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30/09/2016

Addition salée pour le Royaume-Uni en cas de sortie de l’UE

Élections 2014

Addition salée pour le Royaume-Uni en cas de sortie de l’UE

Sajjad Karim, the ECR's candidate for EP President, has warned of the consequences of the UK leaving the EU. [Sajjad Karim/Flickr]

Le candidat des Conservateurs et réformistes européens à la présidence du Parlement européen, Sajjad Karim, a prévenu qu’une sortie du Royaume-Uni de l’UE pourrait coûter lui coûter son unité et son siège au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies.

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (« Brexit », contraction de «British exit» ) pourrait avoir de nombreuses conséquences inattendues. Ainsi, Sajjad Karim, candidat des Conservateurs et réformistes européens (CRE) a expliqué à EurActiv que « les enjeux étaient énormes et qu’il était nécessaire d’informer les citoyens sur les conséquences que pourrait avoir la politique de Nigel Farage, chef du Parti de l’indépendance (UKIP), et de son équipe ».

Le Royaume-Uni doit organiser un référendum sur une éventuelle sortie de l’Union européenne en 2017, si les Tories, le parti dont est membre Sajjad Karim, sortaient vainqueur des prochaines élections législatives. Par ailleurs, un référendum sur l’indépendance de l’Écosse est prévu cette année.

Même si l’Écosse vote contre son indépendance, le référendum sur le maintien au sein de l’UE pourrait potentiellement provoquer une séparation entre les deux nations, a-t-il indiqué lors d’un entretien avec EurActiv.

L’intégrité du Royaume-Uni sur la sellette

« La question est de savoir ce que les citoyens anglais voteront. Si, sur la base du vote anglais, l’intégralité du Royaume-Uni se dirige gaiement vers la porte de sortie de l’UE, alors j’ai bien peur que l’unité du Royaume-Uni soit remise en question », a indiqué le conservateur britannique.

Si la sortie du Royaume-Uni devait provoquer le départ de l’Écosse et le mécontentement des Gallois et des Irlandais du Nord, le siège du Royaume-Uni pourrait bien alors tomber au Conseil de sécurité de l’ONU. « Nous avons un siège au sein du Conseil de sécurité en tant que Royaume-Uni. Je conçois avec difficulté un scénario où nos homologues chinois et russes autorisent le maintien d’un siège pour la seule Angleterre », a-t-il poursuivi.

Sajjad Karim, eurodéputé du nord-est de l’Angleterre depuis dix ans, est le candidat de la CRE à la succession du social-démocrate Martin Schulz, qui était jusqu’à peu président du Parlement européen.

Il appelle le PPE et tous les chefs des autres groupes à s’unir derrière sa candidature. Mais il prévoit que les « vieilles forces » politiques que sont le Parti populaire européen et les socialistes se réuniront pour sceller « une entente secrète » afin qu’il ne soit pas élu.

« Ils devraient s’unir derrière une candidature au lieu de conclure des accords en sous-main, en excluant tout le monde sauf ceux appartenant à votre petit club, pour annoncer ensuite aux électeurs européens que rien ne changera même si les électeurs réclament un changement fondamental », s’est-il indigné.

Lors de l’entretien, Sajjad Karim a expliqué que rien n’indiquait dans les traités que Jean-Claude Juncker devait être le prochain président de la Commission européenne. Le premier ministre britannique, David Cameron, semble de plus en plus isolé dans sa campagne pour empêcher la nomination du candidat du PPE, après que la Suède et les Pays-Bas ont revu leur position sur la question.

Selon Sajjad Karim, la montée des partis extrémistes en Europe est un avertissement lancé au Parlement européen. « La raison qui a motivé ces gens à voter [pour les partis extrémistes] était de vouloir nous nous dire « stop ». Nous rejetons fondamentalement la façon dont vous faites de la politique au niveau européen ».

Sajjad Karim reconnaît que l’intégration du parti allemand eurosceptique Alternative für Deutschland au sein de la CRE pourrait compliquer la situation. Le premier ministre David Cameron aura en effet plus de difficultés à faire pencher la chancelière allemande, Angela Merkel, de son côté pour mener les réformes qu’il souhaite au niveau européen.

Il accuse la Commission européenne de « tout mettre en œuvre, même en coulisse » pour empêcher que le Parlement européen obtienne plus de pouvoir.

Il a aussi abordé la question de la pertinence de son identité en tant que Britannique musulman originaire du Pakistan et a affirmé « sa profonde croyance » dans le projet européen.

Aucun débat sur les politiques européennes

Étant donné que les leaders nationaux britanniques n’ont jamais abordé les questions de politique européenne durant ces quarante dernières années, la nécessité d’organiser un référendum s’est fait ressentir, a expliqué le candidat conservateur à la présidence du Parlement.

« Si la question de l’Europe avait été abordée lors des élections nationales, nous n’aurions pas besoin aujourd’hui de ce référendum », selon lui.

Paradoxalement, l’eurodéputé eurosceptique Nigel Farage est l’homme qui a le plus attiré l’attention de l’opinion publique sur les politiques européennes.

Sajjad Karim a répondu que « certes, il a contribué à intégrer [le débat européen au niveau national], mais par une stratégie de désinformation. Tant de choses qu’il a pu dire, lui et son parti, sont incorrectes dans les faits.

Les dirigeants nationaux doivent prendre la balle au bond et dire « en fait, une partie des propos que vient de tenir cet homme est complètement fausse » ».

>> Lire l’interview intégrale en anglais ici

Le vice-premier ministre, Nick Clegg, a affronté Nigel Farage lors de deux débats télévisés « pour tenter de remédier à quarante ans de silence en deux débats ». « Je crains que cela ait été une erreur de stratégie » a ajouté le conservateur.

Sajjad Karim pense que le référendum pourrait résoudre le problème. Il permettrait ainsi aux Britanniques d’avoir leur mot à dire sur les politiques européennes et de s’exprimer en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE.

Il a ajouté, «  je ne veux pas seulement que mon pays soit membre de l’UE, je veux qu’il soit un membre de premier plan au sein de l’UE ».

 

Contexte

Sajjad Karim, 43 ans, est eurodéputé de la circonscription nord-ouest d'Angleterre depuis 10 ans. Il a été le premier musulman britannique à avoir été élu au sein du Parlement européen. Il a été élu en tant que libéral démocrate avant de rejoindre les conservateurs en 2007. Il est actuellement le candidat à la présidence du Parlement européen pour les Conservateurs et réformistes européens.

Le Royaume-Uni tiendra un référendum sur son maintien ou non au sein de l'UE en 2017, si le premier ministre David Cameron gagne les prochaines élections législatives en 2015. Le très eurosceptique Parti de l'indépendance britannique (UKIP) était le premier parti britannique lors des élections européennes.

Les élections européennes ont vu une montée des partis extrémistes. Selon Sajjad Karim, cette poussée radicale est un message des électeurs en faveur d’une réforme de l'Union européenne. Le Parlement va élire son prochain président en juillet prochain. 

Prochaines étapes

  • 1er juillet 2014 : élection du nouveau président du Parlement européen
  • 18 septembre : référendum sur l'indépendance de l'Écosse
  • 2017 : éventuel référendum sur l'adhésion du Royaume-Uni à l'UE

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