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30/08/2016

José Bové : l’attitude des Etats-Unis dans les négociations commerciales est indécente

Élections 2014

José Bové : l’attitude des Etats-Unis dans les négociations commerciales est indécente

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José Bové est député européen écologiste, vice-président de la commission Agriculture et membre de la commission Commerce International du Parlement européen. Il vient d'annoncer sa candidature à la tête de liste des Verts aux élections européennes de mai 2014.

Peut-on négocier un accord de libre-échange transatlantique et constater dans le même temps que les Etats-Unis espionnent le monde entier par tous les moyens de communication possibles ?

C’est indécent ! J’étais début septembre au compte-rendu des négociations à la Commission, qui se fait à huis clos. Lorsque le représentant européen a dit que les négociations devaient rester secrètes, le représentant américain lui a coupé la parole et s’est lancée dans une leçon de sécurisation des communications ! Il a insisté sur le fait que les européens ne devaient parler des négociations qu’avec des téléphones cryptés, alors qu’ils ont l’indécence d’espionner et de mettre sur écoute la planète entière. Alors moi je vous le raconte exprès, parce que ca suffit le manque de transparence. D’ailleurs en tant que députés de la commission Commerce international du Parlement européen nous avons accès qu’à des compte-rendus globaux. Et pour couronner le tout n’avons eu aucune réponse de la Commission au sujet des écoutes de institutions européennes. C’est à se demander pourquoi l’exécutif européen est si conciliant avec les Etats-Unis…

Vous avez une explication ?

Il est clair que le président de la Commission Jose Emmanuel Barroso a des projets pour la suite ! Est-ce qu'il recherche le soutien des Etats-Unis pour obtenir le poste de secrétaire général de l'OTAN ? En tout cas, lui et Karel de Gucht, le commissaire européen au commerce tentent vraiment d’accélérer les choses et il faut être très vigilant.

Des dizaines de fonctionnaires européens sont partis début juillet  négocier à Washington, et début octobre ce sont leurs homologues américains qui viennent à Bruxelles. On a rarement vu des négociations progresser aussi vite. Même s’il y a  peu de chance que la Commission actuelle, qui partira d’ici un an, puisse conclure un accord global : il faut un vote du Parlement mais aussi l’accord des 28 pays. Or il y a de vrais points de blocage. Je pense que le plus grave concerne l’agriculture. Les normes sanitaires sont très différentes : sur les OGM, les hormones pour les animaux, ou même le nettoyage des carcasses animales, nous allons avoir des difficultés à trouver un terrain d’entente.

Quel est le principal danger de cet accord selon vous ?

Le point le plus important de cet accord n’est jamais abordé dans les négociations. Il s'agit d'une clause qui devrait permettre aux entreprises américaines ou européennes d’attaquer les Etats dont les règles portent préjudice à leurs intérêts. C’est un élément central  du dispositif, mais c’est très dangereux. Si une entreprise américaine veut extraire du gaz de schiste et n’a pas le droit de le faire, elle pourrait attaquer l’Etat en question et obtenir réparation. C’est ce qui se passe en ce moment au Canada avec les accords de l’Alena , les accords multilatéraux mettent en danger les règlementations différentes. Monsanto pourrait attaquer l’Autriche et gagner !

Le programme du G20 a été balayé par les sujets d’actualité avec la crise en Syrie.  Que pensez-vous du résultat de la réunion ?

L’agenda  de ces grandes réunions internationales se fait sans grande réflexion de fond…c’est de l’affichage pur, du grand spectacle. Il y a des divisions très fortes qui ne trouvent pas de cadres pour évoluer. On le voit bien avec la question syrienne : plus personne ne conteste aujourd’hui l’usage du gaz sarin. Il y a donc un consensus là-dessus. Mais le fait que la Russie ait un droit de veto à l’ONU bloque tout.

L’absence de l’Europe dans le débat sur la Syrie n’est-il pas frappant ?

L’Europe est un nain politique, c’est vrai, et ce n’est pas seulement à cause du peu de vision politique de Mme Ashton. Nous sommes encore dans une logique intergouvernementale en Europe, les questions de politique extérieure restent des prérogatives nationales. Mais c’est dommage : cela affaiblit l’Europe.

Pensez-vous qu’il faille intervenir en Syrie ?

La position de la France et de François Hollande a le mérite de poser le débat. Il faut tout de même souligner que depuis que la France et les Etats-Unis ont fait part de leur projet d’intervenir en Syrie, la Russie a interrompu la livraison de missiles sol-air à la Syrie. C’est déjà ça.

Comment se présentent les élections européennes pour les écologistes ?

Pour la première fois en 2014 chaque groupe politique présentera un candidat au poste de président de la Commission. C’est un petit pas, mais il est important : les citoyens ont le nom des candidats devant eux dans l’urne, c’est donc un premier pas vers un peu plus de transparence entre le Conseil de l’Union Européenne et le Parlement.

Les Verts sont la seule formation à organiser une vraie primaire, et nous la ferons sur Internet, ele sera ouverte à tous les sympathisants. Nous aurons deux représentants du parti Vert plutôt qu’un : on a toujours un candidat masculin et un candidat féminin. Je suis candidat en France. Je dois avoir le soutien de 15 membres du conseil fédéral d’Europe Ecologie Les Verts, et j’ai déjà l’accord de 75 membres, donc  ce n’est pas un problème. Ensuite je devrai obtenir le soutien de quatre autres partis Verts européens pour me présenter aux primaires européennes.

Les députés Verts français sont actuellement 16 députés au Parlement européen contre 14 pour les socialistes. Pensez-vous qu’il est possible de réitérer cette vague verte en 2014 ?

Je n’ai pas de boule de cristal. Ce qui va être dur c’est que la campagne des municipale se termine deux mois avant, donc nous aurons seulement 7 semaines de campagne. J’ai peur que l’Europe passe au second plan, les enjeux ne sont pas du tout les mêmes. Sur l’Europe, nous avons par exemple beaucoup de divergences avec le PS.

La présence de deux ministres EELV au gouvernement ne risque-t-il pas de se transformer un handicap pour les verts, dans la mesure où l’orientation environnementale du gouvernement n’est pas évidente ?

Ca se saurait si le PS avait été converti  à l’écologie ! C’est bien pour cela que nous avons fait alliance avec eux pour des élections nationales. Ce sont des élections différentes, et nous proposons une Europe très différente de celle des sociaux démocrates.

D’ailleurs nous n’avons pas du tout la même approche politique, comme le montre l’affaire de la Commission des Pétitions. Les sociaux démocrates se sont alliés avec le parti populaire (PPE) pour empêcher d’envoyer une mission d’enquête parlementaire sur le site de Notre Dames des Landes en octobre. Alors que les rendez vous étaient déjà pris ! Quatre députés non européens devaient examiner les zones humides qui risquent d’être détruites, et aussi rencontrer les parties prenantes. Je ne vois pas pourquoi un tel sujet ne serait pas discuté au niveau européen.

En revanche le fait d’avoir des postes au gouvernement est un atout en terme de visibilité. Le soutien de Pascal Canfin qui est ministre délégué en charge du développement est très important à mes yeux.