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26/07/2016

Controverse autour des affiches du parti britannique UKIP

Élections 2014

Controverse autour des affiches du parti britannique UKIP

UKIP poster

Le Parti britannique de l’indépendance (UKIP) a démarré sa campagne pour les élections européennes avec des affiches choc. Leurs opposants les jugent racistes, anxiogènes et mensongères.

UKIP, le parti souverainiste et eurosceptique britannique, a le vent en poupe. Il est aussi connu pour la personnalité sulfureuse de son chef, Nigel Farage, et sa communication agressive. Ainsi, le parti a entamé sa campagne pour les élections européennes avec une série de quatre affiches. L’une d’elles montre un travailleur de la construction avachi sur un trottoir et faisant la manche, accompagné du commentaire : « Les politiques européennes en action – les travailleurs britanniques sont frappés de plein fouet par la main d’œuvre illimitée à bas coût ».

Une autre pancarte interpelle : « 26 millions d’individus en Europe sont à la recherche d’un travail – et à qui vont-ils prendre ces emplois ? », peut-on lire.

Un troisième panneau montre l’Union Jack en train de se consumer au dessus du drapeau européen.  « Qui gouverne réellement le pays ? 75 % de nos lois sont votées maintenant à Bruxelles ».

Sur la quatrième affiche, des passagers sont assis à l’intérieur d’un bus londonien avec pour texte : « Votre train-train quotidien… ». Puis à côté vient une photo qui montre un homme en costar cravate assis au fond d’une limousine, suivi du texte : « …finance sa vie de pacha ».« Le Royaume-Uni paie 55 millions de livres chaque jour à l’UE et à ses eurocrates », peut-on lire en conclusion.

Selon la BBC, la campagne d’affiches, qui apparaitra dans des journaux et en ligne, est la plus grande jamais menée par le parti. Selon certaines sources, la campagne serait financée directement par l’ancien donateur des Tories, Paul Sykes.

Reflet de la réalité

Nigel Farage défend ces affiches et explique qu’elles « sont l’expression d’une reflexion percutante de la réalité vécue par des millions de Britanniques qui ont des difficultés à gagner leur vie en dehors de la bulle de Westminster », en référence à la sphère autour du Parlement britannique. Selon les sondages, UKIP pourrait devenir la première force lors des élections européennes, laissant la deuxième place aux travaillistes et la troisième aux conservateurs.

Le député travailliste Mike Gapes a indiqué sur Twitter qu’il espérait que « ces affiches racistes » encourageraient les électeurs, qui montrent une certaine « décence », à se rendre aux urnes.

Richard Corbett, candidat travailliste aux européennes et ancien conseiller du président du Conseil, Herman Van Rompuy, écrit quant à lui sur son blog que « pas un seul élément » des allégations du parti eurosceptique n’était vrai.

« Mais [ces affirmations] sont répétées jusqu’à la nausée parmi les médias eurosceptiques et par tant de personnalités politiques du parti conservateur et de l’UKIP que c’est presque devenu une vérité ».

Le travailliste réfute point par point les messages colportés par l’UKIP. Ainsi, il nie la déclaration selon laquelle 75 % des lois britanniques seraient écrites à Bruxelles. Pour cela, il se fonde sur des analyses publiées par la bibliothèque de la Chambre des communes, indépendante politiquement.

Les études arrivent à la conclusion suivante : seulement 6,8 % des lois et 14,1 % des actes réglementaires sont effectivement d’origine européenne. Ces chiffres comprennent toute loi qui fait mention de l’UE, que ce soit des allusions rapides ou des références les plus explicites à la transposition juridique de la législation européenne.

Quant au montant débloqué transféré par le Royaume-Uni vers l’UE, le candidat aux européennes cite la Confédération de l’industrie britannique (CBI) qui affirme que l’adhésion britannique à l’UE profite à chaque famille du pays à hauteur de 3000 livres chaque année.

« Les eurosceptiques citent seulement notre contribution au budget européen, dont une grande partie nous revient de toute manière, et taisent les profits économiques bien plus importants [générés par notre adhésion à l’UE], sans oublier ceux intangibles », écrit Richard Corbett.

Les affiches du parti eurosceptique et nationaliste ont été tournées au ridicule sur les réseaux sociaux pour leur verve pathétique. Le nombre de chômeurs dans l’UE ne devrait pas être assimilé au nombre d’immigrés potentiels au Royaume-Uni, disent de nombreuses critiques en réponse à la campagne de l’UKIP.

Une campagne anxiogène et stigmatisante menée récemment s’est révélée au final absolument infondée.Le premier ministre David Cameron s’en était pris en effet dernièrement aux immigrés, sur fond de campagne menée à bâtons rompus dans les tabloïdes. Selon ces médias, des hordes de Bulgares et de Roumains auraient dû affluer vers les îles britanniques une fois les restrictions de travail levées au 1er janvier 2014.Or, les dernières statistiques montrent que très peu de Bulgares et Roumains sont arrivés sur le territoire britannique après le 1er janvier.

La campagne de l’UKIP a aussi intrigué la presse en Europe orientale. Ainsi, des lecteurs de Dnevnik, partenaire d’EurActiv en Bulgarie, se sont interrogés sur les raisons qui poussent la campagne à se concentrer principalement sur les Européens de l’Est, et non sur les immigrants en provenance des anciens dominions de l’Empire britannique.

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