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26/07/2016

Les défis qui attendent la nouvelle Commission européenne

Élections 2014

Les défis qui attendent la nouvelle Commission européenne

[Christian Mueller/Shutterstock]

En automne 2014, une nouvelle équipe de commissaires entrera en fonction au sein du nouvel exécutif européen. Alors que les troubles économiques semblent s’apaiser, la future Commission pourra se pencher sur un certain nombre de dossiers épineux à long terme lors de la rédaction de son programme politique. Voici une liste des défis et des opportunités qui attendent les prochains hauts fonctionnaires européens.

Contexte

L'Union européenne cherche toujours à sortir de la crise économique. Bon nombre d'acteurs et d’observateurs à Bruxelles et dans les capitales des États membres sont conscients que les institutions européennes ont besoin de changements structurels. L'Europe a besoin d'une nouvelle « grande idée » pour redynamiser l'UE.

Au cours des dernières années, la Commission européenne a commandité plusieurs études à grande échelle pour définir les défis sociétaux, économiques et internationaux auxquels sera confrontée l'Europe dans les prochaines années. Dans cinq ans, les objectifs européens pour 2020 arriveront à terme, l'exécutif européen devra donc rédiger une nouvelle feuille de route pour la croissance. Sur la scène internationale, les dirigeants du monde vont évaluer à nouveau les méthodes visant à lutter contre le changement climatique et discuter d'un nouveau cadre pour l'aide au développement après 2015. 

À la suite des élections européennes des 22 et 25 mai, les chefs d'État et de gouvernement ont discuté des priorités stratégiques pour l'Union européenne dans les cinq années à venir. Les groupes parlementaires s'attellent à la rédaction d'un accord politique pour établir la direction de leur prise de décision. Les institutions européennes se concentrent sur la transition de la gestion de la crise vers des programmes de croissance et d'investissement.

Après une série d'entretiens avec des experts de haut niveau et des leaders d'opinion à Bruxelles, une observation sort du lot : les dirigeants politiques européens devraient sortir de leur confort et réexaminer les dogmes qui guident leur méthode de prise de décision et chercher de nouvelles solutions en vue de réinsuffler de la croissance, de gagner en influence à l’échelle internationale et d’optimiser l'architecture des institutions européennes.

Problèmes

Pour la première fois, le président de la Commission européenne sera issu d'une nouvelle procédure entré en vigueur avec le traité de Lisbonne. Le reste du Collège des commissaires est composé de 27 membres, un par pays européen. Ce sont les États membres qui sélectionnent leur candidat. Bon nombre d’entre eux se bousculent actuellement au portillon pour occuper une haute fonction européenne.

Les dirigeants des États européens ont désigné Jean-Claude Juncker comme prochain président de la Commission lors du Conseil européen des 26 et 27 juin 2014.

En se basant sur les résultats des européennes, il est très probable que les deux principaux groupes, les socialistes (S&D) et le centre-droit (PPE), dominent les prises de décision. En effet, ces mouvements obtiennent de justesse la majorité au Parlement. Cet équilibre sera également présent au sein du Conseil européen et de la Commission. Le centre-droit et de centre-gauche devraient obtenir une proportion similaire de représentants dans ces deux institutions.

Chaque État membre propose son représentant au sein du Collège des commissaires (à part le président) à partir de juillet 2014. Ces commissaires se verront attribuer leurs portefeuilles lors d'une procédure de négociations sous l’égide du président de la Commission. Les nouveaux commissaires font ensuite l'objet d'auditions lors d'une série de sessions plénières au Parlement européen. L'objectif est de vérifier les compétences et les ambitions des candidats par rapport au portefeuille qui leur est assigné.

Au cours de l'été, ces commissaires se verront attribuer leurs portefeuilles lors d'une procédure de négociations entre le président de la Commission et les États membres qui s'annonce difficile. Les nouveaux commissaires font ensuite l'objet d'auditions lors d'une série de sessions plénières au Parlement européen. L’objectif est de vérifier les compétences et les ambitions des candidats par rapport au portefeuille qui leur est assigné.

La nouvelle Commission européenne devrait entrer en fonction le 1er novembre 2014, même si cette date butoir pourrait être déplacée en raison de la nouvelle procédure de sélection du président de la Commission.

Un accord est en préparation

Lors du sommet européen des 26 et 27 juin 2014, les leaders de l'UE se sont réunis pour adopter un programme stratégique des principales priorités pour les cinq prochaines années. En voici les conclusions : « cinq grandes priorités guideront les travaux de l'Union européenne au cours des cinq prochaines années :

  • des économies plus robustes créant davantage d'emplois ;
  • des sociétés à même de donner à tous les citoyens les moyens de réaliser leurs  aspirations et d'assurer leur protection ;
  • un avenir énergétique et climatique sûr ;
  • un espace de libertés fondamentales qui inspire la confiance ;
  • une action conjointe efficace dans le monde. »

Les dirigeants de centre-gauche ont adopté une position ferme et coordonnée en vue de militer pour plus de souplesse dans les règles budgétaires européennes, dans le cadre du pacte de stabilité et de croissance. Le premier ministre italien, Matteo Renzi, et le président français, François Hollande, ont pris les devants et ont reçu le soutien des dirigeants socialistes et ensuite du Conseil européen.

Le candidat de centre-droit pour la Commission, Jean-Claude Juncker, a quant à lui mis en avant ses priorités pour les cinq prochaines années lors de sa campagne pour les européennes en avril. Certaines conclusions du Conseil faisaient écho à ces demandes.

« Vous n'avez pas besoin d'être scientifique pour le découvrir », a expliqué à EurActiv une source proche de Jean-Claude Juncker.« Le but est de fixer des priorités stratégiques et l'orientation stratégique de la prochaine Commission. Cela n'a rien à voir avec le programme de travail, qui sera réalisé lors d'une étape ultérieure. »

Dès que le Parlement européen aura confirmé la désignation de Jean-Claude Juncker, ce dernier mènera des discussions avec les nouveaux représentants de la Commission ainsi qu'avec les représentants du Conseil et du Parlement.Le programme de travail « officiel » permettra d'ailleurs de donner des indications plus spécifiques.

« Clusters de commissaires »

L'exécutif européen s'est également élargi en même temps que l’adhésion de nouveaux États à l'Union européenne (passage de 12 à 28 États membres). Le traité de Lisbonne contient l'idée de réduire le nombre de commissaires en vue d'augmenter l'efficacité de cette institution.

En vertu du paragraphe 5 de l'article 17 du traité sur l'Union européenne (TUE), deux tiers du nombre d'États membres auraient dû être représentés au sein de la Commission.  Mais les dirigeants européens ont changé d'avis lors du Conseil européen en mai 2013 : ils ont décidé de maintenir un État membre par pays.

« Il s'est avéré impossible que les pays européens renoncent à l'accord politique d'abandonner le principe [d'un commissaire par État membre] », a écrit Fabian Zuleeg, le directeur général du Centre politique européen, dans une communication consacrée à la structure de la Commission.

L’hypothèse de regrouper des domaines politiques plus larges demeure. Ces « super-portefeuilles » seraient gérés par un vice-président de la Commission, qui superviserait le travail des commissaires « juniors » spécialisés dans un domaine particulier.

« Les affaires étrangères pourraient servir d'exemple », affirme Steven Blockmans, chercheur au Centre d'études de la politique européenne (CEPS). « Le groupe "RELEX" rassemble des commissaires en charge de l'élargissement, de la politique européenne de voisinage et d'autres domaines associés. La haute représentante [pour les affaires étrangères et la politique de sécurité] Catherine Ashton a les compétences de présider cette réunion, même si elle ne les a pas assumées. »

Cette idée a pris de l'ampleur à la suite des européennes. Des représentants de haut rang, tels que la commissaire Kristalina Georgieva et l'ancien ministre français des Finances Pierre Moscovici, vont dans ce sens. Mais le Conseil européen ne s'est pas prononcé sur le sujet. Les États membres sont très sensibles à ces thèmes, qui pourraient affaiblir leur position au niveau national.

Selon des spécialistes de l'UE, un regroupement des compétences serait particulièrement bénéfique : coordinateur des politiques économiques, budgétaires et financières. Certains laissent penser que ce « tsar du budget européen » pourrait, à l'instar de la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, présider la réunion des ministres européens des Finances au sein du Conseil. Cette fonction pourrait également inclure la présidence de l'Eurogroupe.

« Mais je me demande parfois si quelqu'un peut vraiment gérer ce rôle [à double casquette], même d'un point du vue physique. Le programme de travail est extrêmement pénible », a indiqué Thomas Fischer, .

Vers un nouveau modèle de croissance pour l'Europe

Selon les prévisions de la Commission, pas un seul État membre de l'UE ne fera partie des huit pays les plus riches de la planète d'ici 2050, si la tendance économique se poursuit. Voilà le plus grand défi que le prochain executive européen doit relever. La crise économique a ravagé l'Europe au cours des cinq dernières années et n'est pas encore révolue.

Les dirigeants politiques européens étaient contraints de fournir des résultats en matière de croissance. Au cours des dernières européennes, de plus en plus électeurs ont voté pour des partis populistes et radicaux, et non pour les partis traditionnels. Lors d'un discours après les élections, Herman Van Rompuy, le président du Conseil, a déclaré : « Le message que les citoyens adressent à l'Union européenne est clair : sois plus forte à l'extérieur, plus protectrice à l'intérieur. Si nous ne pouvons pas répondre aux attentes en termes d'emploi et de conditions de vie, alors les voix qui s'élèvent contre l'euro et qui sont minoritaires deviendront de plus en plus nombreuses ».

Aart De Geus, président de la fondation Bertelsmann, a déclaré dans un discours lors du Brussels Think Tank Dialogue que « les citoyens souhaitent une Europe prospère », ce qui est, à ses yeux, la tâche principale de l'UE sur le plan économique, social et politique.

Les instruments existants pour sortir les États membres de la crise économique, comme le semestre européen, s'éloignent de plus en plus d’une approche axée sur l'austérité au profit des politiques de croissance. La Commission européenne actuelle a intégré la plupart de ses initiatives pour stimuler la croissance dans la stratégie « Europe 2020 », débutée en 2010. Il s'agit d'un plan pour « une croissance intelligente, durable et inclusive » en vue de sortir le continent de la crise.

Herman Van Rompuy a également indiqué en juillet 2014 que l'Union européenne « était à la traîne sur certains objectifs à l'horizon 2020. Et c'est même un euphémisme ».C'est dorénavant à la Commission de fixer sa mission. L'exécutif européen a publié en mars un bilan de la situation pour indiquer les progrès réalisés dans cinq objectifs :

  • Un emploi pour 75 % de la population âgée de 20 à 64 ans : si la tendance actuelle se poursuit, 72 % des Européens auront un emploi en 2020. Mais le gros du travail reste encore à faire. Seulement 68,4 % des Européens sont actuellement actifs sur le marché du travail, un chiffre moins élevé qu'au moment où les objectifs ont été établis. Selon l'exécutif, pour atteindre cette ambition, les États membres de l'UE doivent se tourner principalement vers les femmes, les personnes âgées et les migrants.
  • 3 % du PIB de l’UE dans la recherche et l'innovation : « L'objectif a peu de chances d'être atteint », admet la Commission dans le document. Les investissements en recherche et développement (R&D) atteindront, selon les prévisions, 2,2 % d'ici à 2020. Si les États membres atteignent leurs objectifs nationaux, ce pourcentage pourrait être porté à 2,6 %.
  • Réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 %, utilisation d'énergie provenant de sources renouvelables à hauteur de 20 % et augmentation de 20 % de l’efficacité énergétique : ces objectifs devraient normalement être atteints. Les États membres, la Commission et le Parlement sont en train de discuter un nouveau cadre réglementaire : le paquet énergie-climat 2030. EurActiv a rapporté cette année que les ambitions et la volonté de proposer des objectifs ambitieux variaient en fonction des États membres. Par ailleurs, les divergences entre Commission et Parlement à ce sujet sont également profondes.
  • Abaissement du taux de décrochage scolaire à moins de 10 % et un diplôme de l'enseignement supérieur pour au moins 40 % de la population âgée de 30 à 34 ans : Le taux de décrochage scolaire a diminué de 15,7 à 12,7 % entre 2005 et 2012, selon la Commission. La proportion de jeunes diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 27,9 à 35,7 % au cours de la même période, ce qui laisse les spécialistes de l'UE optimistes.
  • Sortie d'au moins 20 millions de personnes du risque de pauvreté et d’exclusion sociale : depuis le début de la crise économique, 10 millions de citoyens supplémentaires sont exposés à un risque de pauvreté, ils étaient 124 millions en 2012. Au lieu de se rapprocher de cet objectif, l'UE s'en éloigne, la catastrophe sociale ne devrait probablement pas s'améliorer, mais empirer.

Au cours des dernières années, Bruxelles se cramponne à la stratégie 2020 axée sur la croissance. Selon Thomas Fischer, cette stratégie de « croissance intelligente, durable et inclusive » relève des bonnes paroles : « personne ne réfléchit réellement à la manière de construire un nouveau modèle de croissance pour l'Europe, moins axée sur le PIB ».

Thomas Fischer estime également que l'UE pourrait également mener ce travail d'introspection : « Même avant la crise, nous avons constaté que nos taux de croissance devenaient de plus en plus faibles. [...] Plus les conséquences se sont fait ressentir, moins nous avons compris la croissance. Le débat est semblable à celui tenu des années avant la crise. »

L'impact économique de la politique sociale

L'état des conditions sociales en Europe devrait peu à peu être faire son apparition sur la table des décideurs politiques dans les cinq prochaines années. L'European Strategy and Policy Analysis System (ESPAS) a mené une étude pour la Commission européenne sur les défis sociaux en Europe. Selon les auteurs de ce rapport, le tout premier défi des 10 prochaines années est l'inégalité.

« Non seulement le revenu moyen, mais également l'éducation, les soins de santé ou l'inclusion sociale, sera une évidence à l'avenir », a expliqué Stijn Hoorens à EurActiv le directeur du bureau bruxellois de RAND Europe.

En octobre 2013, la Commission européenne a présenté un communiqué consacré à la dimension sociale de l'Union économique et monétaire (UEM). Elle souhaite qu'une « UEM véritable et approfondie » soit intégrée dans l’ensemble de l'union économique. D'autres instruments politiques sont en place depuis quelque temps. La Commission actuelle a d'abord mis en place un « paquet investissements sociaux » en février 2013. Selon un expert, ce plan est « assez proche des initiatives actuelles ».

Les dirigeants politiques «  s'intéressent aux questions sociales, car ils comprennent de plus en plus de liens entre les politiques économiques et sociales », affirme Thomas Fischer avant d'ajouter : le chômage des jeunes, par exemple, n'est pas seulement une énorme tragédie personnelle, il s'agit aussi d'une perte massive de capital humain en Europe. Quand nous parlons d'Europe sociale, c'est une Europe qui réussit au niveau social et économique. »

En matière de politique sociale, les experts affirment que la Commission européenne pourrait être confrontée à des défis importants dans les domaines suivants :

  • Immigration : à l'échelle européenne, des gouvernements européens ont démarré des programmes en vue d'organiser la mobilité des travailleurs au sein de l'UE, d'autres ont lutté contre cette décision afin de restreindre l'immigration. La prochaine Commission devra déterminer les méthodes pour augmenter la mobilité de la main-d'œuvre européenne sans mettre à mal les normes sociales dans les États membres.
  • Enseignement : 14 millions de jeunes Européens entre 15 et 28 ans sont sans emploi, éducation ou formation. Près de la moitié d'entre eux sont au chômage. L'adaptation des systèmes scolaires nationaux aux besoins des jeunes et du marché du travail relève des compétences des États membres et non de celles de l'UE.
  • Formation : plusieurs programmes de reconversion professionnelle de la main d'œuvre européenne ont vu le jour ces dernières années. La « formation professionnelle » est souvent considérée comme une solution pour remédier au décalage entre le monde de l'enseignement et le marché du travail. Pourtant, James Caleja, directeur de Cedefop, le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle, a expliqué à EurActiv qu'« il valait mieux prévenir que guérir » : les réelles solutions sont entre les mains des dirigeants politiques européens.
  • Inégalité des revenus : selon le communiqué de la Commission consacré à la « dimension sociale » de l'UEM, des indicateurs sociaux seront pris en compte dans la politique, par exemple : le revenu brut réel disponible des ménages ou l'inégalité sociale (mesurée en calculant la différence entre les 20 % d'individus les plus riches et celle détenue par les 20 % des personnes les plus pauvres).

Cette dimension sociale pourrait également servir d'instrument à l'avenir pour promouvoir la stabilité sociale en Europe. Ce n'est pas suffisant aux yeux de l'ancien ministre allemand Michael Link, le « mot en T effraie les personnes à Bruxelles et dans les États membres », a-t-il déclaré en référence au changement de « traité ».

Les membres de groupe de réflexion évoquent quant à eux une approche plus large. Selon Thomas Fischer, l'idée d'ouvrir des « investissements sociaux » fait son chemin. Pendant que les services publics subissent les répercussions de la crise économique, les institutions et États européens se penchent sur des solutions du côté des investissements privés pour maintenir ces services, y compris dans le domaine social.

Selon le directeur de la fondation Bertelsmann, c'est le concept d'entreprise sociale qui se trouve derrière cette idée, en d’autres termes, « une simple révision de la distribution des responsabilités entre les acteurs du secteur public et privé ainsi que des tiers comme les fondations ». Cette idée permet à l'UE de se diriger vers une Europe renforcée au niveau social.

La politique extérieure de l'UE

L'un des piliers institutionnels du traité de Lisbonne est le poste de haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, que Catherine Ashton occupe depuis décembre 2009.

L'Anglaise a essuyé de fortes critiques tout au long de son mandat. Les révoltes populaires dans les pays arabes et l'escalade du conflit en Syrie ont également mis à épreuve le rôle de l'UE sur la scène internationale.

Le travail de Catherine Ashton a toutefois été salué quelques dossiers : les négociations actuelles sur le programme nucléaire iranien et sa médiation dans la période de l'après-Moubarak. Les temps forts se sont rares et Catherine Ashton a connu de grandes difficultés à mettre en avant le Service européen pour l'action extérieure (SEAE).

Volker Perthes, de la fondation Science et Politique de Berlin (SWP) a indiqué à EurActiv : « l'UE n'a pas été préparée à gérer des conflits venant du voisinage, voilà ce que nous avons constaté jusqu'à présent. Nous sommes compétents pour aider les États à se transformer tant que l'élite et la société sont disposées à le faire. Mais nous ne disposons pas des instruments pour gérer, contrôler ou contenir les conflits. »

Même si la politique extérieure est plus souvent dictée par les évènements que par des stratégies à long terme, des experts estiment que l'UE devrait se concentrer en particulier sur :

  • son voisinage : les révolutions dans les pays méditerranéens, comme la Tunisie, la Lybie, l'Égypte et d'ailleurs ont provoqué des changements de régimes politiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La réponse de l'Union européenne vis-à-vis du printemps arabe s'est avérée faible : Shada Islam, responsable des politiques au sein des Amis de l'Europe, estime que la politique européenne de voisinage « n'est pas à la hauteur ».
  • les relations avec les États-Unis : de nombreux observateurs ont mis le doigt sur le rapprochement de l'administration Obama vers l'Asie. C’est à l'UE de décider si elle se rapproche de son partenaire outre-Atlantique. la politique de sécurité européenne est constamment confrontée à un dilemme : le choix entre l'intégration de son propre cadre réglementaire ou le renforcement de l'alliance transatlantique au sein de l'OTAN.
  • l'émergence de la Chine : la superpuissance asiatique a généralement fait preuve de prudence sur les dossiers internationaux, mais la montée de la Chine est indéniable. L'Europe doit trouver une approche, affirment des experts.

Malgré ses contraintes en matière de politique extérieure, l'UE est-elle en mesure de s'attaquer à ces défis ? Dans son dernier livre The Uncertain Legacy of Crisis, Richard Young, chercheur au sein de Carnegie Europe, affirme que la crise a affaibli le « pouvoir normatif » de l'UE. Sa crédibilité dans l'apport de soutien au tiers-monde et dans les pays en développement a diminué depuis que la crise économique a mis à mal l'idée que l'Europe était une force à l'échelle mondiale.

« Cela a fortement compromis l'image de l'UE dans le monde », a ajouté Richard Youngs. « L'UE a plus de difficultés aujourd'hui à se prétendre être un modèle harmonieux et couronné de succès dans la gestion de l'interdépendance ».

Cette situation incite les décideurs politiques de l'UE à réfléchir à la manière de réformer ses compétences en matière d'action extérieure. L'Union européenne doit renouveler sa crédibilité en matière de politique extérieure, sinon elle sera sans intérêt, ont indiqué des chercheurs dans un document présenté lors du Brussels Think Tank Dialogue.

Certains chercheurs affirment qu’il n’est plus pertinent de vouloir s'exprimer d'une seule voie. Selon Shada Islam des Amis de l'Europe, « c'est un mythe d'avoir une politique de sécurité et de défense commune avec 28 États membres et une Commission européenne. Nous pouvons coordonner ou même travailler en groupes d'États membres. »

La nomination du prochain haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité va donner du fil à retordre aux dirigeants des États européens. Selon les spécialistes, une personne plus charismatique permettrait de donner une impulsion aux capacités de l’UE en matière de politique étrangère. Catherine Ashton n'a en effet pas utilisé toutes les compétences prévues par le traité de Lisbonne.

Le TTIP dominera l'agenda du commissaire au commerce

Les négociations entre les États-Unis et l'Union européenne sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (TTIP) ont débuté en juillet 2013.Si un accord est conclu, il concernerait plus de 40 % du PIB mondial et représenterait les plus grandes parts commerciales et d'investissement direct étranger. Le TTIP est le plus grand accord commercial bilatéral au monde jamais négocié. Les décideurs politiques affirment que les ménages européens pourraient gagner 545 euros par an si l'accord est conclu et mis en œuvre.

Les négociations sur l'accord commercial ont essuyé les critiques des ONG et des organisations de la société civile des deux côtés de l'Atlantique. Le Mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS) ou les services financiers, sujets tabous, ont été retirés de la table des négociations.

« Nous ne choisissons pas entre un monde dans lequel tout le monde fait ce qu'il lui plait et un cauchemar où nous sommes directement dirigés par les multinationales », a expliqué Karel De Gucht à des représentants d'entreprises, des syndicats et des diplomates à Londres en juin.

La Commission européenne espère achever les négociations sur le partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement (PTCI) à la fin 2014.Bruce Stokes, directeur du programme Global Economic Attitudes au Pew Research Center situé à Washington, a quant à lui expliqué à EurActiv que les élections présidentielles américaines en 2016 constituaient la date butoir pour achever ces négociations.

« [Barack Obama] ne restera pas dans les livres d'histoire pour avoir amorcé le processus », a déclaré Bruce Stokes. L'UE devrait donc garantir que l'accord soit conclu avant que les États-Unis ne perdent leur intérêt.

Selon un rapport de l'ESPAS prédisant l'évolution de l'économie mondiale dans les 15 prochaines années, le commerce au sein de l'UE est actuellement plus important que celui avec les pays tiers, mais « d'ici 2030, ce ne sera plus le cas ». L'UE doit s'adapter, car elle va passer d'une « grande économie relativement fermée à une plus petite, mais plus ouverte », selon le rapport.

La dépendance énergétique prend de l'ampleur

Dans les mois avant les élections européennes, la dépendance énergétique est devenue un thème important dans la sphère européenne. L'UE dépend encore grandement des ressources énergétiques étrangères. Selon une étude de marché de la Commission, plus de la moitié des ressources énergétiques consommées dans l'UE viennent des pays tiers. Jusqu'à 80 % des ressources pétrolières et 70 % des ressources gazières sont importées. Le gaz russe représente par ailleurs un tiers des flux gaziers vers l'UE.

Outre la hausse des prix de l'énergie, la crise en Ukraine a ouvert les yeux en Europe. Les Vingt-Huit dépendent très fortement des échanges commerciaux internationaux pour satisfaire leurs besoins en énergie.

Les accords récemment conclus au sein du Conseil européen donnent une impulsion à la création d'une « union énergétique ».Pour les États membres, la solution réside dans les ajustements en matière de production et la distribution d’énergie en Europe ainsi que dans l’exploitation des renouvelables.

La Commission a déjà fixé des objectifs en matière d'énergie et de ressources renouvelables dans le cadre de la stratégie Europe 2020. Néanmoins, les décideurs politiques européens se penchent sur un accord ultérieur, appelé « paquet énergie-climat 2030 ».Le nouveau cadre réglementaire devrait résoudre un certain nombre de problèmes en approvisionnement énergétique.

D'autres thèmes pour les cinq prochaines années

Ukraine : le conflit entre l'Ukraine et la Russie continuera de jouer un rôle important au cours des cinq prochains mois, voire années. Les dirigeants européens ont pris plusieurs types de sanctions à l'encontre de la Russie. L'Ukraine a signé récemment un accord d'association avec l'UE. Mais la persévérance russe s'est heurtée à l'opposition de l'UE et des États-Unis.

L'aide au développement : à l'échelle internationale, le Conseil économique et social des Nations unies (Ecosoc) discute de projets pour remplacer les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qui expirent en 2015.La communauté internationale réfléchit également aux prochaines étapes en matière de développement durable, après la Conférence de Rio de juin 2012.

Climat : en décembre 2015, les dirigeants de la planète vont se rassembler à Paris à l'occasion de la Conférence des Parties sur le changement climatique (COP 21).Le principal objectif de cette conférence est de trouver un accord sur une réponse coordonnée pour lutter contre le changement climatique, y compris la limitation du réchauffement climatique à deux degrés. Mais pour ce faire, les partis doivent conclure un compromis sur la répartition des efforts.

Prochaines étapes

  • 22-25 mai 2014 : élections européennes dans les 28 États membres
  • Juin 2014 : les groupes parlementaires ouvrent des négociations informelles avec le Conseil de l'UE sur le prochain président de la Commission
  • 26-27 juin 2014 : nomination du président de la Commission lors du sommet du Conseil européen
  • ?16 juillet 2014 : les dirigeants européens se réunissent lors d'un sommet européen extraordinaire pour discuter des prochains portefeuilles des commissaires 
  • 14-17 juillet 2014 : le Parlement vote en session plénière la nomination du président de la Commission par le Conseil européen
  • Eté 2014 : le nouveau président désigne la composition de son équipe, puis les futurs commissaires font l'objet d'auditions individuelles au Parlement en septembre
  • Oct. 2014 : le Parlement européen devrait confirmer la composition de la nouvelle Commission
  • 1er nov. 2014 : date butoir pour l'entrée en fonction de la nouvelle Commission
  • 2015 : année d'expiratop, des objectifs du Millénaire pour le développement
  • Décembre 2015 : Conférence des Parties sur le changement climatique à Paris (COP 21)
  • 2016 : fin de la législature de l'administration Obama et fin présumée des négociations sur le partenariat transtlantique
  • 2020 : date butoir pour les objectifs 2020 en vue d'atteindre la « croissance intelligente, durable et inclusive ».

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