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24/08/2016

Le discours de Martin Schulz à la Knesset provoque un tollé en Israël

Élections 2014

Le discours de Martin Schulz à la Knesset provoque un tollé en Israël

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Martin Schulz a provoqué la polémique au Parlement israélien en affirmant que les Israéliens consommaient quatre fois plus d'eau que les Palestiniens en Cisjordanie.

 

 

Lors de sa venue en Israël et en Palestine, Martin Schulz a rencontré les dirigeants des deux camps et des représentants de la société civile [voir programme]. Cette visite a de fortes chances de rester dans les annales. En effet, son intervention à la Knesset, le Parlement israélien, a provoqué un esclandre.

Le président du Parlement européen a fait une remarque dont les conséquences n’avaient pas été anticipées par le social-démocrate allemand. Tout d'abord, Martin Schulz a débuté son discours en remerciant les députés israéliens de l'avoir laissé prendre la parole en allemand.

« Je m'adresse à vous aujourd'hui en tant que Président allemand d'un Parlement européen multinational. Je sais qu'entendre de l'allemand résonner dans les murs de cette Assemblée n'est pas une évidence. J'en suis plus que conscient et vous remercie de me laisser m'exprimer dans ma langue maternelle, » a déclaré le président du Parlement européen.

Puis, Martin Schulz a rappelé qu'il était né en 1955 et qu'il n'avait pas été témoin des atrocités commises par le régime national-socialiste. Il a toutefois précisé que ce sont les crimes nazis qui l'avaient incité à s'engager en politique.

Au sujet de l'holocauste, le social-démocrate a dit : « Allemand occupant une fonction politique, qui plus est de dimension internationale, je considère qu'il est de mon plus haut devoir d'honorer le serment suivant : ne vivons plus jamais ça, n'oublions jamais. »

En ce qui concerne le processus de paix israélo-palestinien, il a souligné que chaque partie devait reconnaître ses erreurs et que les Palestiniens, à l’instar des Israéliens, avaient le droit à l'autodétermination et à la justice.

« Une des questions de ces jeunes qui m'a le plus marqué – même si je n'ai pas pu vérifier les chiffres exacts – était : comment se fait-il que les Israéliens aient besoin de 70 litres d'eau par jour et les Palestiniens 17 litres seulement ? » s'est-il alors interrogé lors de son intervention.

Les médias israéliens ont repris les propos tenus par la compagnie des eaux nationale d'Israël. Selon cette dernière, les chiffres annoncés par Martin Schulz sont erronés : les colons de la Cisjordanie ne consommeraient que 1,7 fois plus d’eau par personne que les Palestiniens.

« Vous devriez avoir honte »

Selon la Deutsche Welle, cette affirmation a provoqué un véritable tollé au sein de la Knesset. Le député Moti Yogev, du parti d'extrême droite, le Foyer juif, s'est indigné et a lancé : « Vous devriez avoir honte, vous soutenez quelqu’un qui fait de la propagande contre les Juifs. » Moti Yogev et Naftali Bennett, actuel ministre à l'économie et dirigeant du Foyer juif, ont par la suite quitté l'hémicycle. Naftali Bennett a immédiatement écrit sur sa page Facebook : « Je ne vais pas tolérer une propagande fourbe contre Israël au sein de la Knesset…et surtout pas en allemand. »

Lors de son discours à la Knesset, Benyamin Netanyahou, le premier ministre israélien, a accusé le président du Parlement européen d’avoir « une oreille sélective ».

« Même la compagnie des eaux palestiniennes affirme que la différence est bien plus mince, » a assuré le premier ministre israélien. « Martin Schulz a reconnu qu'il n'avait pas vérifié si ce qu'il affirmait était vrai, mais malgré tout il nous a accablé de critiques. Les gens acceptent toute critique à l'encontre d'Israël, sans même les vérifier. Ils se bouchent les oreilles. »

Peu avant qu'il tienne son discours devant la Knesset, Martin Schulz s'est plaint de la susceptibilité israélienne lorsque l'Europe formule des critiques à l'encontre de Jérusalem. « Les critiques mutuelles sont normales dans une démocratie, » a-t-il déclaré aux journalistes israéliens. « L'UE maintient une relation spéciale avec Israël, mais cela ne signifie pas qu'elle doit être d'accord avec chacune des décisions prises par le gouvernement israélien, » a confié le président du Parlement européen au Times of Israel.

« Nous pensons que les colonies sont, c'est certain, un obstacle au processus [de paix] entre les deux parties et elles constituent un véritable problème dans les relations internationales qu'entretient Israël avec un nombre considérable de ses partenaires et amis, » a-t-il estimé, selon certaines sources.

L'étiquetage des produits israéliens remis en question

Martin Schulz aurait rejeté l'idée d'un boycott de l'Union des produits israéliens ou issus des colonies israéliennes. Il a aussi brièvement abordé la question de l'étiquetage des produits provenant de la Cisjordanie, un point que l'UE est appelée à introduire à l'avenir.

« Il y a une pression énorme, au sein du Parlement européen, pour étiqueter [les produits fabriqués par la communauté juive en Cisjordanie], car nombre de mes collègues estiment que ces colonies sont illégales et que les produits en provenance de ces régions […] ne devraient pas avoir un accès normal au marché intérieur européen, » a-t-il expliqué.

Les journalistes ont demandé quelle était son opinion personnelle sur la question. Il s'est dit peu convaincu de la réussite d'une telle initiative.

«  Je ne crois pas que nous améliorerions la situation ici avec cette décision. C'est pour cela que je n'ai pour l'instant pas d'opinion arrêtée sur la question, mais j’ai toujours l’impression que nous devrions opter pour des mesures économiques fortes au sein du Parlement européen quand c’est a) nécessaire et b) justifié. »

Le prochain Parlement européen ne sera pas « anti-israélien »

Le président du Parlement européen, le candidat socialiste à la présidence de la Commission, a aussi abordé la question des élections européennes prévues en mai prochain.

Selon certaines sources, il aurait dit que les élections européennes seront certainement le théâtre d'une avancée considérable des partis d'extrême droite. Mais, selon lui, Jérusalem aurait peu de raison de s’en inquiéter.

« Nous avons des partis de droite [radicale] qui sont ouvertement antisémites […] mais nous avons aussi des partis de droite [radicale] qui sont pro-israéliens […], » a-t-il indiqué au Times of Israel.

« À cet égard, il n'est pas possible de faire de pronostics. Je ne crois pas qu'une droitisation du Parlement européen mènera à une ligne anti-israélienne, » a-t-il conclu.

La presse israélienne a cité également le porte-parole du président du Parlement européen, Armin Machmer. Ce dernier a déclaré que Martin Schulz s'était dit surpris de la réaction qui avait suivi sa « remarque sur l'eau ».

Contexte

Israël a occupé la Bande de Gaza et Jérusalem Est suite à la guerre des Six Jours de juin 1967 et a presque immédiatement après entamé la construction de colonies pour y installer des juifs israéliens. Ces colonies sont considérées comme illégales par la Cour internationale de justice et la communauté internationale.

Les colons arguent que les juifs ont vécu sur ces terres il y a bien longtemps et plus récemment suite aux premières vagues de migration sioniste à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles. Ils affirment que leurs actions s'inscrivent donc dans la continuité.

Lors des discussions d'Oslo, le nombre de colons a plus que triplé atteignant environ 500 000 personnes, dont 300 000 colons dans 121 colonies et une centaine de bastions dans la Bande de Gaza et 200 000 à Jérusalem Est, selon les estimations de l'organisation israélienne de défense des droits de l'Homme B'tselem.

Ces colonies « sont connectées entre elles et à Israël par un réseau élaboré de routes » qui, en plus des zones de sécurité, des postes de contrôle et des murs, permettent de contrôler efficacement 42 % des terres palestiniennes et confinent les Palestiniens dans des ghettos, affirme l'ONG.

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