EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

05/12/2016

La nouvelle Commission européenne joue sur les affectations paradoxales

Élections 2014

La nouvelle Commission européenne joue sur les affectations paradoxales

L'organigramme de la nouvelle Commission européenne ©Commission européenne

Jean-Claude Juncker s’entoure d’une vraie garde rapprochée de vice-présidents, qui auront un droit de regard sur ce que font les autres. Plusieurs commissaires héritent de portefeuilles à contre-emploi de leur profil.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a présenté un casting d’un nouveau genre à la tête de l’exécutif européen, avec une équipe resserrée de 7 vice-présidents aux compétences transversales, et des portefeuilles attribués de façon parfois surprenante.

Nouveauté institutionnelle

Le collège des 27 commissaires européens est organisé pour la première fois sous la forme de « clusters ».  Les vice-présidents auront un super pouvoir par rapport aux autres : ils pourront notamment interdire certaines mesures législatives des commissaires, ce qui leur donne une sorte de droit de veto.

Le néerlandais Frans Timmermans sera le premier vice-président, « il sera mon bras droit » a indiqué le nouveau président de la Commission. Une fonction qui n’a jamais existé jusqu’alors à la tête de l’exécutif européen.  Les vice-présidents sont tous d’anciens Premiers ministres dans leurs pays, ce qui montre la volonté de Juncker d’accorder une prime à ceux qui investissent sérieusement les questions européennes en envoyant des poids lourds politiques à la Commission.

 

L’émergence de clusters

Les 7 vice-présidents seront en charge de secteurs distincts. Deux  Vice-présidents occuperont des postes particuliers : Frans Timmermans, qui sera premier vice-président et l’Italienne Federica Mogherini, désignée fin août comme nouvelle chef de la diplomatie européenne.

Les autres vice-présidences sectorielles sont réparties entre, Kristalina Georgieva (budget et ressources humaines),  Andrus Ansip (marché unique du digital ), Alenka Bratušek (Union de l’énergie),  Valdis Dombrovskis, partisan de l’austérité budgétaire, coordonnera les politiques de l’euro et du dialogue social et travaillera en étroite coopération avec le commissaire français, Pierre Moscovici. L’ex-Premier ministre finlandais Jyrki Katainen sera en charge de « l’emploi et la croissance.

 >>Lire aussi :  Pierre Moscovici: la clusterisation de la Commission est indispensable

Des nominations en forme de « provocations »

La France qui représente actuellement le principal problème de déficit courant de l’Union européenne a obtenu le portefeuille des Affaires économiques et de la fiscalité. Un poste qu’elle souhaitait, mais dont la portée est réduite par le fait que deux vice-présidents auront un droit de regard sur la DG « Ecfin », qui n’aura donc pas les mains libres. Et ce n’est pas la seule nomination paradoxale.

Des « provocations notamment soulignées par Yannick Jadot, eurodéputé Vert, sur Twitter

Le fait que la finance revienne à Londres passe également mal aux yeux de certains. Johnathan Hill sera en charge de  la stabilité financière, les services financiers et l’union des marchés de capitaux.

Or la « City » est la première place de marchés dans l’UE, et sa règlementation en la matière reste encore très différente de ce qui se passe sur le Continent. Le fait que le Royaume-Uni gère ce portefeuille est vu comme un recul de l’ambition européenne en la matière.

 Le portefeuille de la citoyenneté a été donné au hongrois Navracsics, un membre du Fidesz, un parti très à droite actuellement au pouvoir en Hongrie avec Viktor Orban. Une affectation là encore provocatrice : les libertés publiques ont été mises à mal en Hongrie depuis l’arrivée au pouvoir d’Orban, il y a quatre ans, qui rêve de construire un État « illibéral » et cite la Russie et la Chine comme exemples.

La fusion des postes énergie et climat a aussi été rapidement contestée par les Verts qui craignent que la question de l’énergie prenne le dessus. Une inquiétude d’autant plus grande que le commissaire Miguel Canete est plus spécialiste de l’agriculture, un sujet sur lequel il travaille depuis longtemps.

Les autres portefeuilles

Le nouveau portefeuille Marché intérieur, industrie, entrepreneuriat et PME sera sous la responsabilité de la Polonaise Elžbieta Bie?kowska. La Tchèque V?ra Jourová, hérite quant à elle un portefeuille chapeautant la justice, les consommateurs et  l’égalité des genres.

Un nouveau portefeuille à l’Immigration et aux Affaires intérieures est confié au grec Dimitris Avramopoulos, dont le pays fait partie des États membres en première ligne pour faire face aux flux de migrants aux portes de l’Europe.

La Suédoise Cecilia Malmström, qui entame son second mandat de commissaire, obtient cette fois le portefeuille du Commerce. La  danoise Margrethe Vestager celui de la Concurrence.

Les portefeuilles Environnement et Affaires maritimes et pêche ont été combinés et placés sous la responsabilité du maltais Karmenu Vella.  

Un féminisation à la peine

Comme annoncé, la nouvelle Commission compte désormais 9 femmes, soit un nombre stable par rapport à la Commission Barroso.

>>Lire : Féminisation de la Commission : tour d’horizon des cancres de la parité

Une proportion qui reste faible malgré les appels répétés de Jean-Claude Juncker au cours de l’été. Le président de la nouvelle Commission a reconnu avoir passé une grande partie de l’été au téléphone avec les différents gouvernements nationaux afin de les inciter à proposer des femmes au poste de commissaires.

Sur le front de la répartition des compétences entre hommes et femmes au sein du nouveau collège, les femmes se sont vues attribuer 3 vice-présidences sur les 7 que compte le collège : la commissaire sortante bulgare, Cristalina Georgieva, la Slovène Alenka Bratusek et Federica Mogherini.

 « Je ne serai pas un dictateur »

Interrogé sur son rôle en tant que président de la Commission européenne, le Luxembourgeois s’en est sorti par un trait d’humour. « À mon âge, je ne vais pas commencer une carrière de dictateur » a prévenu Jean-Claude Juncker, reprenant les termes de Charles de Gaulle en 1958. Le général était revenu au pouvoir à 67 ans, tandis que Jean-Claude Juncker en a 59.

Réactions

Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne a déclaré: « L’UE se trouve en crise d’explication, ceux qui nous observent ne comprennent pas ce que nous faisons. Je demande au Premier VP de veiller à l’application du principe de subsidiarité. Je voudrais que les commissaires voyagent, expliquent, démontrent, prouvent, ». « C’est aussi pour cela que je veux mettre l’accent sur la coordination, je veux rapprocher les Européens de l’UE, je veux qu’ils deviennent fiers de l’UE, et que l’UE fasse la différence sur le plan international. Je ne commence pas mon mandat en me disant que tout va bien »

Contexte

La Commission européenne est l'institution qui possède l'initiative législative, qui exécute les lois, et qui applique les politiques européennes, enfin qui représente l'Union sur la scène internationale.

La Commission est élue tous les cinq ans, et est composée de 28 membres, appelés de façon informelle « commissaires ». Chaque État membre nomme un commissaire. Le Conseil européen désigne l'un de ces 28 membres au poste de président de la Commission européenne.

Le Parlement européen doit après approuver le président élu, puis l'équipe qu’il soumet.

Chaque Commissaire est responsable d'un domaine politique précis. Le Parlement organise des auditions avant d'approuver la Commission dans son ensemble afin de déterminer si chacun des commissaires présentés est compétent pour le portefeuille qui lui incombera.

Une fois la nouvelle équipe approuvée par le Parlement, le Conseil de l'UE investit dans ses fonctions la nouvelle Commission.