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25/08/2016

L’influence des eurosceptiques restera faible au Parlement

Élections 2014

L’influence des eurosceptiques restera faible au Parlement

Hémicycle du Parlement européen à Strasbourg

Si la famille des eurosceptiques s’agrandit au Parlement européen, leur influence restera modeste, en l’absence de minorité de blocage.

La victoire dans les urnes des partis eurosceptiques, notamment en France, au Royaume-Uni et au Danemark ne devrait pas changer profondément le fonctionnement du Parlement européen.

Avec environ 140 élus à l’issue du scrutin de mai 2014, les différents partis eurosceptiques resteront minoritaires au Parlement européen, qui compte un total de 751 eurodéputés.  

« Leur pouvoir de nuisance va être faible. Ils n’auront qu’un petit effet de ralentissement sur le processus  » affirme Henri Weber, eurodéputé socialiste sortant. « Ils vont être un peu plus gênants, et venir en séance avec leurs petits drapeaux nationaux, comme l’a déjà fait l’UKIP de Nigel Farage lors de la dernière mandature » relativise le socialiste.

Pas de minorité de blocage au Parlement européen

Au-delà des effets de show, le processus législatif devrait lui aussi n’être affecté qu’à la marge par la hausse du nombre d’eurodéputés issus de partis antieuropéens. En effet, les votes qui se déroulent en séance plénière à Strasbourg se déroulent à la majorité absolue des suffrages exprimés. 

Avec 751 sièges d’eurodéputés répartis entre les 28 États membres de l’Union européenne, le vote eurosceptique ne pourra pas atteindre la majorité absolue qui se situe à 376 sièges. Bien loin des 140 élus issus de partis de droite europhobe.

« Le Front national n’est absolument pas le parti dominant en Europe. Le parti qui est arrivé en tête de cette élection est le PPE, suivi par le PSE et enfin l’ALDE, » martèle l’eurodéputée centriste Nathalie Griesbeck, réélue dans l’Est.

>>Lire : Les eurosceptiques arrivent en force au Parlement européen

Et à l’inverse du Conseil de l’Union européenne, le Parlement européen n’a pas dans ses statuts prévu de minorité de blocage, qui peut permettre à un nombre minoritaire d’élus de s’opposer aux décisions adoptées par la majorité.

Au niveau européen, seuls trois états sur 28 peuvent bloquer une décision au Conseil. Durant sa campagne, Marine Le Pen a régulièrement assuré que son parti aller “représenter cette minorité de blocage qui va éviter plus d’austérité, plus de perte de substance pour la France” comme dans le JDD le 4 mai. Ce qui s’avère impossible en pratique.

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Pas de coalition possible

Pour peser de manière réelle dans les votes en plénière, les élus eurosceptiques n’auraient comme solution que le recours à la concertation et à la négociation avec les différents groupes parlementaires.

Cette culture du compromis entre les différents groupes politiques est indispensable, puisqu’aucun d’entre eux ne possède seul la majorité absolue.

« Résultat, 70 % des décisions adoptées se font via un accord entre les trois principaux groupes (centre-droit, socialistes  et libéraux) » rappelle Yves Bertoncini, directeur du think tank Notre Europe. Mais cette option de collaboration semble d’ores et déjà écartée par les partis traditionnels.

«Je ne travaillerai pas avec l’extrême droite » a affirmé le candidat du Parti populaire européen au poste de futur président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lors d’une interview à France Info avant le scrutin, et ce quels que soient les résultats des élections européennes.

 Pour Nathalie Griesbeck, la montée des eurosceptiques pourrait d’ailleurs bipolariser le Parlement européen. « Nous aurons un véritable clivage entre deux blocs, celui des pro-Européens d’un côté et celui des eurosceptiques de l’autre» souligne-t-elle.  

« Peut-être que nécessité fera loi, mais dans des cas très limités, car les divergences de fonds sont trop profondes » explique Yves Bertoncini.

Question du groupe parlementaire en suspens

Trop faible pour peser seul dans les votes, et trop isolé pour nouer des alliances, une partie des élus d’extrême droite au Parlement européen tente, sous la houlette de Marine Le Pen, de constituer un groupe parlementaire.

Les différents partis politiques ont jusqu’au 1er juillet pour constituer des groupes parlementaires, qui doivent rassembler un minimum de 25 eurodéputés issus d’au moins un quart des États membres de l’UE, soit 7 pays différents. Une gageure pour ces partis dont les idéologies sont très disparates.

Jusqu’ici non-inscrits, les eurodéputés du Front national espèrent cependant fédérer leurs alliés historiques au sein de l’hémicycle — le Parti autrichien de la Liberté (FPÖ) et le Vlaams Belang en Belgique – ainsi que d’autres partis d’extrême droite anti-européen (Parti pour la liberté néérlandais, La Ligue du Nord italienne, les Démocrates Suédois, etc) .

>>Lire : Des résultats provisoires contrastés pour les alliés du FN

Rien n’est cependant gagné. «On présente ces élus europhobes comme un camp, mais ils ne le sont pas » rappelle Yves Bertoncini. « Il y a trois pays où les europhobes de droites sont arrivés en tête des élections : la France avec le Front National, l’UKIP de Nigel Farage au Royaume-Uni, et enfin le parti populaire danois » souligne Yves Bertoncini.

« Pour l’heure l’UKIP et le parti populaire danois jugent le FN infréquentable. Il faut ajouter à cela les partis d’extrême droite tels qu’Aube Dorée en Grèce ou le Jobbik en Hongrie, eux-mêmes jugés infréquentables par le FN, et que se retrouveront certainement dans les non-inscrits » poursuit-il.

Changements marginaux

 « Mais la création d’un groupe parlementaire ne changera pas fondamentalement la donne. Cela leur donnera un peu plus de moyens et une influence vocale » souligne Yves Bertoncini. La constitution d’un groupe parlementaire donne en effet droit à un certain nombre d’avantages au sein du Parlement, comme une subvention annuelle de fonctionnement.

Autres avantages, l’accès à la conférence des présidents, qui décide de l’agenda de la plénière. Pour le reste du travail parlementaire (obtention de rapports, dépôt d’amendements et temps de parole en plénière), la création d’un groupe facilite la tâche des eurodéputés, même si ces derniers peuvent également le faire en tant que « non-inscrits ».

En d’autres termes, le poids institutionnel des eurosceptiques restera « marginal ». Un constat renforcé par l’absence de travail parlementaire qui a caractérisé les élus du Front national lors de la dernière mandature.

 « On le sait d’expérience, les députés européens FN ne travaillent pas. Donc nous aurons une équipe française au Parlement européen qui comptera plus de 20 députés en moins » a expliqué à EurActiv Constance Le Grip (UMP), réélue en Ile-de-France

« Est-ce qu’on est vraiment 74 députés européens aujourd’hui ? Ou est-ce que l’on est dans un match de foot où une partie de l’équipe va rester au vestiaire ? » s’est interrogée la centriste Sylvie Goulard, réélue dans le Sud-Est. 

Contexte

Les élections européennes qui se sont déroulées le 25 mai en France ont été marquées par l'arrivée de 24 eurodéputés Front national, alors que le parti d'extrême-droite en avait 3 lors de la précédente législature. Avec 20 % des voix l'UMP aura 20 sièges, contre 13 pour le parti socialiste dont la délégation ne change pas de format. Les Verts passent de 16 à 6 élus, et les centristes à 7. Du côté de la gauche radicale, seulement 4 eurodéputés siégeront au Parlement de Strasbourg.