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26/08/2016

La cause des femmes en Europe progresse lentement

Élections 2014

La cause des femmes en Europe progresse lentement

L'eurodéputée Licia Ronzulli et sa fille au Parlement européen

Les femmes sont plus présentes au Parlement européen qu’en France. Mais les féministes dénoncent les politiques de rigueur qui les ont plus affecté que les hommes. Et réclament des mesures radicales.

L’image de l’eurodéputée italienne Licia Ronzulli accompagnée de son bébé au Parlement européen a fasciné les photographes de l’institution durant la dernière législature. Et on les comprend : 63 % des parlementaires actuels sont des hommes, souvent quinqua et en costume gris. La candidate de Forza Italia, le parti de Berlusconi, y a surtout gagné en popularité.

« Mais cela montre aussi  qu’il n’y a pas de crèche au Parlement européen » souligne, dubitative, Caroline de Haas, fondatrice du mouvement Féministes pour une Europe solidaire et candidate pour les élections européennes en France. La cause des femmes en Europe reste un combat inachevé selon elle, d’autant que les dernières années ont vu l’UE prendre des décisions qu’elle qualifie de sexistes.

La rigueur, une politique sexiste ?

« Toucher les fonctionnaires, c’est avant tout toucher les femmes ! Quand on mène une politique de rigueur et que l’on réduit les salaires des fonctionnaires, on touche une population féminine à 70 % en Europe, à 65 % en France » rappelle Caroline de Haas.  Toucher les services publics dessert également la cause des femmes, qui assument 80 % des tâches domestiques ; réduire l’offre de crèches, de maternités ou d’écoles risque donc d’affecter plus les femmes que les hommes.

Les décisions de cette rigueur budgétaire ont aussi été avalisées par des femmes : elles sont 37 % au Parlement européen, contre 24 % en France. Et l’Allemagne, dont l’influence est majeure sur les questions budgétaires, est dirigée par une femme, Angela Merkel. Ce qui montre que « le sexe n’est pas une garantie de féminisme, il ne suffit pas d’être une femme pour faire de bons choix politiques» prévient Caroline de Haas, pour qui un Parlement européen qui compte dans ses rangs Marine Le Pen ne fera pas avancer la cause des femmes. Lorsqu’on lui dit que des femmes de droite peuvent être féministes, Caroline de Haas répond du tac-au-tac « Manuel Valls se dit bien socialiste !».

Si le débat idéologique reste vif, les féministes s’entendent néanmoins sur une chose : le fait que les choses ne peuvent évoluer sans mesures radicales.

Consensus pour des mesures radicales

Au rang des mesures à prendre, la liste est longue. Caroline de Haas plaide pour intégrer le droit à l’avortement dans la Charte européenne des droits fondamentaux par exemple alors que l’Espagne vient de le remettre en cause. Mais aussi pour une évaluation systématique des politiques publiques en matière d’égalité homme/femme.

« En 2000 lorsqu’on a institué la parité sur les listes électorales en France j’étais contre. Et bien je me suis trompée » reconnait Elisabeth Morin-Chartier, eurodéputée UMP et présidente de l’association European Union of Women. Elle défend désormais l’idée d’imposer la parité systématiquement, par la loi, en s’attaquant surtout à la question des carrières. Notamment au sein de la Commission européenne, dont « le ou la présidente devrait être chargé de mettre en place la parité au sein de son équipe de commissaires ».

L’avocate féministe Gisèle Halimi ne disait pas autre chose dans son opus « La clause de l’européenne la plus favorisée » une  vaste étude sur la situation du droit des femmes en Europe. Elle y conseillait de transcrire systématiquement, en droit européen, les clauses des européennes les mieux loties afin d’améliorer la condition des femmes. Un chantier qui reste partiellement en friche aujourd’hui.

Congé maternité et conseil d’administration, des luttes en stand-by

Lors de la dernière législature, le Parlement européen s’est attaqué à la question du congé maternité, afin de tenter d’harmoniser les situations.

Les situations sont disparates en Europe sur le sujet, puisque les congés maternité vont de 12 à..58 semaines en Bulgarie. Une dernière solution qui n’est pas perçue comme optimale pour les femmes, qui se voient exclues du marché du travail trop longtemps. La solution des pays scandinaves, d’une vingtaine de semaines, a séduit une majorité de députés qui a voté pour cette option fin 2013, alors que les autres institutions européennes, la Commission et le Conseil, étaient d’accord pour unifier le mécanisme à 16-18 semaines, comme en France.

« J’en veux à certains députés de gauche et de droite qui ont voté pour une option qui n’était pas négociable avec le Conseil et la Commission, parce que le résultat c’est que rien n’a bougé. C’est donc un chantier que nous remettrons sur la table immédiatement lors de la prochaine législature » avance Elisabeth Morin-Chartier, qui est candidate dans la circonscription Ouest.

Meilleure reconnaissance des femmes au Parlement européen

Si le Parlement européen chemine lentement en faveur de la cause des femmes, il a le mérite de « reconnaître une vraie place aux femmes qui travaillent leurs dossiers, il y a plus sans doute plus de reconnaissance qu’en France » assure Elisabeth Morin-Chartier.

Au niveau des autres institutions, la situation est moins brillante. Les commissaires sont le plus souvent des hommes, et il n’existe pas de commissaire au droit des femmes, ce que les féministes regrettent. « La France devrait contribuer à casser les stéréotypes en envoyant une femme à la Commission » assure Caroline de Haas, qui constate néanmoins que les deux candidates féminines actuelles, soit Elisabeth Guigou et Pervenche Béres, ne sont pas forcément les mieux placées sur le sujet. D’autant que le candidat Pierre Moscovici, actuellement casé auprès du Premier ministre Manuel Valls dans le cadre d’une « mission Europe », travaille avec soin sa propre candidature.

Des femmes en embuscade ?

Dans les autres pays européens, comme en France, la question de la parité préoccupe moins que le type de poste obtenu par pays. Et force est de contester qu’aucun nom féminin n’est officiellement en lice aujourd’hui pour diriger la Commission, à l’exception de Ska Keller, la candidate des Verts, dont les chances sont réduites par rapports aux ténors que sont Martin Schulz et Jean-Claude Juncker. Reste que des « candidates bis » pourraient sortir d’une éventuelle embuscade des chefs de gouvernement, si aucun des candidats actuels ne parvient à s’imposer après l’élection européenne. Soit Christine Lagarde à droite et Helle Thorning Schmidt, la première ministre social démocrate du Danemark, pour la gauche.

Contexte

La commissaire Viviane Reding, en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, était notamment en charge des questions d'égalité homme-femme dans la commission Barroso II. Les féministes critiquent la lenteur des avancées de l'Europe en la matière. Si le sujet est souvent abordé au Parlement européen, les résultats concrets sont rares. La parité sur les listes électorales imposée en France n'est pas répandue. Et les femmes commissaires et à haute responsabilité sont rares.

Plus d'information

Commission européenne

  • Rapport 2013 sur l'application des droits fondamentaux en Europe