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27/07/2016

La question européenne au cœur du remaniement

Élections 2014

La question européenne au cœur du remaniement

Les titres identiques de Libération et du Figaro au lendemain de la démission du gouvernement. © Libération et Le Figaro

La “crise de régime” évoquée par l’opposition repose principalement sur la place de la France en Europe, et de son absence de poids en matière économique.

L’opposition de droite comme de gauche s’interroge mardi matin sur la « crise de régime » qui frapperait la France alors que le gouvernement a démissionné lundi matin et qu’un nouveau collège de ministres doit être annoncé mardi. Le précédent gouvernement a duré seulement 147 jours, ce qui en fait un des plus courts de la Vième république et manifeste la fragilité de la majorité socialiste en France.

« C’est une vraie crise de régime et l’aboutissement d’un chemin, qui a vu le président de la République perdre peu à peu tout crédit dans l’opinion, qui l’a vu se révéler inefficace » a estimé Nathalie Kosciusko-Morizet, députée UMP.

« Ce qu’il y a eu comme débat et dont je peux témoigner, c’est qu’Arnaud Montebourg a à juste titre insisté sur les dangers de la situation économique de la zone euro » mais aussi sur « la responsabilité de madame Merkel et du gouvernement allemand » a de son côté jugé Jean-Marie Le Guen.

La fraichement élue député européenne Nadine Morano a de son côté déclaré que « François Hollande préfère le changement de gouvernement au changement de cap. Il ne comprend décidément rien à la France ».

Plus surprenant, les quotidiens Le Figaro et Libération ont tous deux titré mardi 26 août au matin sur cette « crise de régime ». Pour le Figaro, il s’agit avant tout d’un désavouement de la gauche, alors que le journal Libération insiste sur la critique de l’austérité européenne.

Chacun ou presque sait maintenant que les critiques d’Arnaud Montebourg envers l’austérité européenne sonnent  justes. Elles sont partagées, avec des variantes de forme, par le FMI, une ribambelle de Prix Nobel, la gauche européenne, le New York Times et maintenant Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, qui plaide à son tour – tout arrive–pour l’assouplissement budgétaire et la relance » assure l’éditorialiste de Libération, Laurent Joffrin.

Le poids de la France en Europe en question

L’Élysée a déjà tenté de lancer un plan de relance en Europe. La majorité de droite arrivée en tête au Parlement européen, qui doit désormais former l’exécutif européen sous l’autorité de Jean-Claude Juncker, n’est néanmoins pas nécessairement encline à aller dans cette direction, même si « un plan de relance de 300 milliards d’euros a été annoncé par Jean-Claude Juncker, ce qui est déjà énorme » assure l’Élysée.

L’impact politique de la France en Europe semble donc au cœur de cette crise qui revêt un profil plus politique qu’institutionnelle. Les critiques d’Arnaud Montebourg contre l’euro trop fort ou le pouvoir de l’Allemagne ne sont pas nouvelles, mais ce sont elles qui fragilisent la position du gouvernement théoriquement socialiste, qui peine à mener une politique de gauche depuis son arrivée au pouvoir. En mai dernier, la large victoire de la droite aux élections européennes, marquée par le score du Front national, avait déjà exprimé la forte défiance des Français à l’égard de l’UE.

Une politique de croissance européenne cruciale pour la gauche française

Manuel Valls a reçu la visite du commissaire européen Michel Barnier lundi 25 août, pour évoquer divers sujets européens. Une rencontre qui a immédiatement provoqué des spéculations sur l’objet de la discussion. Le commissaire européen a néanmoins précisé sur Twitter que cette rencontre était prévue de longue date, et portait sur le marché intérieur en tant que source de croissance, la directive marchés publics et l’union bancaire. Mais le fait que le Premier ministre qui doit former un nouveau gouvernement en moins de 24 h ait maintenu la rencontre reste révélateur du poids que pèse l’Europe dans cette crise gouvernementale.

Alors que l’Elysée réunit samedi 30 août à Paris en amont du Conseil européen de Bruxelles les chefs d’Etat sociaux-démocrates à Paris, la question de l’économie européenne risque de s’avérer cruciale pour la réussite du gouvernement Valls II.

Réactions

Marine le Pen, présidente du Front nationa, a déclaré après la déclaration d’Arnaud Montebourg que « cette parole de vérité, en accréditant les analyses et propositions économiques du Front National et du Rassemblement Bleu Marine, fait sauter de nombreux verrous sur le chemin de notre mouvement vers le pouvoir ».

Pascal Canfin, EELV, ancien député européen et ex ministre du Développement, estime que « Nous avions dit que, politiquement, la ligne qui avait été choisie par Manuel Valls et le président de la République était intenable ».

Bruno Le Maire, député UMP, a appelé son parti «à réunir un bureau politique pour que nous décidions ensemble de la ligne à suivre dans cette situation politique inédite en France»

 

 

Contexte

Les critiques venant des ministres du gouvernement Valls ont conduit le président de la République à demander à Manuel Valls la formation d'un nouveau gouvernement, lundi 25 août.

Prochaines étapes

mardi 26 août : nomination d'un nouveau gouvernement

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