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25/09/2016

La création d’une assurance chômage européenne commence à séduire

Élections 2014

La création d’une assurance chômage européenne commence à séduire

Une bureau d'assurance chômage en Espagne

L’assurance chômage commune à tous les pays européens pourrait amortir les crises. Et fournir une réponse à la maigreur du volet social en Europe.

Si les candidats de tous bords aux élections européennes ne cessent d’appeler à une Europe plus sociale qu’économique, les propositions sont rarement concrètes. À la faveur des élections européennes, certaines idées refont néanmoins surface, comme celle de l’assurance chômage européenne, qui tient une bonne place parmi certains groupes de pensée, comme le groupe allemand Glienicker ou le groupe Eiffel.

L’économiste Florian Mayneris s’est penché sur le sujet pour une note publiée par le think-tank Terra Nova, et il estime que cette hypothèse renforcerait l’efficacité économique de la zone euro et participerait à la relance politique de l’Europe.

Besoin d’amortisseur

Le point de départ de son raisonnement est économique : la dernière crise financière révèle le besoin d’amortisseur au sein de la zone euro. L’interdépendance financière créée par l’émergence d’une monnaie unique a aussi ses faiblesses.

Notamment en cas de problème asymétrique : il est devenu compliqué d’intervenir sur l’économie d’une partie de la zone euro seulement. Mais également en cas d’un problème macroéconomique généralisé, comme c’est le cas aujourd’hui.

« Malgré les taux d’intérêt historiquement bas fixés par la BCE, le pessimisme des agents et la situation dégradée du bilan des banques empêchent les investissements et l’activité de repartir, et dans une telle situation la politique budgétaire est le seul outil capable de fonctionner », rappelle l’économiste.

Problème : les règles du Pacte de Stabilité empêchent tout programme de relance économique.

La solution : des outils de relance communs

Pour mettre en place des outils budgétaires compatibles avec les règles de la monnaie commune, il faut nécessairement dégager une capacité budgétaire européenne. Dont le principe serait équitable : selon l’auteur, les pays doivent percevoir sur le long terme autant qu’ils ont contribué. Contrairement aux fonds structurels européens, destinés à tirer vers le haut les zones les moins favorisées, les outils mis en place à l’aide du budget européen ont pour objet d’amortir les crises, non pas de modifier la répartition des richesses. Selon les économistes, le budget nécessaire pour un tel projet représenterait entre 0,2 % et 2 % du PIB des pays participants.

SOS « assurance PIB »

L’objet du budget européen pourrait être de compenser d’une année sur l’autre les écarts entre le PIB prévu et le PIB réel, en cas de conjoncture particulièrement défavorable. Les variations brutales de PIB seraient ainsi lissées, à la hausse comme à la baisse, et les conséquences négatives des chocs amoindries : il y aurait moins de faillites d’entreprises, de licenciements et donc moins de chômage.

Une assurance chômage commune plus efficace

L’hypothèse de s’attaquer directement au problème, plutôt qu’à son origine macroéconomique semble néanmoins une meilleure solution.

Selon une étude du CEPS diffusée par le Parlement européen, « la création d’un régime minimum commun d’assurance chômage pour la zone euro pourrait agir à la manière d’un stabilisateur automatique ». Sa mise en place aurait permis d’éviter 15 milliards de pertes de PIB durant la dernière crise. En effet, le chômage est aussi source de ralentissement économique, puisqu’il diminue les revenus et pèse sur le niveau de consommation, donc in fine sur l’activité.

Et selon les estimations d’une étude publiée en 2013, un quart de la baisse de PIB aurait pu être évitée en Espagne grâce un mécanisme d’assurance chômage commun.

Les modalités de cette assurance chômage font débat, mais un consensus semble se former autour du fait qu’elle devrait être minimale puis complétée par les systèmes nationaux.

Le revenu de base en question

L’idée d’une assurance chômage commune n’est pas si éloignée d’un revenu minimum européen, une idée défendue lors d’une Initiative citoyenne européenne en 2013 qui avait rassemblé plus de 300.000 signatures. Le philosophe Philippe van Parijs évoquait l’idée d’un « eurodividende » qui permette d’échapper à la crise, et qui serait financé par la TVA.

« Il faut que ce soit un système simple, ce ne doit pas être un super État providence. Le montant doit être modulé autour des 200 euros, selon les parités de pouvoir d’achat » indiquait le philosophe.

>>Lire l’intégralité de l’interview de Van Parijs (anglais)

« L’idée d’une assurance chômage européenne est sans doute une bonne idée, pourquoi pas » ajoute Stanislas Jourdan, administrateur de l’association Revenu de base en France. Le militant estime néanmoins que la notion de travail dépasse le carcan de l’emploi, et qu’il faut donc élargir le concept.

Le parti Nouvelle Donne et le Parti Pirate ont introduit dans leur programme l’idée d’un revenu de base, qui soit distribué en francs pour Nouvelle Donne.

Dans les partis plus traditionnels, seuls les Verts soutiennent sans hésiter l’initiative, ainsi que le Mouvement européen et certains représentants de l’UDI. L’idée d’un revenu de base fait encore débat au PS et à l’extrême gauche, moins à l’UMP.

Contexte

Les candidats aux élections européennes de droite comme de gauche ne cessent d'appeler à une Europe plus sociale, alors que l'Europe est plus vue comme une source de dumping social pour certains, notamment autour de la question des travailleurs détachés. La mise en place du système de garantie pour la jeunesse, en cours, représente une des avancées de la dernière législature sur le volet social de l'Europe. Pour aller plus loin, la question d'une assurance chômage commune fait doucement son chemin, tout comme l'idée d'un revenu de base européen.

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