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29/09/2016

Juncker et Schulz tombent à bras raccourcis sur Van Rompuy

Élections 2014

Juncker et Schulz tombent à bras raccourcis sur Van Rompuy

Competitors for the European Commission presidency.

Martin Schulz et Jean-Claude Juncker, têtes de liste pour les européennes, ont vivement réagi aux propos tenus par le président du Conseil, Herman Van Rompuy. Ils défendent bec et ongles la désignation d’une tête de liste pour la présidence.

Martin Schulz (socialiste-démocrate) et Jean-Claude Juncker (Parti populaire européen) ont conjointement dénoncé la position d’Herman Van Rompuy sur le mode de désignation du futur président de la Commission.

Selon les deux candidats, le président du Conseil ne peut pas contourner le choix des électeurs. De plus, ils affirment que le prochain président de l’exécutif aura besoin d’une solide majorité au sein du prochain Parlement.

D’après l’ancien premier ministre luxembourgeois de centre-droit, l’élection d’un candidat qui serait aussi tête de liste pour les élections européennes représente un pas en avant vers la démocratie.

« La vieille époque où le président de la Commission était élu par des diplomates en coulisse, est enfin révolue », a-t-il expliqué lors d’un entretien au Süddeutsche Zeitung.

Herman Van Rompuy avait un peu plus tôt traité avec dédain les tentatives des partis européens à vouloir nommer un candidat pour le siège de la présidence de la Commission européenne.« Les citoyens comprennent très clairement la différence entre le Parlement européen et ceux qui prennent les vraies décisions, » avait-il alors déclaré.

Le prochain président de l’exécutif européen sera en effet désigné par les dirigeants européens. Mais le Parlement européen aura son mot à dire (voir « Contexte).

Ces derniers mois, Herman Van Rompuy a constamment opposé des objections à la nouvelle procédure, une position étonnamment militante pour quelqu’un connu pour être un diplomate invétéré.

Martin Schulz a déclaré pour sa part au Süddeutsche Zeitung que les déclarations de M. Van Rompuy n’engageaient que « sa propre opinion, qui est fondée sur son interprétation, elle-même adaptée aux missions propres à son poste [de président du Conseil]. Nombre au sein même du Conseil européen ont un autre point de vue.Encore plus important, les électeurs européens envisagent la question différemment ».

« Nous avons été déçus d’entendre de tels propos de la part de M. Van Rompuy », a dit, pour sa part, Julian Priestley, l’ancien secrétaire général du Parlement européen qui mène la campagne de Martin Schulz.« Il semble continuer à renier la volonté des électeurs européens et à ne pas accepter la nouvelle légitimité démocratique qui découlera des élections à venir », a expliqué Julian Priestley à EurActiv.

 Les cinq autres candidats à la présidence sont le Belge Guy Verhofstadt pour les libéraux, le binôme franco-allemand constitué par José Bové et Ska Keller pour les Verts, et le Grec Alexis Tsipras pour la gauche radicale.Tous sont actuellement en campagne dans les différents États membres européens afin d’apporter leur soutien aux partis nationaux. Objectif : inciter les électeurs à se rendre aux urnes en mai prochain.

« M. Schulz et moi-même sommes en campagne à travers toute l’Europe afin de faire prendre conscience des enjeux des élections », a souligné le Luxembourgeois. Celui-ci a poursuivi « chaque citoyen peut prendre part au choix de la personne qui sera à la direction de l’Europe pour les prochaines cinq années ».

Les partis européens ont un accord informel : le parti qui remporte le plus de sièges peut soumettre son candidat à la tête de l’exécutif européen.

Les derniers sondages donnent le PPE gagnant avec 222 sièges potentiels, suivi par les socialistes avec 209 eurodéputés.Les libéraux de l’ADLE sont crédités de 60 sièges, la gauche radicale avec la GUE-NGL d’environ 50 représentants, enfin les Verts et les conservateurs devraient avoir chacun environ 40 sièges.

Moment crucial

Entre le 22 et le 25 mai, les citoyens européens vont élire le nouveau Parlement européen, soit 751 eurodéputés.Le 27 mai sera toutefois une date décisive pour l’exécutif européen : les dirigeants européens se réuniront à Bruxelles pour désigner le prochain président de la Commission.

 Le nouveau président désigné par les États membres à la Commission devra cependant recevoir au moins le soutien de 376 eurodéputés pour espérer être élu.Il est très probable qu’une grande coalition porte un candidat – Martin Schulz, Jean-Claude Juncker ou quelqu’un d’autre.Une coalition des socialistes, des libéraux, des Verts et de la gauche radicale pourrait soutenir Martin Schulz. Mais, les sondages indiquent qu’il y a peu de chances que ce soit le cas.

 Ceci étant dit, les partis politiques ont toujours gardé une porte ouverte à de possibles coalitions en vue de soutenir un candidat.« Nous allons après nous atteler à constituer une coalition qui représentera la majorité nécessaire afin d’élire Martin Schulz et d’aiguiller l’UE sur une nouvelle voie, grâce à cette innovation des fondements démocratiques », a expliqué Julian Priestley.

 Au bout du compte, tout dépendra de l’engagement du Parlement européen et des 28 chefs d’État et de gouvernement.En somme, que se passera-t-il le 27 mai ?

  • Le matin : la conférence des présidents des partis se réunissent au Parlement européen Bruxelles dans le cadre d’une session extraordinaire.la réunion comprendra les têtes de liste des sociaux-démocrates et des libéraux, respectivement Martin Schulz et Guy Verhofstadt, ainsi que des poids lourds de la politique tels que Joseph Daul (PPE) et Rebecca Harms (les Verts).
  • L’après-midi : les partis paneuropéens se retrouvent généralement aux sommets respectifs qui regroupent leurs partis membres en amont de la réunion visant à désigner le prochain président de la Commission.Ces différents sommets se font en présence des dirigeants européens, un moment crucial pour le leadership des partis et l’entourage des candidats en vue de recevoir le soutien nécessaire pour un accord avec le Parlement.
  • Le soir : les chefs d’États et de gouvernements se réunissent autour du président du Conseil, Herman Van Rompuy, pour un « dîner informel » et discutent des élections.La question clé sera : les dirigeants européens adhéreront ils au processus de « Spitzenkandidaten » ou non ?

Si tout se déroule comme prévu, les partis politiques devront en premier avoir trouvé un accord et réuni les votes nécessaires au Parlement.Une fois l’accord trouvé, les chefs d’États et de gouvernements donneront leur bénédiction (ou non) au candidat avancé par le Parlement.

Mais des « candidats-surprises » pourraient aussi surgir à la dernière minute si aucun de ceux présentés ne trouve assentiment du côté des dirigeants européens.Parmi ceux-ci, on pourrait retrouver la directrice générale du FMI, Christine Lagarde (centre-droit) ou l’ancien président de l’OMC, Pascal Lamy (socialiste).

Les partisans d’un candidat unique ne veulent pas envisager un tel scénario.« Au moins 27 des 28 chefs d’État et de gouvernement ont donné leur accord pour un tel système [d’élection] », a indiqué Julian Priestley.« Ce serait une farce s’ils revenaient sur leurs engagements en juin ».

Si un candidat-surprise devait être avancé, l’UE se retrouverait alors dans un blocage institutionnel et Herman Van Rompuy aurait à faire face aux partis politiques européens une fois de plus. 

Contexte

Les élections européennes de mai 2014 seront les premières organisées depuis le traité de Lisbonne, qui renforce le pouvoir du Parlement dans le processus de nomination du président de la Commission.

Avant décembre 2009, date de l'entrée de vigueur du traité de Lisbonne, les dirigeants des États européens choisissaient le président à huis clos dans le cadre d'un accord sur l'ensemble des hautes fonctions européennes à pourvoir.

En vertu de l'article 17, paragraphe 7 du TUE, les dirigeants des États européens doivent maintenant « tenir compte » des résultats des élections européennes et désigner leurs candidats à l'issue de « consultations appropriées ».

Prochaines étapes

  • 22-25 mai 2014 :élections européennes dans les 28 États membres
  • 27 mai 2014 : conférence réunissant les présidents des groupes du Parlement européen lors d'une session extraordinaire
  • 27 mai 2014 : les partis tiennent des réunions en amont du sommet visant à désigner le prochain président de l’exécutif, les chefs d'État et de gouvernement y prennent part en vue de discuter des résultats des élections
  • 27 mai 2014 : les chefs d'État européens se réunissent lors d'un sommet extraordinaire pour analyser les résultats des élections.