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25/09/2016

Féminisation de la Commission : tour d’horizon des cancres de la parité

Élections 2014

Féminisation de la Commission : tour d’horizon des cancres de la parité

Jean-Claude Juncker. Foto: dpa

Les États membres ont jusqu’au 31 juillet pour annoncer officiellement le nom de leurs candidats aux postes de commissaires européens. À quelques jours de la date butoir, le visage de la Commission Juncker s’annonce résolument masculin. Tour d’horizon des États membres cancres de la parité.

Le casse-tête de la parité revient une nouvelle fois dans les négociations en cours sur la formation du prochain collège de commissaires européens. Malgré les appels répétés de l’Union européenne en faveur de la parité, l’équilibre des genres reste problématique au sein de l’exécutif européen.

>> Lire : Hauts postes : dernier appel en faveur des femmes

Pourtant, la difficulté à faire progresser le nombre de femmes au sein de l’exécutif européen est un véritable marronnier. En 2009, lors de la désignation de la Commission Barroso II, il s’en était fallu de peu pour que le nombre de femmes commissaires baisse par rapport au premier mandat du Portugais. Ce dernier avait dû rappeler aux États membres la nécessité de proposer des profils féminins, réussissant finalement à obtenir un tiers de femmes (9 femmes pour 19 hommes).

Pour Jean-Claude Juncker, l’équilibre du collège de commissaire est un véritable problème. Pour attirer les candidatures féminines, le président de la Commission européenne n’a pas hésité à promettre un portefeuille important aux États membres qui proposeraient des femmes au poste de commissaire.

Lors de sa campagne électorale, Jean-Claude Juncker avait promis que sa Commission serait composée de 40 % de femmes.

>>Lire :  Jean-Claude Juncker recherche des candidates pour la Commission

Mais pour l’heure, le nombre de femmes candidates à un poste de commissaire reste faible. Parmi les 28 postes de l’exécutif européen, seuls deux pays ont pour l’heure officiellement confirmé la candidature d’une femme : la République tchèque et la Bulgarie et le nombre de candidates potentielles reste très faible par rapport au nombre d’hommes.

>>Lire : INFOGRAPHIE : le casting casse-tête de la future Commission européenne

Hégémonie masculine à la tête de la Commission

Les problèmes de parité ne sont pas nouveaux au sein de la Commission. Depuis 1958, la Commission européenne a toujours été dirigée par des hommes. Depuis le premier président Walter Hallstein (1958-1967) jusqu’à Jean-Claude Juncker, aucune femme n’a jamais occupé le poste de présidente.

De même, l’entrée d’une femme au sein du collège des commissaires n’a eu lieu qu’en 1989 lors du second mandat de Jacques Delors. La Française Christiane Scrivener devient alors la première femme membre de la Commission, avec la commissaire grecque Vasso Papandreou.

Les deux commissaires obtiennent respectivement les portefeuilles de la fiscalité et l’union douanière pour la Française, tandis que la Grecque hérite de l’emploi, des relations industrielles et des affaires sociales.

En 1995, la Commission Santer compte 18 commissaires répartis entre les 15 États membres de l’époque (la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni disposent alors de deux postes chacun). Le nombre de femmes commissaires monte alors à 5, dont de nouveau une française, Edith Cresson (Recherche, Science et Technologie).

Le casting est complété par l’Italienne Emma Bonina, chargé de la pêche, de la politique des consommateurs, la Danoise Ritt Bjerregaard chargée de l’Environnement et l’Allemande Monika Wulf-Mathies à la politique régionale.                    

La Suède, qui vient d’intégrer l’Union européenne au 1er janvier 1995 envoie une femme comme premier commissaire à Bruxelles, Anita Gradin, qui récupérera le portefeuille de l’immigration, Justice et Affaires intérieures.              

>>Retrouver :  Les commissaires européens depuis 1958

Sous la Commission Prodi, le nombre de femmes grimpe sensiblement pour atteindre les 25%, avec des femmes commissaires venant d’Espagne, de Grèce, du Luxembourg, d’Allemagne et de Suède.

Lors du remaniement en 2004 suite à l’élargissement, plusieurs pays de l’Est s’illustrent en envoyant des femmes comme commissaires : la Lituanie, la Pologne et la Lettonie.

Au sein de la première Commission Barroso (2004-2009), huit femmes sont nommées au sein de l’exécutif européen et dix participeront en tout à la Commission, à la faveur du remaniement de 2007 (Suède, Luxembourg, Pologne, Lituanie, Pays-Bas, Danemark,  Autriche, Chypre, Royaume-Uni et Bulgarie).    

Bon et mauvais élèves

Parmi les « bons élèves », la Suède fait figure d’exemple, puisqu’elle a envoyé trois femmes à Bruxelles depuis son adhésion en 1995. Le Danemark et le Luxembourg se distinguent également avec deux femmes commissaires, tandis que certains « grands » États membres comme l’Italie, l’Espagne ou le Royaume-Uni ne comptent qu’une seule femme commissaire à leur compteur.

Parmi les nouveaux États membres, certains pays tels que la Bulgarie, la Pologne ou la Lituanie ont d’ores et déjà envoyé deux femmes à la Commission.

De son côté, si la France a brillé au cours de deux mandats (1989 et 1995) en nommant coup sur coup des femmes,  Paris n’a depuis envoyé que des hommes à Bruxelles. Et devrait réitérer pour ce mandat en proposant la candidature de l’ancien ministre de l’Économie, Pierre Moscovici.

« Nous partageons cette exigence de parité, mais cela ne veut pas dire que cette exigence doit forcément se porter sur le commissaire français » explique-t-on du côté de l’Élysée, rappelant que douze pays n’ont jamais envoyé de femmes à Bruxelles. ,

En renvoyant la balle aux mauvais élèves de la parité, tels que la Belgique, le Portugal ou la Finlande, qui n’ont jamais envoyé de femmes à Bruxelles, la France ne  peut cependant pas complètement se dédouaner de toute responsabilité en matière de parité. « Cela fait tout de même depuis 1999 que la France n’a pas nommé de femmes », regrette-t-on à Bruxelles.

Un score d’autant plus modeste, qu’à l’image des grands pays tels que l’Allemagne ou le Royaume-Uni, la France a longtemps bénéficié de deux postes de commissaires européens, sans pour autant appliquer les règles de la parité.

La Commission : pas une exception

L’engagement de la Commission européenne en faveur de la représentativité des femmes ne date pas d’hier. En 2010, l’exécutif européen avait adopté une charte des femmes, où elle s’engageait « à déployer tous les efforts requis pour un meilleur équilibre entre les femmes et les hommes au sein de la Commission »

Du côté des autres institutions européennes, la parité peine aussi à se mettre en place. Au Parlement européen, pour la période 2009-2014, les femmes ne représentaient que 35 % des élus. Une proportion qui s’est à peine améliorée lors des dernières élections européennes, puisque le la part de femmes au sein de l’hémicycle a atteint 37%.

Les postes à responsabilité au sein du Parlement se retrouvent également occupés par une majorité d’hommes, que ce soit  à la tête des groupes parlementaires, où les femmes n’occupent que 2 présidences sur 7, ou encore aux vice-présidences du Parlement européen ( 9 hommes/5 femmes).  

Contexte

Le Parlement élit le président de la Commission sur la base d'une proposition du Conseil européen votée à la majorité qualifiée. Le choix du candidat à la présidence de la Commission devrait prendre en compte les résultats des élections du Parlement européen.

Ensemble avec le futur président de l'exécutif, le Conseil adopte ensuite la liste des autres membres du collège des commissaires. Ce sont les États membres qui proposent leur candidat commissaire. L’ensemble de la Commission est également soumis à l'approbation du Parlement européen.Le collège des commissaires est ensuite officiellement désigné par le Conseil européen à la majorité qualifiée.

 >> Lire notre Links Dossier : hautes fonctions européennes : à qui le tour ? et notre page sur la nouvelle Commission

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