Barroso : un « shutdown » en Europe serait tourné en dérision

La gestion de la crise de la zone euro avait suscité de nombreux commentaires désobligeants. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, ne veut pas critiquer l’impasse budgétaire aux États-Unis.

Plusieurs administrations et services fédéraux du gouvernement sont à l’arrêt depuis le 1er octobre. Les dirigeants démocrates et libéraux ne sont pas parvenus à conclure un accord budgétaire, d’où cette fermeture totale (« shutdown »). Les marchés n'ont pratiquement pas réagi, mais les économistes estiment que cette impasse pourrait avoir des conséquences plus graves si elle durait plus de quelques jours. Cette situation pourrait tuer la reprise économique dans l'œuf.

EURACTIV a demandé à José Manuel Barroso s'il avait des conseils à donner à Washington. Il a répondu que si l’UE était dans la même situation, ses partenaires mondiaux la jugeraient « de façon impitoyable ».

« Si cela était arrivé en Europe, que ne dirait-on pas sur l’Europe ? Imaginez que nous ayons maintenant un shutdown au niveau des institutions européennes. Que dirait-on de l'Europe ? », s’est demandé le président de l'exécutif européen, en ajoutant que le Vieux Continent ferait l'objet de caricatures et de moqueries.

Selon la presse, les dirigeants du monde ont donné des leçons sur la crise de la zone euro à MM. Barroso et Van Rompuy, le président du Conseil, pendant des années. Ils les ont également exhortés à prendre des mesures plus audacieuses.

José Manuel Barroso a récemment déclaré que le sommet du G20 à Saint-Pétersbourg était le premier événement depuis le début de la crise au cours duquel il n'avait pas reçu de reproches verbaux.

D'après une source d'EURACTIV, l'ancien premier ministre portugais aurait récemment indiqué que la présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner, connue pour son franc-parler, lui avait donné des conseils sur la gestion de la crise.

« Soyons plus modestes »

José Manuel Barroso n'a pas l'intention de critiquer les « amis américains » de l’Europe.

« Ce que je dis, c’est que ce genre de situations est le propre des démocraties. […] Parfois le consensus est très difficile, même au niveau d’un pays comme les États-Unis. Alors imaginez la [difficulté d'un] consensus au niveau des 28 pays de l’Union européenne », a-t-il indiqué.

« Pendant la crise, j’entendais tellement de gens dire : "vous en Europe, vous n’êtes pas capables de prendre des décisions, vous êtes paralysés, etc." ».  Maintenant je tiens à dire : "écoutez, finalement, ce n’est pas simplement en Europe, ça peut arriver dans des démocraties, même si c’est un seul pays". Alors, soyons tous plus modestes, reconnaissons que la démocratie a ses propres rythmes, essayons de faire des progrès dans la gouvernance, dans ce cas concret, je parle de l’Europe. Nos amis américains doivent sans doute résoudre leurs propres problèmes et je leur fais entièrement confiance », a-t-il expliqué.

Le chef de l'exécutif tenait également à dire que beaucoup de monde essayait de « tourner l’Europe en ridicule » aux moments les plus aigus de la crise. Il a ajouté que ce genre de situation ne se produirait pas dans des dictatures.

Il s'est exprimé le 2 octobre lors de la présentation d’une série de propositions de la Commission visant à renforcer l'aspect social de l'Union économique et monétaire (UEM).

Selon lui, la Commission a fait tout son possible dans la limite de ses compétences pour lutter contre le chômage et « l'urgence sociale » dans certains États membres.

« Les traités de l'UE interdisent l'harmonisation dans la lutte contre le chômage », a-t-il expliqué. Selon lui, un système européen d'assurance chômage n’est « pas possible », car il s’agirait en fait d’un transfert de fonds entre certains États membres.

« Nous faisons tout notre possible, mais je ne veux pas que l'UE soit accusée de choses qu'elle n'a pas commises », a poursuivi le président de la Commission.

Répondre aux forces antieuropéennes

EURACTIV lui a demandé pourquoi il semblait sur la défensive. Il a répondu qu'il voulait lutter activement contre les critiques des eurosceptiques.

« Parce que certaines forces antieuropéennes tentent de rejeter la responsabilité [des taux de chômage élevés] sur les institutions européennes. Au nom d'une institution de l'Union européenne, nous faisons tout, je dirais même tout, pour trouver une solution aux graves problèmes du chômage, des difficultés sociales et de la pauvreté. Mais ne nous demandez pas ce que nous ne pouvons pas faire », a-t-il souligné.

« Je sais très bien que la situation sera exacerbée dans les débats publics pendant les élections européennes. Je suis sûr qu'ils diront : "le chômage, c'est à cause de l'Europe". Ce qui n'est évidemment pas le cas. Ou ils mettront en cause l'euro. Ce qui n'est pas le cas, des pays non membres de la zone euro ou de l'UE connaissent les mêmes problèmes », a-t-il soutenu.

Il a indiqué qu'il était personnellement en faveur d'une Union plus active sur le plan social, mais qu'il n'irait pas à l'encontre des traités.

« C'est dans l'objectif d'aider les forces proeuropéennes que j'insiste : donnez-nous les moyens si vous voulez que nous en fassions plus en termes de chômage. »

Contexte

Ancien premier ministre portugais, José Manuel Barroso se rapproche de la fin de son second mandat à la tête de l'exécutif européen. Il est également vice-président du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit. En théorie, il pourrait se présenter pour un troisième mandat, mais cette option semble improbable.

Il déclare qu'il est trop occupé pour envisager son avenir politique. Selon les informations d’EURACTIV, le poste de secrétaire général de l'OTAN l'intéresserait. Le consentement des États-Unis est indispensable pour obtenir ce poste.

>> Lire : Barroso refuse de dire s’il se présentera à la tête de l’OTAN

Prochaines étapes

  • 22-25 mai 2014 : élections européennes dans les 28 États membres
  • 1er novembre 2014 : la nouvelle Commission européenne entre en fonction

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