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27/09/2016

La télé française fait l’impasse sur le débat électoral européen

Élections 2014

La télé française fait l’impasse sur le débat électoral européen

Competitors for the European Commission presidency.

Une vingtaine de chaînes européennes vont diffuser des débats entre les candidats à la présidence de la Commission. En France, France Télévisions refuse de diffuser le débat.

Les débats télévisés entre les candidats à la présidence de la Commission européenne n’ont pas l’air de plaire aux chaînes françaises. Alors que les élections européennes arrivent à grands pas, aucune chaîne n’a prévu de diffuser en « prime-time » le grand débat du 15 mai, qui oppose les principaux candidats à la présidence de la Commission.

Les cinq candidats – l’allemand Martin Schulz pour les socialistes, le luxembourgeois Jean-Claude Juncker pour la droite, le Belge Guy Verhofstadt pour les libéraux, le Grec Alexis Tsipras pour la gauche radicale et le tandem franco-allemand José Bové et Ska Keller pour les Verts – doivent en effet se retrouver le 15 mai au Parlement européen de Bruxelles pour un débat organisé par l’Union européenne de radiotélévision (UER), alliance des médias des services publics en Europe.  

Un débat cantonné au web

France Télévisions, membre actif de l’UER, a pourtant décidé de ne pas diffuser ce débat européen en direct sur une de ses antennes, mais seulement sur son site Internet. En parallèle, France 2 a prévu une soirée consacrée à la monnaie unique, suivi d’un débat. La chaîne franco-allemande Arte proposera également une web-diffusion.  

Le rendez-vous politique a davantage de succès hors des frontières françaises. « Nous avons l’accord d’environ 20 chaînes dans 20 pays différents, dont presque tous en live. Seuls cinq seront diffusés en ligne » explique un porte-parole de l’Union européenne de radio-télévision (UER).

Les partis politiques s’agacent

Cette absence de médiatisation du débat européen agace.

« Nous avons officiellement demandé à France Télévisions de retransmettre les débats entre les candidats à la présidence de la Commission européenne » explique Jean-Christophe Cambadélis, lors de la présentation de l’argumentaire de campagne du PS. « Le service public, pour des raisons que l’on ignore, a refusé » a poursuivi le secrétaire général du parti, et ce malgré une demande explicite adressée à Remy Pfimlin, le président de France Télévisions.

Si le débat « présidentiel » est attendu de pied ferme par les socialistes, c’est notamment qu’il représente pour la gauche une occasion de confronter la droite européenne au bilan de la Commission sortante et de son président, le portugais José Manuel Barroso.   

De son côté, le président de l’UMP, Jean-François Copé, n’a pas souhaité réagir à la faible importance accordée à l’événement sur la chaîne publique. À l’occasion du lancement de la campagne européenne du parti de droite, il a affirmé ne pas avoir « de commentaires à faire sur la programmation de France Télévision ».

« Sur les chaînes de télévision et les radios, l’Europe est la grande absente » regrette la candidate du MoDem Sylvie Goulard dans une tribune. Pour redresser la barre, l’eurodéputée sortante appelle le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a « exercer son pouvoir de recommandation pour que cette retransmission ait lieu ».

Le refus de France Télévisions intervient après une première polémique sur le traitement de l’actualité européenne par le service audiovisuel français. Mi-avril, la présidente du Front national, invitée sur le plateau de l’émission « Des Paroles et des actes » sur France 2, avait refusé de se voir opposée à Martin Schultz lors du débat prévu sur le plateau.

>>Lire : Marine Le Pen choisit ses contradicteurs

Un refus que la chaîne publique avait accepté. La candidate d’extrême droite avait finalement débattu avec Alain Lamassoure, tête de liste de l’UMP en Ile-de-France pour les élections européennes.

Logique d’audience

« C’est un enjeu qui dépasse les frontières françaises et Internet est le meilleur média pour diffuser ce débat » justifie de son côté France Télévisions, qui semble avoir peur de faire un mauvais score en audience.

« La logique d’audience est plus forte que la nécessité d’ouvrir le débat européen. Mais c’est un coup de pouce aux votes extrémistes, qui prospèrent notamment en raison de l’absence de débat sur l’Europe ! » s’exclame Henri Lastenouse, en charge de la campagne Plus d’Europe à la télé.    

Les audiences Internet des chaînes de télévision restent en effet sans commune mesure avec celles des directs. Lors de l’émission Des Paroles et des Actes avec Marine Le Pen le 11 avril dernier, France 2 avait réalisé un score d’audience avec 2,8 millions de téléspectateurs en une soirée. Soit près de la moitié des visiteurs de tous les sites de France Télévision sur un mois ! Les sites de l’ensemble des chaînes du groupe France Télévision ont rassemblé 6,4 millions de vidéonautes sur la totalité du mois de février 2014, selon l’institut Médiamétrie. 

Contexte

Les élections européennes de mai 2014 seront les premières organisées depuis le traité de Lisbonne, qui renforce le pouvoir du Parlement dans le processus de nomination du président de la Commission.

Avant décembre 2009, date de l'entrée de vigueur du traité de Lisbonne, les dirigeants des États européens choisissaient le président à huis clos dans le cadre d'un accord sur l'ensemble des hautes fonctions européennes à pourvoir.

En vertu de l'article 17, paragraphe 7 du TUE, les dirigeants des États européens doivent maintenant « tenir compte » des résultats des élections européennes et désigner leurs candidats à l'issue de « consultations appropriées ».

>>Lire : Face à face télévisés entre les candidats aux européennes

Les premiers échanges entre candidats à la présidence de la Commission européenne ont déjà eu lieu sur France 24, et Radio France internationale, où Martin Schulz et Jean-Claude Juncker se sont retrouvé le  9 avril, pour un premier débat. Dès le 28 avril, l’ensemble des candidats se retrouvera à l’occasion d’un débat d'Euronews, diffusé en direct et en treize langues le 28 avril.

Prochaines étapes

  • 28 avril : débat de l’ensemble des candidats à Maastricht – Euronews
  • 8 mai : Jean-Claude Juncker et Martin Schultz, ZDF, ÖRF – Berlin
  • 9 mai : débat de l’ensemble des candidats – RAI Firenze
  • 15 mai : débat de l’ensemble EBU – Bruxelles
  • 20 mai : Jean-Claude Juncker et Martin Schultz – ARD – Hambourg 
  • 22-25 mai: élections européennes dans les 28 Etats membres