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27/09/2016

L’élection de Juncker révèle une coalition fragile au Parlement européen

Élections 2014

L’élection de Juncker révèle une coalition fragile au Parlement européen

Jean-Claude Juncker au Parlement européen, après son élection à la tête de la Commission européenne - 15 juillet 2014 - © EurActiv.fr

Sur 74 députés européens français, une minorité a soutenu Jean-Claude Juncker. La coalition entre la droite, le centre et la gauche modérée semble déjà craquelée.

Le nouveau président de la Commission, Jean-Claude Juncker, n’a pas de chèque en blanc de la part de la France. Sur les 74 eurodéputés, une majorité a voté hier contre lui, ou s’est abstenue. Seuls les 20 députés UMP et les 7 députés centristes ont assurément voté pour lui, une tendance qui va à l’inverse de celle qui s’est dessinée au Parlement européen, où 422 élus sur 751 ont choisi le candidat luxembourgeois.

Les eurodéputés d’extrême droite, de gauche radicale et de gauche ont principalement voté contre ou se sont abstenus. C’est pour ce dernier choix qu’ont opté les socialistes français présents à Strasbourg, qui montrent la fragilité de la coalition qui a porté Jean-Claude Juncker au pouvoir.

« Il y avait des expressions différentes donc j’ai proposé que l’on se retrouve dans l’abstention. Nous voulons garder des cartes en main. Il faut aujourd’hui profiter de la dynamique transalpine qui nous permettra de  demander la réorientation de l’Europe » assure Pervenche Beres, chef de la délégation socialiste française au Parlement européen.

>>Lire: Juncker tente de remporter l’adhésion des partis politiques européens

La position des socialistes s’explique aussi pour des raisons de politique intérieure, tant il semblerait  aujourd’hui difficile d’expliquer aux électeurs un éventuel soutien au candidat de droite.

Le programme de dernière minute, présenté par Jean-Claude Juncker aux eurodéputés, mardi 15 juillet à 8 heures du matin, n’a pas convaincu.

« Jean-Claude Juncker a avancé sur les thématiques sociales. Mais il n’a pas évoqué la question de la révision du budget européen, qui est importante à nos yeux. Il n’a pas donné de précision sur les mécanismes de flexibilité. Enfin, il a évoqué un plan d’investissement de 300 milliards d’euros sans expliquer d’où ils viendraient » s’est étonné Guillaume Balas, élu eurodéputé en Ile-de-France.

>>Lire aussi : les eurodéputés français veulent remettre la barre à gauche

Proche de Benoit Hamon, Guillaume Balas l’est aussi des « frondeurs » qui contestent régulièrement les choix politiques de leur propre majorité.

Une coalition majoritaire craquelée

Les socialistes dans leur ensemble ont visiblement le moins respecté les consignes de vote des trois grands partis de la coalition soutenant Jean-Claude Juncker. Car les mathématiques du Parlement européen sont imparables : la coalition devait théoriquement emporter l’adhésion de 479 eurodéputés. 57 voix ont fait défaut pour ce premier vote, soit plus d’un eurodéputé sur 10 au sein de la coalition.

A l’exception de la droite hongroise, qui a voté contre lui, sa famille politique, le Parti populaire européen (PPE) a assuré avoir voté pour lui dans sa grande majorité, tout comme le groupe centriste, qui s’en est même félicité.

« En votant pour Juncker aujourd’hui, nous consolidons la démocratie européenne et le fait que les électeurs ont pu choisir le président de la Commission » a précisé Guy Verhofstadt, président du groupe des libéraux (ALDE) au Parlement, à l’issue du vote. Un soutien que le Belge a cependant conditionné à « la capacité [de Juncker] et sa détermination à restaurer la méthode communautaire ».

Rébellion des Français et des Espagnols

Sur les 57 rebelles, on compte a priori 13 Français et une dizaine d’Espagnols du groupe S&D, qui représentent donc près de la moitié de la contestation.

Le nouveau président du groupe S&D au Parlement européen, Gianni Pitella, s’est de son côté défendu de cette analyse, rappelant que « personne n’était dans les urnes ». En effet, l’élection du président de la Commission européenne, tout comme celle du président du Parlement européen, se déroule à bulletin secret. 

Il a assuré que les membres de son groupe seraient  « combatifs, loyaux et exigeants ». Il a aussi rappelé que la droite hongroise du Fidesz n’avait pas soutenu Juncker.

Les Verts français ont voté en ordre dispersé, alors que les socialistes espagnols ont voté contre Juncker. La faible cohésion de la coalition ne devrait pas faciliter la tâche du nouveau président, qui a eu un échange acerbe avec Marine Le Pen en session plénière. Il l’a en effet remercié de ne pas voter pour lui, parce qu’il n’aurait pas souhaité être élu par des défenseurs de l’intolérance. « Je ne veux pas avoir l’assentiment de ceux qui rejettent, qui excluent. Merci, Madame, de ne pas voter pour moi » a-t-il asséné.

Une position française fragile

La position des socialistes français au Parlement européen place l’Elysée, qui affirme soutenir le programme de Jean-Claude Juncker, dans une position délicate.  La défiance revendiquée à l’égard du nouveau président de la Commission pourrait être un obstacle dans la course au poste que l’Hexagone revendique aux affaires économiques.

En conférence de presse, Jean-Claude Juncker a affirmé « qu’il n’avait promis aucun poste à personne contrairement à ce qu’avait compris certains médias français », évoquant le cas de l’ancien ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, candidat déclaré à un portefeuille économique au sein du prochain collège de commissaires.

Il a aussi réitéré son appel à des candidates féminines pour la formation de la nouvelle Commission européenne, qu’il souhaite voir terminée fin juillet.

Contexte

Les partis de droite (PPE), gauche (S&D) et les libéraux du centre se sont accordés pour former une coalition au Parlement européen, permettant l'élection du socialiste Martin Schulz à la présidence du Parlement européen, puis celle du luxembourgeois Jean-Clade Juncker à celle de la Commission européenne. La coalition a surtout pour but une répartition des postes entre les différents partis.

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