d'un groupe de pays restreints en Europe. Est-ce également votre position ?

Oui, nous nous inscrivons aussi dans ce mouvement. C'est une évidence que de dire que l'Europe à 28 progresse peu. Nous souhaitons qu'un noyau dur de pays aille plus loin dans l'intégration européenne, même si nous ne sommes pas fédéralistes.

Qui seront les personnalités de vos listes ?

Nous présenterons nos listes début mars, et il y aura des surprises ! Nous visons une dizaine d'élus, et je serai sur une des têtes de liste. Les personnalités en question peuvent être des chefs d'entreprises impliqués dans l'économie verte, des magistrats, des médecins… mais il n’y aura pas de politiques à part moi.

Quelles sensibilités politiques seront représentées ?

Les idées que nous portons peuvent être partagées par des libéraux, des socialistes, des écologistes, donc il n’y a pas d’étiquette prédéfinie.

Vous avez évoqué la question des lobbys au Parlement européen. Est-ce un enjeu important ?

Le lobbying pose problème au Parlement européen, il faut avoir le courage de le dire. J'ai été rapporteur sur les agrocarburants, et je peux vous dire que les producteurs d'huile de palme ont fait un lobbying très agressif. Des députés ont été invités au soleil en Malaisie, on leur a fait rencontrer des petits producteurs qui vantaient les mérites de l'huile de palme. Alors qu'on a des échos plutôt inverses sur l'impact social de cette culture. Et quand ils sont rentrés, ils trouvaient l'huile de palme formidable.

Le lobbying peut être utile lorsqu'il apporte une information, et je reçois d'ailleurs volontiers les lobbyistes. En revanche, il ne doit pas aller trop loin, ce n'est pas aux lobbys d'écrire les textes de loi.

Sur quels sujets les lobbys sont-ils les plus intrusifs ?

Les lobbys les plus visibles se manifestent sur les questions de santés, comme la pharmacie, les médicaments, les OGM, ou encore l'énergie. C'est bien normal qu'ils expliquent leur point de vue, en revanche ils ne doivent pas chercher à influencer les positions et les votes.

Est-ce qu’une liste citoyenne peut faire changer les choses ?

Notre liste veut s'opposer aux repêchés du suffrage universel. Il y a une sorte de mépris des électeurs et des citoyens dans les partis aujourd'hui, on ressort des têtes parce qu'elles sont connues, sans que les idées comptent tellement.

Et je suis effarée de voir que la participation des citoyens au débat public est si peu prise en considération. Cette semaine nous avons eu au Parlement un débat issu de la première initiative citoyenne, sur la question de l'accès à l'eau. Le nombre de signatures recueilli atteignait 1,9 million, ce qui est énorme. D'ailleurs il y avait foule pour participer à ce débat. Sauf du côté français ! Nous étions seulement 5 eurodéputés à y participer, dont 3 élus UMP qui ont défendu les grandes sociétés du secteur, une élue communiste et moi-même. Ce n'est pas normal qu'il y ait seulement 5 élus sur 72 eurodéputés français à une étape importante du débat démocratique !

Si vous avez des élus, avec qui prévoyez-vous de siéger au Parlement européen ?

J'ai siégé avec l'Alliance des démocrates et des libéraux en Europe, ADLE, et j'étais rarement d'accord avec eux, mais en même temps cela n'a jamais posé de problèmes, donc c'est un groupe ouvert. Mais je ne m'associerai pas au Parti Populaire Européen (PPE). Je pourrais voter pour Michel Barnier mais je crois qu'il ne va pas être choisi comme candidat de la droite, le PPE le trouve trop à gauche. 

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