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28/09/2016

Des isoloirs au supermarché pour motiver les électeurs

Élections 2014

Des isoloirs au supermarché pour motiver les électeurs

Affiches électorales lors des européennes de 2014, Allemagne, 2014 [Travelswiss1/Flickr]

Alors que les taux d’abstention dans les pays européens ne cessent d’augmenter, le SPD veut inverser la tendance en Allemagne en plaçant les isoloirs dans les supermarchés. Mais le modèle du vote en faisant ses courses doit encore faire ses preuves. Un article d’EurActiv Allemagne

La baisse du taux de participation électorale est une tendance générale qui touche toutes les démocraties. L’Allemagne ne fait pas exception à la règle, et les dernières législatives ont été un véritable désastre en la matière : 48 % dans le Land de Brandebourg, 53 % en Thuringe, 49 en Saxe et 48 % lors des élections européennes.

Ces résultats inquiètent au plus haut point Roderich Egeler, président de l’Office fédéral des statistiques électorales, le « Bundeswahlleiter », responsable de la supervision des élections au niveau fédéral.

Lors d’une conférence à Berlin sur les statistiques des élections européennes de cette année, il a demandé à la classe politique de modifier les règles électorales.

« Toute politique qui force les électeurs à se déplacer aux urnes est une bonne politique » a-t-il déclaré.

Le style de vie des gens a fondamentalement changé ces dernières décennies, a-t-il souligné, que ce soit tant pour le volume d’heures travaillées que dans leurs activités de loisir. « Nous devons assouplir la rigidité des règles électorales. Nous devons apporter des changements au processus électoral. Par exemple, les lieux de vote doivent être définis autrement » a-t-il proposé.

Lors de son discours, il a loué en particulier le modèle suédois, que les sociaux-démocrates souhaiteraient imiter.

Ce système permet aux citoyens de déposer leur suffrage tout en faisant leurs courses pendant toute la semaine grâce à la mise en place d’isoloirs dans les supermarchés ou dans les bureaux de poste.

Selon Rorderich Egeler, de tels isoloirs pourraient être également installés dans des bâtiments publics très visités. « [De telles pratiques] pourraient ouvrir de nouvelles portes et relancer le taux de participation », a poursuivi l’Allemand.

La secrétaire générale du Parti social-démocrate allemand, Yasmin Fahimi, espère également rendre l’exercice du vote compatible avec le mode de vie des citoyens. « Nous ne voulons pas réprimander les électeurs : nous voulons lever les obstacles [qui les éloignent du vote] », a-t-elle continué, appelant les autres partis à rejoindre l’initiative sociale-démocrate.

Les médias allemands rapportent que le SPD compte soumettre bientôt une recommandation pour lancer une initiative commune non partisane afin de renforcer la participation électorale dans le pays.

Une goutte d’eau dans un océan

Cependant, Markus Steinbrecher, chercheur spécialisé sur les questions électorales, considère que les plans des sociaux-démocrates ne représentent « qu’une goutte d’eau dans un océan ».

L’installation d’isoloirs dans des centres commerciaux aura pour effet d’augmenter le taux de participation, mais d’une façon limitée. « Peut-être de deux à trois pour cent tout au plus, mais certainement pas plus », a-t-il déclaré lors d’un entretien avec EurActriv Allemagne.

L’effort pour aller à l’isoloir n’est pas la cause de la diminution du taux de participation, selon lui. Trois autres facteurs seraient à l’origine de cette tendance : l’insatisfaction généralisée parmi les citoyens vis-à-vis de la politique, du système partisan et de la classe politique, un manque d’intérêt pour la politique et enfin la disparition d’un lien entre les groupes sociaux et les partis politiques.

« Le fait qu’une personne soit issue de la classe ouvrière ne signifie pas par exemple qu’elle se déplacera aux urnes et qu’elle votera pour le SPD », a-t-il illustré.

« Une croissance du taux de participation sur le long terme et de façon durable ne pourra se réaliser que si les hommes et femmes politiques travaillent ensemble de façon plus efficace », a affirmé le sociologue.

« Les partis et candidats politiques doivent dire clairement quel est leur programme politique et quelle coalition ils souhaitent mettre en place. Les options et les différences doivent être clairement reconnaissables.

Des expériences antérieures n’ont pas toujours rencontré le succès escompté. Au tournant du siècle, le Royaume-Uni avait lancé un système expérimental dans 32 circonscriptions locales qui consistait en la mise en place de bureaux de vote dans les supermarchés deux jours avant la tenue des élections. Dans certains cas, le taux de participation avait même chuté.

Le vote obligatoire et en ligne, des résultats peu convaincants

Un certain nombre de pays européens ont mis en place le vote obligatoire. En Belgique par exemple, le taux de participation lors des élections européennes approchait les 90 %.

« Bien-sûr le vote obligatoire représente une voie pour augmenter le taux de participation. Mais [ce système] présente le risque de pousser encore plus de personnes à laisser exprimer leur frustration dans les urnes et donner leurs voix aux populistes ou à des partis extrémistes », a-t-il mis en garde.

À ses yeux, le vote obligatoire lors des législatives en Belgique est à l’origine de l’émergence de l’Alliance néo-flamande (N-VA).

Roderich Egeler rejette le vote obligatoire en Allemagne, car ce principe n’est pas compatible avec la Loi fondamentale de la République fédérale.

Les systèmes de vote en ligne représentent une autre voie qu’il n’écarte pas. Mais, les procédures électorales sur internet seraient difficiles à concilier avec les conditions imposées par la Cour de Karlsruhe, a-t-il expliqué.

La chancelière allemande et présidente de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Angela Merkel, a fait part lundi 15 septembre de son scepticisme quant aux projets de M. Egeler et du SPD.

La chef d’État a dit qu’elle ne voyait pas de solution qui garantirait le succès et motiverait les gens à se déplacer aux urnes.

La volonté de Roderich Egeler de réformer le système électoral pourrait aussi être motivée par le nombre croissant d’électeurs absents. Leur nombre a atteint un taux de 23,4 % lors des élections européennes; une évolution qui inquiète le président de l’Office fédéral des statistiques.

Même si les électeurs absents peuvent voter par procuration, selon Roderich Egeler, le bulletin de vote doit être secret.