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27/09/2016

Federica Mogherini affirme sa ligne politique face à Moscou

Élections 2014

Federica Mogherini affirme sa ligne politique face à Moscou

Federica Mogherini [European Parliament]

Lors de son audition devant les parlementaires européens, l’Italienne Federica Mogherini, candidate au poste de haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, a clarifié sa position sur les relations avec la Russie, son talon d’Achille.  

« Nous sommes confrontés à des temps particulièrement difficiles », a déclaré Federica Mogherini, citant les victimes de l’Ukraine, de l’épidémie d’Ebola ou encore les flux de migrants en provenance de pays tels que la Syrie et l’Irak.

L’Italienne, âgée de 41 ans, et future haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, a reconnu que l’UE ne pouvait pas se permettre de choisir entre l’Est et l’Ouest. « Nous devons soigner nos relations des deux côtés pour le bien de la sécurité des citoyens [européens] », a-t-elle expliqué.

>> Lire : La signature de l’accord d’association ne lève pas le flou des relations UE-Ukraine

« Nous sommes une communauté. Si un État membre est menacé, alors tous les États membres le sont », a-t-elle insisté. Une parole en guise de geste envers les pays d’Europe de l’Est, qui avaient vivement critiqué son manque d’expérience lors de sa nomination en août dernier. 

La clémence face à « l’ours russe » ?

La candidate italienne a été mise à l’épreuve par l’eurodéputé britannique Richard Howitt qui l’a interrogé sur l’attitude à adopter face à « l’ours russe ». Federica Mogherini a su montrer des qualités de dirigeante en affirmant que l’Europe devait être à la fois ferme et diplomate.

« L’équilibre des forces dépendra de la réaction de ‘l’ours russe’ », a-t-elle rétorqué. Selon elle, même si la Russie n’était plus considérée à l’avenir comme un partenaire stratégique, Moscou resterait un pays du voisinage européen doté d’un rôle stratégique.

Federica Mogherini a affirmé que l’Europe devait se préparer au pire tout en continuant à espérer le meilleur. Les sanctions européennes à l’encontre de la Russie ont eu leur effet, du point de vue économique, a-t-elle précisé.

« Si la question est : avons-nous fait les bons choix pour ce qu’est de l’économie russe ?[ La réponse est] oui… Nous pourrions lever les sanctions si la situation évolue positivement ». La haute représentante a cependant écarté toute éventualité d’une intervention militaire en Ukraine.

Cent-Jours pour construire une stratégie de cinq ans

L’UE a fait l’objet de vives critiques ces derniers mois pour ne pas avoir parlé d’une seule voix lors de la crise ukrainienne ou de celle au Proche et Moyen-Orient. Le Parlement européen espère aujourd’hui une dirigeante forte en matière de politique étrangère, capable de faire entendre la voix de l’UE sur la scène internationale. Certains eurodéputés n’ont pas hésité à mettre en avant cette question. 

Federica Mogherini, visiblement déterminée, a réaffirmé sa volonté d’amorcer une nouvelle forme de coopération avec le Parlement européen et les États membres. Elle a reconnu qu’elle devrait jongler avec ces deux dimensions afin de faire avancer l’UE dans l’arène mondiale.

La candidate a demandé  cent jours afin de réaliser une revue de l’action du Service européen pour l’action extérieure (SEAE). Elle a indiqué soutenir pleinement l’idée d’une meilleure coordination entre les institutions européennes. « Nous devons rationaliser notre travail en termes de politiques étrangères », a-t-elle analysé.

Cependant, l’ancienne ministre italienne a ajouté que pour qu’il y ait une coopération constructive, il fallait la structurer.

De son point de vue, la future haute représentante a annoncé trois actions à prendre pour mettre en place une politique extérieure de l’UE commune et concrète : une vision partagée dès le début, un travail commun sans qu’il y ait de « nous » et « d’eux », des actions et des politiques coordonnées suivies d’effets, notamment dans le domaine de l’énergie, de l’immigration et du commerce.

Federica Mogherini a promis de se présenter avec un projet complet (un livret blanc) d’ici l’année prochaine.

Pas seulement le voisinage

Si son discours a semblé davantage se concentrer sur le voisinage de l’Europe, Federica Mogherini a également cité  la Chine, les États-Unis et les pays de l’ANASE (Asie du Sud-Est), de l’Amérique du Sud et de l’Afrique. « Nous pouvons compter sur des partenariats clés tels que le partenariat transatlantique, qui est, aujourd’hui plus que jamais, stratégique », a-t-elle souligné.

Contexte

Les 27 candidats du nouvel exécutif passeront le grand oral du 29 septembre au 7 octobre devant le Parlement européen. Les eurodéputés vont mettre à l'épreuve leur expertise et sonder leurs compétences durant trois heures au sein des commissions en lien avec le poste du commissaire. Chaque commission publiera un rapport d'évaluation qui soit confortera le dossier du candidat, soit le rejettera.

La décision définitive du Parlement européen tombera le 22 octobre. La commission principale annoncera son soutien ou non au collège dans son ensemble. Si un candidat ou plus reçoit une évaluation négative, ce qui a déjà eu lieu dans le passé, le processus d'approbation est suspendu tant que le Parlement ne propose pas de nouveaux candidats.

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